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Le colonel, pardon, le général Sinko Coulibaly, ministre de l’Administration territoriale, a proclamé hier 15 août 2013 les résultats provisoires complets du deuxième tour de la présidentielle malienne.

Sans surprise, Ibrahim Boubacar Kéita, dit IBK, a raflé la timbale en recueillant 77,61% des suffrages contre Soumaïla Cissé qui en a engrangé 22,39%. En vérité, on n’avait plus besoin, à la limite, de ces résultats puisqu’avant même cette proclamation, le duelliste perdant s’était rendu au domicile (avec sa famille) du vainqueur pour le féliciter et reconnaître de facto sa défaite.

Le taux de participation, lui, est légèrement en baisse par rapport au premier tour, puisqu’il est estimé à 45,78%.

Au regard des données, c’est un véritable plébiscite que les Maliens ont réservé à l’enfant de Koutiala avec 3/4 des voix contre 1/4 pour le natif de Niamfuké. Derechef, ces résultats sont pratiquement un non-événement, puisque ce qui se susurrait et se disait au conditionnel relatif à une probable victoire d’IBK s’est avéré après ce second round. Et quelles que soient les récriminations que « Soumi » aurait formulées, on voit mal comment celles-ci pourraient avoir un effet invalidant sur l’issue de ce scrutin, qui a mis en exergue la maturité du peuple de l’ex-Soudan français.

Si ces résultats n’étonnent guerre, le bombardement du capitaine de Kati, Amadou Haya Sanogo, comme général, lors du Conseil des ministres du 13 août dernier a, au contraire, provoqué une secousse sismique sur l’échelle du lanterneau politique malien.

On le devinait et certains ne manquaient pas de le dire à mots couverts, le sort du putschiste se lira à l’aune des résultats de ce scrutin majeur.

Selon que le vainqueur s’appellera IBK ou Cissé, « le capitaine » du 22 mars 2012 ne sera pas mangé à la même sauce : le premier s’est rendu à Kati et n’a pas condamné la mutinerie des Bérets verts fatale à ATT, le second s’est inscrit en faux contre le nouveau pouvoir kaki et a été violenté par…des militaires.

Quoi qu’il en soit, cette nomination est l’une des dernières grandes décisions du président intérimaire, Dioncounda Traoré, présent à Ouagadougou aujourd’hui même 16 août 2013 pour s’entretenir avec le médiateur attitré de la CEDEAO dans la crise malienne, Blaise Compaoré.

Les contempteurs de Sanogo verraient dans cette montée en grade une prime aux putschistes, tandis que ses thuriféraires l’analyseront sous le prisme de la realpolitik.

Il est quasiment certain que le président Dioncounda n’est pas pétri d’amour pour Sanogo, celui-là même qui est suspecté à tort ou à raison d’avoir envoyé des spadassins modernes qui ont failli l’occire au palais de Koulouba.

Certes, il y a eu la cérémonie de réconciliations entre Bérets rouges et Bérets verts le 6 juin dernier, au cours de laquelle Sanogo a demandé « pardon » et serré les fesses devant Dioncounda, mais ce dernier porte toujours les stigmates physiques et psychologiques de son tabassage, et l’armistice entre les deux hommes ne peut être que de façade.

La realpolitik paraît expliquer ce geste, et Dioncounda, au-delà, semble avoir effectué un boulot pour le futur n°1 du Mali, IBK. Un petit service rendu au vainqueur de la présidentielle ? Car ç’aurait été indécent et en même temps un aveu qu’il est stipendié effectivement par les putschistes si c’était IBK qui posait les 4 étoiles sur les épaules du capitaine Sanogo.

Cette promotion montre à quel point, Nolens Volens, le désormais Sanogo tient quelque chose au Mali. Son seul mérite est d’avoir eu le jarret ferme pour mettre fin au pouvoir crépusculaire d’ATT.

La CEDEAO a beau lui avoir refusé son statut d’ex-chef d’Etat, Serval a beau l’avoir mis entre parenthèses lors de ses opérations de libération du septentrion, et in fine son échec face à ceux qui ont fait le premier coup de feu contre la garnison de Menaka, le 15 janvier 2012, ou face à ceux qui ont supplicié les militaires au camp d’Agelhok ont beau lui coller aux guettres, Sanogo demeure aujourd’hui un maillon incontournable de la vie nationale au Mali.

Et à l’évidence ce n’est pas demain que son étoile pâlira au firmament de la politique de son pays.

Au-delà du général Sanogo, on constate qu’il existe maintenant une génération spontanée d’étoilés africains qui n’ont fait leurs preuves sur aucun champ de bataille, qui ne savent pas commander un bon bataillon, qui n’ont pas fait un seul cours d’état-major, à fortiori une école de guerre, et qui se sont réveillés un matin avec 4 étoiles sur les épaules, de par la volonté du prince en train de parader. Or le grade de général est l’aboutissement d’un processus.

Il faut éviter cette inflation de galonnés. La démocratie y gagnerait souvent. Pour mémoire, à la chute d’ATT, le Mali comptait une cinquantaine de généraux !

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

Mise à jour le Jeudi, 15 Août 2013 18:52

Source : L’observateur Palaaga