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L’un des acquis fondamentaux de notre système démocratique est la possibilité donnée aux citoyens de constituer des associations pour défendre leurs intérêts et les causes qu’ils jugent justes. C’est à ce niveau que le 22 Août et ses militants proposent, dans le cadre de la conquête du pouvoir en 2012, la renaissance et la fusion des associations politiques de 1990-1991, en un front unique de combat, dénommé, le Front du refus (FDR).

51+35+11+7+4+4+2+1+1 = 116, 116 députés issus de 9 partis émanant des associations politiques qui ont organisé et conduit de mains de maître la chute du régime dictatorial du général-président d’armée Moussa Traoré, de son parti-Etat, l’UDPM (version MPR, héritier de l’UDPM) et de ses laquais. C’était le 26 mars 1991.

A 5 ans de la fin du règne de l’autre général d’armée, Amadou Toumani Touré, on s’interroge sur la configuration politique au Mali en 2012 : le rapport des forces sera-t-il favorable aux forces progressistes du Mouvement démocratique ou alors aux forces rétrogrades suppôts de l’impérialisme français ?

Théoriquement, l’Assemblée nationale (AN) sera, durant le dernier mandat du général-président, l’émanation des aspirations profondes de notre peuple.

Utopie, me direz-vous : « Au niveau de l’AN, c’était à peu près la même composition dans la législature 2002-2005 et le peuple n’a pas vu son sort amélioré ». Oui, mais les politiques disent : « Nous avions besoin de l’appui du général pour conforter nos positions financières et nos assises sociales afin de participer efficacement à la conquête du pouvoir en 2012 ; maintenant c’est chose faite et le véritable travail politique en direction des masses va commencer ».

Pour qui nous prend-on ? Réagirez-vous : « Citez-nous un parti capable de mobiliser les masses pour la défense de la liberté, de la justice sociale et des acquis du peuple comme en mars 91. Lequel de vos 9 partis politiques ne s’est allié au parti héritier de l’UDPM, le MPR pour parvenir à l’hémicycle ? »

Mais, je vous dis que le contexte a changé, on est maintenant dans un régime démocratique, ce n’est plus la dictature d’un homme et de son clan… Arrête, vous empressez-vous de me dire : « Le peuple a toujours faim, le peuple a toujours soif, plus grave, il vit dans l’incertitude du lendemain ; son avenir, celui de ses enfants, de ses petits-enfants, de ses arrières-petits-enfants semble être ‘bouché’ sous le poids de la dette ».

Mais l’un des acquis fondamentaux de notre système démocratique est la possibilité donnée aux citoyens de constituer des associations pour défendre leurs intérêts et les causes qu’ils jugent justes.

C’est à ce niveau que le 22 août et ses militants proposent, dans le cadre de la conquête du pouvoir en 2012, la renaissance et la fusion des associations politiques de 1990-1991, en un front unique de combat, dénommé, le Front du refus (FDR) dont les fonctions seront, entre autres :
– Etre à l’écoute et au « service » de ses 116 représentants au niveau de l’AN.
– Participer à la diffusion, à la vulgarisation et à la traduction en langues nationales des textes de lois et des différentes décisions émanant de l’AN en direction du peuple.
– Entretenir un bulletin d’information en direction des partis du FDR et des différentes associations impliquées dans l’information, la formation, la sensibilisation et la mobilisation des différentes couches de la population pour la satisfaction de leurs besoins.

En d’autres termes pourquoi ne pas réactiver la coordination des associations politiques de 1990-1991 ? Pour ne pas ranimer les vieilles querelles de partis, il nous paraît souhaitable d’opter pour le principe de l’incompatibilité d’être au niveau de la direction d’un parti politique et de celle du FDR.

Les meilleurs militants ne se trouvent pas forcément au niveau de la direction du parti. Par contre tout député du Front est président d’honneur du FDR et peut participer à ses travaux à titre consultatif.

Mais au fait, pourquoi le Front du refus maintenant ? Trois faits importants vont, à notre avis, orienter la marche de notre pays vers le développement politique, économique, social et culturel : la composition qualitative de l’AN ; le dernier mandat du général-président ATT et les visées néocoloniales de l’impérialisme français.


De la composition qualitative de l’AN

La législature 2007-2012 nous offre une AN qualitativement meilleure avec 116 députés élus sur la base de la défense des idéaux du 26 mars 91, avec en son sein, deux ex-Premiers ministres de la IIIe République, au moins quatre présidents ou secrétaires généraux de partis politiques, plusieurs anciens ministres de la IIIe République.

La venue de quatre députés Parena et de quatre « vrais » députés Sadi, pourront, nous l’espérons, vivement compenser l’absence d’un Kaourou Doucouré au niveau des débats de fond, des interpellations constructives et enrichissantes, de la dénonciation sans complaisance des tares de notre administration et des hommes chargés de la gérer.

Les députés Sadi, avec à leur tête le secrétaire général du parti, seront les meilleurs défenseurs des couches prolétariennes en général et plus particulièrement de la paysannerie dont le sort devient de plus incertain.

Avec ces fleurons de la révolution de mars 91, une autre logique fera son apparition dans l’hémicycle au niveau des débats sur la liquidation des sociétés et entreprises d’Etat, sur les privatisations sauvages, sur le contenu des programmes d’ajustement structurel.

Avec la formation du FDR, le peuple sera à l’écoute, le peuple sera largement informé, sensibilisé et mobilisé par les partis issus du Mouvement démocratique.

