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Certains événements récents présagent d’une transition politique calme et apaisée grâce au capitaine Sanogo. Des signaux forts en direction du président de la République qui a ainsi les mains libres pour former un gouvernement apuré des incompétents.

Le capitaine Amadou Haya Sanogo, en sa qualité de président de fait du Comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité (ouf !), était, il y a quelques jours, à l’aéroport pour assister au retour officiel et solennel au bercail de Dioncounda Traoré. Ce jour-là, se confiant aux médias d’Etat, le chef des mutins putschistes du 21 mars a déclaré être venu accueillir son président, le président de la République, le président de tous les Maliens. Il a ajouté en substance qu’il s’impliquera pour la sécurisation de tous les organes de la transition.

Sans doute moins populiste, pompeux et mégalomane que certains de ses fréquentations, il ne parlera pas de la protection d’autres organes, ceux de la presse, très souvent malmenés et menacés ces derniers temps. Amadou Haya Sanogo serait-il sur la voie de la sagesse et de la raison, se sont demandés certains observaeurs ?

Quelques jours plus tard, en sa qualité de virtuel vice président du futur Haut conseil d’Etat, le jeune officier de l’armée était reçu par « son » président de la République, dans le cadre des consultations engagées par celui-ci avec les forces vives de la nation en vue de former un gouvernement d’union nationale jugé plus crédible et légitime que celui du Martien qui patauge depuis le 24 avril 2012.

Au cours de cette rencontre, le militaire a rassuré le civil quant au bon déroulement d’une transition calme et apaisée dont les principaux objectifs sont de recouvrer l’intégrité territoriale et d’organiser des élections transparentes. Donc tolérance zéro pour les fauteurs de troubles et les pêcheurs en eaux troubles. Ceux qui s’étaient posés la question de savoir si le capitaine avait pris la voie de la sagesse et de la raison ont bien voulu croire que oui, mais ont néanmoins décidé d’attendre de voir.

Quelques heures après la fin des consultations du chef de l’Etat avec les forces vives de la nation, d’autres forces, beaucoup trop vives, ont organisé un sit-in devant l’Assemblée nationale avant de s’ébranler, comme le 21 mai dernier, en direction de Koulouba où elles comptaient demander la démission du président Dioncounda Traoré. Lequel, pour eux et selon le mot d’un député rébarbatif et vindicatif, n’est toujours rien d’autre que le président du parlement. Les marcheurs ont été encadrés et canalisés par un imposant dispositif anti-émeute avant d’être dispersés au pied de la colline.

Le 21 mai ne sera pas réédité.

Ces trois événements (la présence d’Amadou Haya Sanogo à l’aéroport puis à la résidence présidentielle et la répression de la marche du 06 août) ajoutés au procès de certains pour troubles graves à l’ordre public, selon les observateurs, laissent présager des bonnes dispositions du jeune capitaine en faveur d’une transition apaisée.

Mais pour cela, il doit encore prendre toutes ses responsabilités en tant que rouage essentiel du nouvel appareil d’Etat.

De fait, dans un passé récent, en sa qualité de chef de la junte militaire qui a pris le pouvoir le 21 mars, il avait déjà su suivre la voie de la sagesse et de la raison en restant sourd aux appels des sirènes, en se détournant des chemins tortueux et sinueux que voulaient lui faire prendre les éternels perdants, les esprits chagrins et les âmes tourmentées. Toutes ces forces du mal se sont liguées avant de se déployer autour du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat dans un soutien intéressé et calculateur.

Ainsi, un député, sûr qu’il n’a aucune chance d’être réélu dans son bled où il est de plus en plus mal aimé, a voulu devenir le Premier ministre. De même, un syndicaliste, injustement mis à l’écart par les dirigeants successifs, a voulu enfin avoir ce qu’il n’a jamais pu avoir avec le régime déchu, ce dont jouit son ennemi intime. D’autres également naviguent au gré de leurs intérêts personnels. Et si Amadou Haya Sanogo avait écouté tout ce beau monde plutôt que la voix de la sagesse et de la raison, le Mali serait aujourd’hui dans un chaos irréparable pendant longtemps.

Le Capitaine a compris que tous adhèrent à son projet de redresser la démocratie et restaurer l’autorité de l’Etat. Cela passe par l’édification d’une armée républicaine dont le but est de défendre la nation et préserver l’intégrité territoriale. Comme vice-président du Haut conseil d’Etat, il a un rôle primordial à jouer. Et doit commencer à faire comprendre à tous ceux qui comptent sur lui pour déstabiliser le pays qu’il n’a en vue que le seul intérêt du Mali. Et pour cela, sacrifier de prétendus amis est un moindre mal.

Cheick Tandina

13 Août 2012