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La majorité a traversé sans dégâts le traitement du cas CMDT et le PASJ peut s’en retourner à ses embarras internes.
Le gouvernement entame cette semaine ses vacances, les parlementaires s’en retournent à leur base, les partis politiques se réinvestissent dans leurs préoccupations domestiques et les Jeux olympiques vont progressivement truster l’actualité.

La matière politique va donc subir un brutal et considérable assèchement. Certaines Rédactions de journaux en prennent d’ailleurs explicitement acte, elles qui se sont donné sans hésitation congé.

Elles ne courent aucun risque en procédant à cette suspension temporaire de leurs activités puisqu’il n’existe en gestation aucun élément fort qui amènerait un rebondissement spectaculaire dans la morte saison.

La trêve a donc de fortes chances de se terminer en laissant intactes les grandes tendances constatées en ce début de mois d’août et qui font présager d’une fin d’année assez animée. Avec notamment des recherches de positionnement définitif des principaux protagonistes politiques pour les communales 2009.

Le principal enseignement délivré par les récents événements est que la majorité parlementaire a traversé sans trop de dégâts le périlleux épisode de la privatisation de la CMDT. Périlleux, parce que de nombreux Maliens et plus particulièrement ceux résidant dans les zones cotonnières, nourrissaient une relation fortement émotionnelle vis-à-vis de l’opération perçue par eux comme la dislocation d’un bastion national.

Périlleux aussi, parce que l’opposition qui avait bien perçu l’humeur décrite plus haut, s’était préparée pour livrer sur le dossier une bataille emblématique et aux bénéfices politiques non négligeables. Au final, la majorité parlementaire est passée vendredi dernier à travers les gouttes. Les empoignades avec les opposants furent rudes au point de frôler par moments l’incident, mais la discipline de vote a prévalu et la loi est passée avec un écart confortable.

Le camp majoritaire s’était entouré du maximum de précautions possibles en déminant autant qu’il l’avait pu le terrain en amont. Il avait multiplié les écoutes et avait tenté de rassurer les délégués des cotonculteurs.

Les députés favorables à la privatisation ont en outre pu constater (avec un certain soulagement) que l’émoi populaire était bien moindre que prédit, malgré les efforts de mobilisation déployés par la section syndicale de la filière coton et la Coalition des alternatives africaines dette et développement. Les inquiétudes (réelles) des producteurs n’ont pas donné lieu à des manifestations d’ampleur ou à des prises à témoin véhémentes de l’opinion.


Les fragilités et les limites :

Cette relative accalmie est certainement due au fait que le désarroi des producteurs, qui a eu le temps de s’approfondir au cours de ces deux dernières années, s’est essentiellement traduit par une désaffection de plus en plus prononcée vis-à-vis d’un produit naguère providentiel. Le monde paysan voit en fait son salut moins dans la préservation d’un existant dont il a pu mesurer les fragilités et les limites que dans un changement maîtrisé.

Un changement que, selon lui, seul peut conduire l’État en s’y investissant avec sincérité. Au tumulte d’une ultime bataille à l’utilité discutable, les paysans ont préféré l’attitude du « laisser faire et voir venir« .
Ils sont donc resté en deçà de l’activisme déployé par la CAD et les syndicalistes de la filière coton qui les espéraient plus agressifs et plus contestataires.

D’ailleurs, pour essayer de secouer cet attentisme, le secrétaire général du syndicat Zakariyaou Diawara est sorti de son rôle pour s’en prendre à l’ADEMA comme premier et principal responsable de la situation difficile actuelle, pour stigmatiser durement les prétendues méthodes de pression des responsables du PASJ et pour menacer de faire désormais campagne contre le parti de l’Abeille dans les zones cotonnières.

Conscient d’une imprudence qui peut lui être profondément dommageable, l’intéressé a, depuis, fait amende honorable, mais son dérapage entérinait en lui-même l’échec d’une mobilisation tentée depuis plusieurs mois et qui n’a pas pris dans le peuple des cotonculteurs.

Toujours sur la privatisation de la CMDT, la majorité parlementaire s’est aussi évité un déchirement en son sein. En raison de propos virulents tenus par son leader il y a quelques semaines contre des membres du gouvernement, on aurait pu penser que la Convergence pour le développement du Mali (CODEM) aurait voté contre la privatisation.

