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jpg_une-48.jpgBien traitée par sa patronne, la jeune ressortissante de Bougouni se dit rapidement qu’elle avait perdu du temps au village et se jura de le rattraper au bout de quelques mois. Elle commença alors à fréquenter les «grins» et les boîtes de nuit. Les concerts des grandes cantatrices de Bamako l’attiraient irrésistiblement. Elle connaît par cœur toutes les chansons de Babani Koné et celles certains groupes de rap.

Au cours de randonnées nocturnes, elle fit la connaissance d’un jeune homme qu’elle a beaucoup aimé. A peine finissait-elle les travaux domestiques de sa patronne que la jeune et belle Souma sortait pour rejoindre son amant. Ensemble, ils parcouraient les coins chauds de la ville et ne rentraient que très tardivement à la maison. Souma était si absorbée par son idylle avec le jeune homme qu’elle finit par se faire renvoyer par ses employeurs. Le garçon qu’elle refuse encore de dénoncer la convint de ne plus chercher du boulot et l’interna chez un des amis qui occupait une maisonnette isolée dans le quartier. C’était là qu’il la retrouvait de jour comme de nuit. Chaque fois il revenait avec de la nourriture, des friandises et même des habits. Elle finit par ce convaincre que son jeune amant finira par l’épouser puisqu’elle avait quitté son village sans engagement.

Désespérée

Après quelques mois de vie en concubinage, la jeune Souma tomba en état de grossesse. Pour faire plaisir à son concubin, elle refusa dans un premier de lui annoncer ce qu’elle estima être l’objet d’une joie intense. Elle garda le secret et ne le partagea qu’avec une seule de ses amies, ressortissante de la même localité qu’elle. L’amie en question lui conseilla d’informer son amant à temps pour voir sa réaction. Mais Souma convaincue que son homme serait fou de joie, préféra faire durer le suspense. Son amie décida un jour d’enfreindre l’accord qui existait entre elle et Souma et informa le jeune homme lors d’une soirée organisée par celui-ci à l’occasion d’une fête traditionnelle. Elle prit la main du jeune homme et l’entraîna à l’écart pour lui demander s’il était au courant de la grossesse de son amante. Le jeune homme fit semblant d’être surpris et posa une seule question à l’amie de sa concubine sur l’âge de la grossesse. Celle-ci répondit qu’elle ne savait pas exactement mais que la grossesse devait avoir au moins un trimestre. Le jeune homme piqua une vive colère et fit venir Souma Samaké par l’intermédiaire de cette amie. Sans aucun ménagement, il lui lança en substance qu’elle ne devait pas être en grossesse puisqu’il n’était pas prêt de l’épouser. Il l’aimait certes mais pas au point de la prendre comme épouse. Puis, après ces reproches, il tourna les talons et la laissa seule avec son amie.

On image la déception de la jeune fille qui fondit aussitôt en larmes.

Son amie tenta de la calmer en vain. Elle ne put supporter le coup qu’elle venait de recevoir et profita de l’ambiance de la soirée pour se retirer sur la pointe des pieds et regagner la chambre où elle vivait. Toute la nuit, elle a versé des larmes en réfléchissant sur comment rentrer dans sa famille sans argent et avec un enfant en plus sur les bras. A la fin de la soirée, son amant qu’elle espérait voir pour discuter sérieusement de la question de sa grossesse ne vint pas la voir. L’autre jeune homme chez qui elle était internée, arriva et lui dit qu’elle devait se préparer à quitter les lieux. C’était sur instruction personnelle de son ami, expliqua-t-il en ajoutant que ce dernier devrait voyager le lendemain. Désespérée, elle se leva et alla réveiller sa meilleure amie pour l’informer de ce qu’elle venait d’apprendre. Son amie la consola et la fit dormir chez elle jusqu’au matin.

Après le petit déjeuner, elles allèrent prendre ses affaires et passèrent la journée ensemble. Elles discutèrent de tout et finir par conclure que Souma devait chercher de nouveau du travail avant que sa grossesse ne soit trop visible. e lendemain, elle arpenta les concessions à la recherche d’un emploi de «bonne» et en décrocha un dans une famille voisine de celle où travaillait sa copine. Elle travailla là pendant près de six mois. Pendant ce temps, sa grossesse évoluait normalement et la semaine dernière, pendant que tout le monde dormait, elle entra en travail.

Les douleurs l’empêchèrent de dormir. Cependant elle ne réveilla ni son amie avec laquelle elle dormait dans la même chambre ni ne voulut se faire aider par quelqu’un d’autre. Au contraire, elle sortit de la maison et alla accoucher seule dans une maison en chantier. Lorsqu’elle finit, elle se nettoya et pris son bébé dans ses bras, l’observa très sérieusement avant de le jeter dans une fosse sceptique des toilettes d’une autre famille.

Le lendemain, elle passa la journée sans aller à son travail. Le deuxième jour, elle reprit ses activités sans que personne ne s’aperçoive de quoi que ce soit. Il a fallu attendre le cinquième jour après son accouchement pour que l’employeuse de son amie s’aperçoive que son ventre a diminué de volume. Celle-ci interpella d’abord sa servante qui répondit ne pas savoir si Souma avait accouché ou pas. La femme ne se limita pas là. Elle appela le commissariat du 11e arrondissement et tomba sur le commissaire divisionnaire Djigui Konaré à qui elle fit part de ses soupçons tout en lui demandant de respecter son anonymat. Le policier envoya une équipe cueillir la demoiselle qui ne put que reconnaître son indigne acte. Sur ses indications, les policiers retrouvèrent les toilettes dans lesquelles elle avait balancé son bébé.

L’innocent était en état de décomposition avancée lorsque les agents de la protection civile vinrent extraire son corps. Souma Samaké était hier au commissariat en attendant d’être déférée au parquet du tribunal de première instance de la commune V.

G. A. DICKO

Essor du 09 octobre 2008