Partager

Au cours de la visite du nouveau Président du mouvement Ganda Izo sur la base militaire du mouvement, dans le camp de Soufouroulaye, nous avons tendu notre micro à son Chef d’état-major, Ibrahim Diallo. Dans cette interview, il nous parle de son mouvement, des difficultés et, surtout, affirme craindre que le MUJAO pourrait prendre en otage une école pour empêcher d’être attaqué militairement.

Qui est Ibrahim Issa Diallo?

Ibrahim Diallo: Je suis Gendarme de mon état, Adjudant de Gendarmerie. Je suis le frère du défunt Amadou Diallo, qui a fondé le Mouvement Ganda Izo. C’est après sa mort que je suis devenu un des responsables du Mouvement, que j’avais intégré bien avant.

Pouvez-vous nous dire dans quel état d’esprit se trouvent les combattants du Mouvement Ganda-Izo?

Bien sûr. En tant que Chef d’état-major, je dois connaître au minimum leur état d’esprit. Aujourd’hui, le Mouvement Ganda Izo n’attend plus rien que d’aller reconquérir le Nord. Malgré le temps qu’il a passé dans sa base, il espère toujours avoir des armes pour aller combattre.

Quelles sont les difficultés que vous éprouvez dans cette noble mission?
On ne peut pas citer toutes les difficultés, tellement il y en a. On entend toujours dire que Ganda Izo a fait ceci ou cela. Je sais que Ganda Izo est un mouvement armé qui est là sous la houlette de l’armée. Il n’appuie que l’armée. Seulement nous sommes dans le patriotisme, nous sommes des Maliens. Nous, on veut reconquérir le Nord et libérer notre terre, c’est tout.

Quels sont les liens entre vous et l’armée? Y a-t-il une étroite collaboration entre vous?

Je pense qu’il y a une très bonne entende entre le Mouvement et l’armée. A ma connaissance, il n’y a pas de problèmes. Nous sommes sous la couverture de l’armée. Si nous sommes à Sévaré, où se trouve le PC opérationnel, c’est que le PC nous contrôle. On ne doit rien faire sans que le PC ne soit au courant.

Aujourd’hui, combien avez-vous d’éléments sous votre commandement?

Maintenant, on ne peut pas dire exactement le nombre de combattants qu’il y a, parce qu’il y en a certains qui sont partis en permission à la maison. L’effectif total que nous avons doit tourner autour de 2 000 hommes. Certains sont partis, découragés d’avoir trop attendu ici. Présentement, il y a plus de 1000 personnes dans la base.

Visiblement l’armée n’est pas encore prête? Allez-vous continuer à l’attendre?
Bien sûr. Mais, si nous avons d’autres solutions ou d’autres moyens pour y aller sans elle, il n’y a pas de problème, nous allons changer de programme. Sinon, nous allons attendre, parce que nous pensons que l’armée va nous utiliser pour cette guerre. Mais j’ai seulement une crainte. Je crains qu’avec l’ouverture des classes, avec la rentrée, le MUJAO ne prenne en otage une école pour ne pas être attaqué. Avec une école entre leurs mains, il va être difficile de ne pas faire ce qu’ils voudront.

Les jeunes qui sont là perçoivent-ils quelque chose?

Absolument rien. Ils sont là volontairement, dans l’esprit d’aller combattre pour la libération du Nord. Ils ne sont pas payés et leur nourriture dépend de la Coordination, et même souvent de l’Etat. Ce que vous avez vu aujourd’hui, c’est comme cela que nous sommes toujours.

Un moment on disait qu’il y avait une scission au sein de Ganda Izo, parce qu’il y avait une base ici et une autre à Douentza. Le Ganda Izo qui était à Douentza était-il sous votre commandement ?

Bien sûr. Il y a un Officier qui peut vous répondre.

L’Officier: «En fait, tout ce qui concerne la base de Douentza, c’est que d’abord l’idée était de nous positionner et de faire un rempart par rapport à d’éventuelles infiltrations à Gao et à Tombouctou. L’idée n’était pas de mener le combat avant l’armée. Je suis convaincu que tout ce que nous devons faire, nous devons le faire dans le cadre d’une opération militaire commandée par l’armée. Donc, nous avons ouvert la base et nous sommes restés à Douentza jusqu’au 3 septembre, jour de l’envahissement de la base par le MUJAO. Il n’y avait pas de connivences particulières entre nos éléments et le MUJAO, nous n’avions aucun rapport. Je le précise, parce que j’ai entendu dire que le MUJAO et Ganda Izo étaient affiliés.

Simplement, nous nous avons fini par comprendre que si le MUJAO s’était tu par rapport à notre présence, c’est parce qu’ils avaient estimé que nous allions intégrer leur mouvement. Quand ils ont vu que cela ne se faisait pas, ils ont pris l’ultime décision de désarmer Douentza. Moi j’étais encore à Tombouctou, dans le seul but d’obtenir des renseignements au profit de la nation malienne. J’ai personnellement été victime de recherches par le MUJAO, parce que notre Officier, qui a fait défection et est parti rejoindre le MUJAO, a pratiquement balancé toute notre stratégie aux responsables du MUJAO.

Si les gens disent qu’on n’a fait que prendre les armes qu’ils nous ont données, cela est faux, archi faux. Le MUJAO ne nous donné même pas une aiguille. Je parle en tant qu’acteur à la base. En fait, après la débâcle du MNLA, Douentza est restée sans être occupée ni par le MNLA, ni par le MUJAO. Donc, nous sommes partis à Douentza, mais nous n’y avons délogé aucune force».

Interview réalisée par Youssouf Diallo

Le 22 Septembre du 11 Octobre 2012