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Chaque jour amène sa part de ténèbres. Au fil des investigations, les enquêteurs autrichiens mettent au jour la vie soigneusement cloisonnée de Joseph Fritzl, surnommé par la presse « l’homme à deux étages ». Au rez-de-chaussée, le grand-père de 78 ans, les sourcils arqués lui donnant un faux air de Salvador Dali, menait une vie sans aspérité avec son épouse Rosemarie dans la petite ville d’Amstetten à 130 km de Vienne.

En surface, rien d’anormal pour cet amateur de pêche et ce joyeux noceur, parfait compagnon lors des fêtes de la bière. Et pourtant, l’ancien électricien séquestrait depuis vingt-quatre ans dans sa cave de 60 m 2 , aménagée en geôle, sa fille Elisabeth et trois des six enfants qu’il avait eus avec elle.

Pour ajouter un peu plus à l’horreur, le « Barbe-Bleue » autrichien a avoué avoir menacé de gazer sa fille et ses enfants « les plus pleurnichards », selon ses propres termes. Six techniciens de la police criminelle fédérale ont procédé hier à la vérification des déclarations du père incestueux fouillant ici et là dans la cave de Fritzl en quête d’une canalisation suspecte. « On vérifie si du gaz aurait pu être introduit », a indiqué le porte-parole de la police fédérale. Les policiers examinent également le système de verrouillage, avec télécommande, de la porte en béton armé de 300 kg par laquelle le bourreau accédait à la cache où il retenait sa fille Elisabeth et trois de ses enfants. Une chape étanche et insonorisée qui séparait les gens du haut des gens du bas. Comment ces gens du haut justement, l’épouse de Joseph Fritzl et les trois autres enfants d’Elisabeth, ont-ils pu vivre si longtemps sans entendre les gémissements et les râles percer des entrailles de la maison ? Rosemarie, femme énergique et enjouée, a été mis hors de cause après un long interrogatoire. L’épouse obéissante n’aurait jamais défié l’autorité de son mari qui descendait soi-disant tous les matins à 7 heures dans la cave pour y concevoir des plans de machines qu’il vendait à des entreprises. Les trois enfants, Lisa (15 ans), Monika (14 ans) et Alexander (11 ans) dont Fritzl racontait qu’il les avait adoptés après le départ inexpliqué de leur mère, n’ont pu être entendus vu leur état psychologique. Tout comme leurs deux frères, Stefan, 18 ans, et Felix, 6 ans, ainsi que leur soeur, Kerstin, 19 ans, embastillés dans le pavillon.

Des factures d’électricité anormalement élevées

A la recherche d’éventuelles complicités, la police devrait auditionner une centaine de personnes. Notamment des locataires de la « maison de l’horreur ». Dont cet homme qui a « payé pendant quatre ans », l’électricité de la cave, en « ignorant » ce qui s’y passait. Il dit comprendre à présent pourquoi les factures étaient « exorbitantes ». Joseph Fritzl a quitté à plusieurs reprises son domicile. Il y eut par exemple ces vacances sur les plages de Pattaya en Thaïlande où le retraité se laissait filmer en compagnie d’une masseuse, un large sourire aux lèvres.

Comment la moitié de sa famille survivait-elle à des milliers de kilomètres ? D’après les premiers éléments de l’enquête, le bourreau stockait des victuailles dans une partie du cachot pour éviter d’affamer ses prisonniers lors de ses séjours. Les quatre victimes séquestrées auraient pu être libérées si une équipe venue contrôler en 1999 la chaudière de la maison située dans une pièce adjacente à l’abri souterrain avait pu deviner ce qui se passait derrière le mur. Les services sociaux qui sont passés vingt et une fois chez Fritzl pour s’enquérir de la santé des trois « enfants adoptés » sont également repartis sans avoir aucun soupçon.

François Vignolle | Le Parisien du 02 mai 2008

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«  J’aimerais rencontrer l’Autrichienne séquestrée pour lui dire qu’on est deux  »

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Le père incestueux était connu des services de police dès 1967


L’Autrichien septuagénaire qui a séquestré et violé sa fille pendant 24 ans dans sa cave à Amstetten avait été condamné pour viol dans les années 1960, selon le rapport de la police de Linz (nord) exhumé vendredi par le quotidien régional OÖNachrichten.

«Contrairement aux déclarations officielles faites jusqu’à présent par la police et la justice, le dossier judiciaire du viol en 1967 par Josef F. d’une femme âgée aujourd’hui de 64 ans existe encore», affirme le journal sur son site internet.

Selon OÖNachrichten, ce dossier qui avait été relégué dans les archives de la police régionale de Haute-Autriche et ne devait pas être rendu public avant 50 ans, conformément à la loi, a été transmis mercredi au parquet de Sankt-Pölten chargé de l’affaire.

Selon le porte-parole du parquet, Gerhard Sedlacek, les documents doivent arriver «dans les prochains jours» et seront alors «examinés attentivement».

Il a cependant précisé que la justice ne pourrait commenter d’éventuels antécédents judiciaires rayés du casier judiciaire du suspect.

Selon les médias autrichiens, Josef Fritzl, âgé aujourd’hui de 73 ans, aurait été condamné en 1967 à 18 mois de prison pour le viol d’une femme de 24 ans à Linz (est) après s’être introduit chez elle par la fenêtre. Il aurait également comparu pour une tentative de viol sur une jeune fille de 21 ans dans un bois près de la même ville.

Ni la police ni la justice n’ont voulu confirmer ces informations: la loi autrichienne prévoit que les délits sexuels soient effacés du casier judiciaire 15 ans au maximum après la fin de la peine.

L’Autriche et les médias étrangers étaient scandalisés cette semaine en apprenant que Josef Fritzl avait pu, malgré ses antécédents judiciaires présumés, adopter légalement trois des sept enfants nés des relations incestueuses imposées à sa fille au cours des années 1990.

Le responsable des services sociaux de la ville, Heinz Lenze, s’était défendu de tout manquement en soulignant que le casier judiciaire de l’intéressé était vierge au moment des demandes d’adoption.

12h31 | AFP 02 mai 2008