Partager

L’acquisition d’un nouvel avion présidentiel au prix fort par le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, vient de relancer la polémique quant à l’opportunité de dépenses aussi onéreuses alors que le pays a d’autres priorités comme la réconciliation nationale, la libération de Kidal, la lutte contre la corruption, la pauvreté, la vie chère, etc. En tout cas l’opposition n’est pas allée avec le dos de la cuillère pour fustiger ce goût immodéré du luxe du Sultan de Sébénicoro allant même jusqu’à ironiser qu’avec cet appareil la reconquête de Kidal va bientôt commencer. Face à l’ampleur de la fronde, le Premier ministre Moussa Mara est monté au créneau pour jeter la poudre aux yeux des députés et de l’opinion. Car l’avion présidentiel d’ATT qui est actuellement immobilisé sur la base 101 de Senou est en bon état. Finira-t-il par la ferraille ? Quel gâchis !

Décidément, les avions et surtout les Boeing font trop de bruit dans le ciel malien. Après « Air cocaïne « qui a atterri comme un objet volant non identifié à Gao et dont la mystérieuse cargaison n’a jamais été retrouvée, c’est au tour de l’avion présidentiel d’ATT de mettre le pays sens dessus dessous. Malheur par qui le scandale arrive, IBK lui-même est la cause de ce lever de boucliers.

Dans un pays en crise et dans une situation de misère générale, pendant qu’on décrète la chasse aux prédateurs, il a préféré se taper un avion à un prix prohibitif en expédiant tout simplement celui de son prédécesseur à la ferraille. De deux choses l’une : ou l’homme est profondément superstitieux pour ne pas utiliser un objet appartenant à son devancier ou il a une forte propension pour le luxe. En tout cas, ce gâchis ne pouvait passer inaperçu aux yeux des politiciens qui ironisent en disant le nouvel appareil servira à la reconquête de Kidal.

Mais l’eau versée, disent les Bamanans, ne se recueille pas. Pour réparer les dégâts, ou à tout le moins, colmater les brèches, le premier ministre Moussa Mara est allé faire devant les députés l’avocat du diable en leur faisant prendre des vessies pour des lanternes.

Il a développé mille arguties pour justifier l’achat d’un nouvel avion présidentiel et la mise au rancart de l’autre. Mara et le directeur de cabinet du président ont affirmé l’incapacité de voler et le statut juridique douteux de l’avion présidentiel d’ATT. Mara en particulier a déclaré que cet avion peut être saisi dans n’importe quel pays du monde sans que le Mali puisse justifier son titre de propriété.

Mais toutes ces allégations sont battues en brèche quand on tente de rétablir la vérité dans les faits. Nous tenons de source absolument crédible que l’avion présidentiel d’ATT était l’avion de commandement de l’ancien premier ministre libanais assassiné, Rafiq Hariri. Au-delà même du budget de son pays, cet homme riche, un vrai nabab, pouvait se payer le luxe de s’offrir un jet sans sourciller.

Après son décès, la gestion de l’avion a été confiée à une compagnie libyenne et c’est cette compagnie qui a été chargée finalement de le revendre. Ayant eu vent de l’affaire, les autorités maliennes ont envoyé une mission dans un pays de l’ex-Yougoslavie où se trouvait l’appareil pour inspection.

Cette mission était composée du célèbre Bureau Véritas (France), de la compagnie d’assurance britannique Alliance et d’une délégation de l’aviation civile du Mali. Ces experts ont conclu à un bon état de l’avion et l’aviation civile a délivré un certificat autorisant son acquisition. Prix de départ 15 millions d’euros, mais après négociations le Mali l’a acheté à 10 millions d’euros soit un peu plus de 6 milliards de FCFA. Cet argent a été payé en quatre tranches de 2,5 millions d’euros en quatre ans.

En 2011, les autorités maliennes ont décidé d’envoyer l’appareil pour révision à Miami, en Floride (USA). Coût de l’opération 1,5 milliard de FCFA. Euphémisme, car en guise de révision, il s’agissait d’aménager certaines commodités à l’intérieur de l’avion pour son propriétaire de luxe.

Ces aménagements portaient sur l’installation d’une toilette privée, d’une chambre de repos, d’un salon présidentiel. Cette mission était conduite par un officiel (pour ne pas dire son nom) actuellement en poste à Bamako. Et l’avion est revenu au Mali début mars 2012. C’est un Boeing 727 500 immatriculé TZ (Tango Zulu) qui fait désormais partie du patrimoine militaire du Mali. Il est actuellement immobilisé et en bon état sur la base de Sénou.

Selon notre source, ATT lui-même n’a avitaillé (approvisionner en carburant) cet avion que par deux fois pour aller au Ghana et à Gao. Grâce à son amitié avec le Guide de la révolution du 1er septembre 1969, le kérosène lui était fourni gracieusement par la Libye.

D’où les escales (forcées) qu’il effectuait à Tripoli à l’aller comme au retour de ses déplacements à l’étranger. S’il n’était pas dans les bagages de Sani Abacha, Alpha était un avion-stoppeur de haute volée. Il était à chaque fois embarqué par ses pairs africains pour aller dans les grandes rencontres internationales.

Qu’on nous explique comment Dioncounda Traoré et Cheick Modibo Diarra ont traversé le monde pendant la transition à bord d’un appareil que les autorités actuelles considèrent comme une vieille carcasse. Ironie de l’histoire, Dioncounda l’a utilisé pour la dernière fois au mois d’août 2013 pour aller remercier les dirigeants africains qui ont aidé le

Mali à sortir de la crise. Et, dites-vous bien, c’était tout juste à la veille de l’investiture d’IBK.

Mohamed Lamine DOUMBIA MLD

12 Mai 2014