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Malgré son enregistrement et son audition à la gendarmerie après les évènements du 30 avril : Le béret rouge, Lieutenant Mohamed Ouattara, a été arrêté le vendredi dernier par la SE

Tout a commencé le 2 janvier 2011 avec l’envoi du Lieutenant Mohamed Ouattara au nord du pays. Le sentiment qui animait ses proches ce jour là, n’était autre que la fierté de le voir partir servir le pays avec autant d’enthousiasme. A chaque fois qu’on l’appelait pour prendre ses nouvelles, nous étions surpris par le sourire qu’il affichait malgré les difficultés du terrain.

jpg_ouatara-ldt.jpgIl avait incroyablement réussi à inverser les rôles, car lui qui avait tant besoin de réconfort, nous remontait le moral avec ce sourire qui le caractérise si bien. Sa première phrase était toujours : « quelles sont les nouvelles de là-bas ? ». Comme si l’aventure qu’il traversait était sans difficulté.

Nous avons vécu pendant plus d’un an avec la peur au vendre pour sa vie et celle de tous ses compagnons d’arme, tant ils étaient décidés à en découdre définitivement avec cette sale rébellion qui polluait la vie de la patrie. Il a été de tous les combats sur le terrain et ceux qui le connaissent bien vous diront qu’il y a trois choses dans sa vie : Dieu, l’armée et la famille.

Et soudain, tout a basculé le 22 mars 2012 pour lui et pour l’ensemble des Maliens et c’était le début d’un cauchemar qui ne dit pas son nom. Il a dirigé le dernier convoi de la Compagnie Para qui a quitté la ville de Gao avec l’ensemble du matériel qu’ils avaient emporté et surtout les corps de leurs camardes tombés sur le champ de l’honneur pour permettre aux familles de pouvoir faire leur deuil. Naturellement, sa famille était contente de le retrouver sain et sauf malgré le contexte. En revanche, le jeune Lieutenant Mohamed Ouattara, lui était très amer pour trois raisons.

La première concernait la mission pour laquelle ses compagnons et lui même s’étaient engagés et qui n’avait pas abouti, la deuxième raison, c’est l’état dans lequel se trouvait l’image de notre armée nationale et la dernière portait sur le regret de l’attente de ce renfort qui n’est jamais arrivé. Malgré le stress subi par sa famille, sa femme et ses amis, les horreurs qu’il a pu voir sur le terrain et la douleur de voir ses compagnons mourir sous ses yeux mais avec dignité, le Lieutenant Ouattara se disait prêt à retourner dès que possible. Car dit-il, l’armée ce n’est pas qu’un métier, c’est un mode de vie et surtout le devoir de protéger son pays dès lors qu’on a prêté serment sous le drapeau.

Et aujourd’hui, c’est cet homme qu’on accuse d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Il a été arrêté le vendredi 27 juillet 2012 vers 11 heures devant sa résidence de fonction à la Base A, par la Sécurité d’Etat (SE), malgré son enregistrement et son audition à la gendarmerie après les évènements du 30 avril 2012 et sa famille ignore le lieu où il se trouve. Voilà comment l’Etat malien récompense ceux qui engagent leur vie pour le servir.

Bamako, le 28 juillet 2012

Les frères, soeurs et sympathisants de Lieutenant Ouattara

30 Juillet 2012