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De sources proches de la présidence, ATT s’est rendu en Algérie pour ramener les otages au Mali. Qui sont ces otages enlevés par le rebelle malien Ibrahim Ag Bahanga et qui sont maintenus prisonniers par lui depuis bientôt quatre mois ? Combien sont-ils ? L’Etat maintient le flou sur le droit du peuple de savoir sur ses fils en danger.
Nous avons enquêté.

Samedi 24 novembre 2007, le président de la République, Amadou Toumani Touré, s’est rendu en Algérie, le pays voisin qui partage avec le Mali sa frontière du Nord. Cette partie du Mali a été replongée dans la violence à la fin du mois d’août dernier, du fait d’une frange de l’Alliance du 23 mai pour le Changement qui s’est rebellé contre l’Accord d’Alger.

Le Nord du Mali a souvent connu la rébellion. Chaque étape majeure de l’évolution de notre pays, de la première à la troisième République, a connu une rébellion. Mais celle conduite par Ibrahim Ag Bahanga a été marquée par des tournants dans l’histoire de la rébellion malienne : les prises d’otages civils et militaires, la pose des mines antipersonnelles.

Du coup, Bahanga a été diversement qualifié comme « bandit armé, trafiquant de drogue, ou terroriste » par les hautes autorités de la République du Mali. Si certains de ces otages civils et militaires ont été libérés à la faveur des interventions de certains notables touareg, Bahanga en détient encore plus d’une trentaine. La libération de ces otages maliens est au cœur de la visite d’amitié et de coopération du président Amadou Toumani Touré en Algérie.

La liste des militaires gardés par le rebelle malien, Ibrahim Ag Bahanga, qui circule sous les manteaux à Bamako porte le nom et les grades de 34 éléments. L’en-tête du document porte mention du « Mouvement Nord-Mali pour le Changement », comme on peut le constater.
Les autorités maliennes, de leurs côtés, restent muettes sur le lieu de détention des otages et leur nombre exact.

Des informations donnent les otages pour être détenus au Niger. Pour d’autres, ils sont au Tchad et devraient transiter par la Libye du Colonel Mouammar El Kadhafi, pour être libérés en Algérie où ils seront remis au président malien ATT.

A propos des lieux de détention des otages par Ibrahim Ag Bahanga, le Directeur de l’Information et des Relations Publiques de l’Armée (DIRPA), le colonel Abdoulaye Coulibaly ne cache pas son embarras quand on lui pose la question. Il met surtout l’accent sur l’immense étendue du terrain de Tizawaten à Tessalit, de Tombouctou à Taoudénit.

« Les militaires sont déployés sur toute la ligne et continuent leur mission de défense de l’intégration du territoire », se contente-t-il de dire. Quelles sont les nouvelles des otages ? « Les otages sont saints et saufs », nous affirme le Colonel Coulibaly. Comment le savez-vous, ne sachant pas leur lieu de détention ?

Le colonel s’est voulu cependant rassurant, « les notabilités de Kidal sont à pied d’œuvre et on sait que les otages se portent bien », explique-t-il. L’armée occupe le terrain qu’il est en train de déminer, ajoute-t-il.

Au sujet de la liste des prisonniers au nombre de 34, le Colonel Coulibaly est beaucoup réservé et s’empresse de faire une mise au point : “ ce ne sont pas des prisonniers parce qu’il ne s’agissait pas d’une guerre, même si les mines ont été utilisées. Ils ont été pris en otage”. Il s’est gardé de confirmer la liste et a surtout attiré l’attention sur les capacités de diversion de l’adversaire.

Au ministère de la Défense et des Anciens Combattants, notre interlocuteur s’est surtout attardé sur le nombre des otages. Selon lui, il pourrait y avoir 36 au moment où les preneurs d’otages veulent accréditer dans l’opinion publique qu’il y en a 34.

Combien sont-ils et qui sont-ils ? L’Etat maintient le flou sur ces questions alors qu’il s’agit de Maliens, de nos frères dont la vie se trouve en danger. Le peuple malien a le droit de savoir sur le sort de ses fils, contre lequel droit aucune rétention ne peut valoir. Les autorités ont un devoir de rendre compte.

La visite du chef de l’Etat s’inscrit officiellement dans le cadre des travaux du Comité bilatéral frontalier algéro-malien qui ont démarré le 20 novembre. La présence du Général Kafougouna Koné, ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales et de Moctar Ouane, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, suffit pour prendre en compte les questions liées à ce Comité bilatéral frontalier.

La présence de ATT en Algérie peut donc avoir une signification toute particulière se rapportant certainement à la libération des otages. Mieux, les journaux de Koulouba se sont fait largement l’écho de l’objet réel ou supposé de la visite du président en Algérie.

B. Daou

26 novembre 2007.