Mais ses six députés ont choisi de s’abstenir, envoyant ainsi un double message. Primo, ils exprimaient leur adhésion aux réserves et aux inquiétudes nourries par leur électorat, celui des cotonculteurs. Secundo, ils n’avaient pas pour autant envie d’en rajouter à la confusion en ralliant un camp politique qui n’est pas le leur.

L’attitude de la Convention pourrait s’interpréter comme un appel adressé aux autorités. La CMDT antérieure ne pouvait être maintenue en l’état sauf à accepter de poursuivre une course vers l’abîme. Mais le futur de la filière coton dépasse très largement l’intelligence des producteurs et même le savoir-faire des repreneurs. Elle est devenue une grande question politique africaine qui perturbe plusieurs gouvernements, dont le nôtre.

La gravité de cette question a été confirmée lors de la récente réunion de l’Organisation mondiale du commerce où la non évocation même du problème est symbolique de la dureté du combat que nécessite la survie du coton africain. Aujourd’hui, aucune solution évidente ne se dessine encore. Demain, le combat solidaire des États du continent pourrait dégager ne serait ce que des palliatifs.


Un phénomène récurrent

– La privatisation de la CMDT représente en fait la première étape dans l’action menée par le gouvernement pour garantir un futur autre aux régions cotonnières et pour éviter que ces dernières après avoir été l’une des fiertés économiques du pays, n’en devienne une zone « conflitogène » sur le plan social.

Mais sur cela, il sera toujours temps de veiller lorsque s’entamera effectivement le processus d’ouverture. Entretemps, majorité et opposition peuvent s’en retourner à leurs affaires internes.

Tout particulièrement, le PASJ qui, ainsi que nous l’avions prévu, connaît d’énormes soucis dans le renouvellement de ses instances et dans l’organisation de son futur congrès. Les Abeilles paient là la rançon logique de l’image de parti en pleine ascension qu’elles ont réussi à se donner à travers la multiplication des ralliements. Elles enregistrent aussi le contrecoup naturel des consignes de mobilisation électorale lancées par leur président pour 2012.

En zappant rapidement sur les communales de 2009 présentées comme un galop d’échauffement et en focalisant prématurément l’attention de ses troupes vers les futures présidentielles et législatives, Dioncounda Traoré a inoculé une espèce de fébrilité à une phalange importante de personnalités politiques, désireuses d’acquérir dès maintenant le statut d’incontournables.

Comme nombre d’entre elles n’ont comme d’autre légitimité que celle de leurs ambitions et doivent au moins se tailler des fiefs inexpugnables, le combat est très souvent féroce pour le contrôle des sections et pour un droit de préemption sur des places au sein du futur Comité exécutif.

Au fond, il n’y a pas vraiment matière à s’effarer de la résurgence d’un phénomène récurrent au PASJ depuis sa création. Il y a tout de même à regretter que le parti laisse ainsi passer une véritable occasion de revivification politique et qu’à force de se laisser secouer par les combinazzioni et les luttes internes, il s’expose à une baisse de qualité dans ses représentations locales.

A moins que la Direction ne se contraigne elle-même à procéder à des sévères arbitrages partout où cela s’avère nécessaire. Mais ce genre de fermeté ne ressemble guère à l’ADEMA.

Le trouble des Abeilles est plutôt bien accueilli du côté de l’ADP où beaucoup avaient l’impression ces derniers temps que tout accaparé par les projets à moyen terme de son parti, le président Dioncounda Traoré n’animait que moyennement l’Alliance.

Celle-ci va-t-elle d’ailleurs rester longtemps homogène ? Le mode de scrutin pratiqué pour les communales – la proportionnelle – n’encourage pas la constitution des listes pour la conquête des sièges de conseillers. Par contre, elle rend très souvent incontournable la formation d’alliances pour la désignation des maires.

A cet égard, 2009 fournira le bon test pour mesurer aussi bien la qualité des relations entre membres de l’ADP que la cohérence de la démarche tactique de ses membres les plus influents.

L’Essor

G. DRABO

05 Aout 2008