Qui mieux que ces députés du FDR pourra, avec l’appui des associations politiques affiliées, analyser les mécanismes de la corruption et proposer un schéma cohérent de lutte contre ce fléau qui mine notre société ? Un schéma qui repose sur le principe selon lequel « seul un contrôle populaire pourra mettre fin à la corruption ».

Un principe que l’honorable Konimba Sidibé, ex-ministre/contrôleur général d’Etat pourra défendre, proposer et faire voter la loi du contrôle parlementaire sur les actions de l’exécutif avec l’appui sans réserve des 116 députés du FDR.

Du dernier mandat du président ATT

Le général à la retraite, Amadou Toumani Touré, ne sera pas candidat à l’élection présidentielle de 2012. La qualité de la nouvelle Assemblée nationale ne permettra pas d’entretenir la confusion du type « démission » et « retraite ». Sur ce plan, le FDR sera extrêmement vigilant.

L’enjeu en 2012 est extrêmement important : la révolution de 1991 a été récupérée par les opportunistes de droite du Mouvement démocratique appuyés par une frange de l’armée nationale. Les forces démocratiques pourront-elles en 2012 remettre les pendules à l’heure et prendre comme référence de base les objectifs fondamentaux de la révolution de 91 ?

Deux camps s’affronteront en 2012, les forces démocratiques au service exclusif du peuple et des idéaux de la révolution de mars 91 représentées par l’Adéma et le Cnid et leurs « partis dérivés », et les forces rétrogrades suppôts de l’impérialisme, représentées par le MPR et leurs alliés camouflés dans les différentes administrations d’Etat et des opérateurs économiques spécialisés dans la corruption et le vol fiscal.

Aussi un véritable travail politique de sensibilisation, d’information et de mobilisation devra être mené auprès des masses populaires. La victoire des forces démocratiques est à ce prix. Le FDR, s’y engagera et barrera la route à la fraude, à l’achat des consciences et au pouvoir de l’argent.

De l’arrogance de l’impérialisme français

Le FDR n’est pas l’expression d’une opposition à un programme gouvernemental non encore défini. Pour le FDR, le principal ennemi des peuples africains est l’impérialisme français. La contradiction principale se situe à ce niveau.

C’est pourquoi le FDR combattra tout programme gouvernemental, tout projet de société fondé sur la répartition inégale du bien national, sur l’entreprise privée comme moteur du développement, sur la soumission aveugle à tout programme d’ajustement structurel, sur la liquidation des sociétés et entreprises d’Etat, sur la corruption érigée en système.

Si ATT et son gouvernement s’inscrivent dans cette logique du FDR alors, il bénéficiera de l’appui sans réserve des forces démocratiques. L’AN pendant la législature 2007-2012 sera confrontée à trois problèmes intimement liés : l’exploitation de nos ressources naturelles, le problème du Nord et les visées néocoloniales de l’impérialisme français.

En effet, en supposant que le sous-sol malien contienne du pétrole ou du gaz ou de l’uranium, etc., et que ceci soit situé dans la partie nord du territoire national, dans la zone rebelle, on imagine alors toutes les mises en scène de l’impérialisme français pour déstabiliser le pays en favorisant les conflits ethniques. La question fondamentale est de savoir si le pouvoir en place est suffisamment fort, politiquement, intellectuellement, moralement et matériellement pour affronter l’impérialisme français et tous ses suppôts de l’intérieur.

Tout porte à croire que le pouvoir législatif saura affronter le problème et être à la hauteur de la tâche. La prise du pouvoir, en France, par la droite et les forces rétrogrades est une donnée importante à intégrer dans l’analyse de la situation socio-économique des pays africains sous domination française, comme le Mali, et du rapport France-Afrique. Le président français annonce très tôt les couleurs ; la renaissance de la philosophie et des méthodes fascistes est à l’ordre du jour.

Se référant aux propos de l’idéologue du fascisme, le directeur de conscience d’Hitler, pour qui « comme par un balbutiement de la force vitale châtiée, le Nègre est apparu aux heures sombres du tertiaire… Il est né des êtres rampants… » et le président français Nicolas Sarkozy ajoute, « l’Africain refuse d’entrer dans l’Histoire ».

« Le 22-Août » en considérant l’impérialisme français comme l’ennemi des peuples africains et du peuple français, exhorte les forces démocratiques et les partis politiques artisans de la révolution de mars 91, à s’unir pour barrer la route aux suppôts de l’impérialisme. L’union des forces démocratiques dans le Front du refus est une nécessité historique pour notre peuple dont les conditions de vie deviennent de plus en plus précaires.

Le FDR pour remplir sa mission de formation et de mobilisation a besoin d’un organe d’information au service des partis politiques du FDR et des différentes associations œuvrant pour le bien-être des populations urbaines et rurales. Malheureusement, les organes des partis politiques ont tous disparu : Alternance (du parti Adéma/PASJ), Danbe (du Cnid/Faso Yiriwa ton), Réveil (de l’Union soudanaise-RDA).

Yèlèma qui, sans être le journal d’un parti politique, se proposait d’être le porte-drapeau de la révolution de mars 91, n’a pas pu résister aux multiples difficultés liées à la parution régulière d’un journal essentiellement tourné vers le débat politique et la formation idéologique des militants de la révolution.

A l’aube de la rentrée parlementaire, la question de la création du FDR dans l’hémicycle et de son bulletin d’information se pose avec acuité. Utopie, rêve, éventualité probable, peu probable, très peu probable, impossible, véritable folie… ? Le débat est ouvert.

Mamadou Lamine Kanouté
(militant du 22 août)

22 août 2007.