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Croisade contre la corruption et la délinquance financière : le candidat malheureux Dramane Dembélé échappera-t-il à la prison ?

Le candidat Ibrahim Boubacar Kéita déclarait: « Tous ceux qui ont bouffé un centime de franc de l’État malien le vomirait… ». Élu Président de la République, il l’a réaffirmé, et on ne sait plus combien de fois. A l’occasion du 53ème anniversaire de l’Indépendance du Mali, il est revenu là dessus: « c’est un combat difficile, qui sera de longue haleine, mais le message de notre peuple a été très clairement compris. Nous le ferons de manière méthodique, nous le ferons de manière tangible, nous le ferons de manière mesurable, nous le ferons sans concession au gaspillage de ressources et la délinquance financière ».

Et comme pour annoncer la rupture avec la vieille chanson connue de tous en matière de lutte contre la corruption et la délinquance financière dans notre pays, le président IBK promet, et sans hésiter, de « sortir la main de fer du gant de velours », s’il le faut vraiment ! De quoi perturber le sommeil du juste des grands délinquants à col-blanc de la République, disons de la « République bannière » que le Mali a été durant les deux décennies passées, à cause de la corruption à grande échelle, de la magouille à ciel-ouvert, du copinage et de la concussion au sommet de l’État…

Le comble, c’est que la preuve vivante de cette situation est matérialisée par les dossiers soumis à l’instruction judiciaire par le Vérificateur Général et qui, malheureusement, dorment paisiblement dans les tiroirs de la justice. Des dossiers sales impliquant de nombreux cadres et responsables bénéficiant jusqu’ici d’une certaine forme d’impunité. Et dire que l’autre, le président Amadou Toumani Touré, ne voulait pas humilier un chef de famille, tout suceur de sang des pauvres contribuables maliens qu’il pouvait être, et au grand dam des maigres ressources de ce pays pauvre, avec un peuple dans sa grande majorité « miséreux ». Toutes choses qui sont en partie à l’origine de la crise que nous venons de traverser.

Puisque le nouveau président de IBK siffle la fin du festival des brigands, nombre des « voleurs de la République » ont comme subitement la chair de poule, le chef suprême de la magistrature ayant décidé de mener le combat contre la corruption jusque sur le terrain de la Justice.
« Il en sera fini des procès monnayés dans les bureaux des juges oublieux de l’éthique. Nous stopperons le délitement de l’appareil judiciaire, seul contre pouvoir sûr dans les démocraties représentatives… », averti IBK. Pas de doute que les dossiers de corruption en souffrance dans les tiroirs de la justice vont enfin commencer à bouger. L’envers du décor est que nombre de nouveaux proches du Président IBK sont dans le viseur de la justice de notre pays.

Parmi eux, un cas qui risque de faire beaucoup bruit, en ce sens qu’il concerne le candidat malheureux de l’Adema-Pasj, en l’occurrence Dramane Salif Dembélé. Un candidat flegmatique qui, entre les deux tours de la présidentielle, a vite fait de choisir son camp : là où la direction du vent indiquait l’élu de Dieu quant à la destinée du Mali. Son ralliement à la cause d’IBK aura suscité pas mal de commentaire au sein de l’opinion.
Pour beaucoup, il s’agissait juste pour Dramane Dembélé d’aller chercher protection auprès du nouveau président. Car ce n’est qu’un secret de polichinelle que le candidat malheureux de l’Adema est épinglé dans le dernier rapport du Vérificateur Général à propos de casseroles qu’il aurait traînées derrière lui, depuis le temps où il était le tout puissant directeur national de la géologie et des mines (Dngm). Quelle ne fut d’ailleurs la surprise de nombre de prétendants au porte- étendard de l’Adema de savoir que c’est sur Dramane Dembélé que le choix de la commission de bons-offices est tombé pour défendre les couleurs du parti à la présidentielle.

Nombre d’observateurs pensent que Dramane Dembélé échappera difficilement à la prison, si tant est qu’IBK est prêt à « sortir la main de fer du gant de velours » et n’avoir d’autre choix dans la mission qui lui est confiée que de « sacrifier sa personne à la cause du Mali… » D’autant que, disent-ils, le président de la République s’est choisi un allié de taille à la justice, en la personne de Me Mohamed Ali Bathily, un type connu pour avoir horreur de la magouille, de l’injustice et de l’impunité.

Pour donner la preuve de sa bonne foi et de sa détermination à anéantir le fléau de la corruption, le Président IBK n’a d’autre choix que de sévir dans ses rangs comme ailleurs. Le premier aura un écho qui fera cas d’école dans la marche du Mali nouveau.

Adama S. DIALLO

Le Soir de Bamako du 27 Septembre 2013