Partager

Le Burkina Faso commémore dimanche les 30 ans de l’assassinat de Thomas Sankara, icône de la « révolution » d’une jeunesse se voulant panafricaine, fauché à 37 ans seulement. Procession, sit-in, colloque, exposition ou lancement d’une souscription pour ériger un monument au « Che Guevara africain »… Trois décennies après sa mort tragique, Thomas Sankara fascine autant par son destin romantique que le mystère si longtemps imposé, et toujours pas entièrement levé, sur sa fin. Sankara, c’est un capitaine de 33 ans qui fait irruption et bouscule la scène post-coloniale en 1983 à la faveur de coups d’État « progressistes », d’abord Premier ministre puis président d’une Haute Volta qu’il débaptise de son nom colonial pour la renommer Burkina Faso, « pays des hommes intègres ». A la tête d’un Comité national de la révolution, celui qui gouverne en treillis-pistolet à la ceinture, se déplace dans une Renault de modèle R5 hors d’âge et joue de la guitare, fascine autant qu’il effraie l’ex-métropole française comme les anciennes colonies encore fermement engoncées dans les systèmes de parti unique. Mais il bouscule aussi les traditions ancestrales, notamment un respect des « anciens » confinant à l’immobilisme, un bouleversement « à la révolution culturelle » dans ce petit pays sahélien enclavé et toujours parmi les plus pauvres au monde. Un manque de « respect » y compris dans les relations avec ses pairs qui rendra méfiant le puissant voisin du sud, la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny, alors parangon de la « françafrique ». « Nous pouvions trouver qu’il allait trop loin, il exagérait sur certains points mais, bon, son âge aussi expliquait cela, » raconte à l’AFP, Laurent Dona Fologo, un des barons du régime houphouétiste.Trente ans après, Sankara est-il autre chose qu’un énième héros « alter », une photo de jeune révolutionnaire en béret rouge, pendant noir du « Che »?AFP