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« Vous savez, une semaine en politique, c’est une éternité» . Par cette phrase, John Major, ancien Premier ministre britannique, a voulu dire qu’on ne peut pas prédire l’avenir en politique. En effet, tout peut basculer, chavirer en quelques jours, en quelques semaines : un slogan, un thème de campagne, une carrière politique, une élection donnée gagnante. A titre d’exemple, il a suffi d’une rencontre fortuite entre Nafissatou Diallo et Dominique Strauss-Kahn pour que la carrière politique de ce dernier soit définitivement enterrée alors qu’il était le grand favori des sondages de l’élection présidentielle française de 2012. Dans la même optique, certains slogans, certains thèmes de campagne ne résisteront pas à cette vérité au Mali. En effet, contrairement aux prévisions de certains candidats, l’élection présidentielle ne se jouera ni sur le thème de la convergence, ni sur celui du changement ou de la rupture. Elle se jouera et se gagnera sur le thème de l’autorité de l’État. En effet, ce thème vient de faire une entrée fracassante dans le débat de la campagne présidentielle.

L’autorité de l’État, l’invitée surprise de la campagne-

Depuis la mi-janvier, le Nord-Mali est le théâtre d’une guerre dont l’intensité meurtrière est, sans commune mesure, avec les précédents soulèvements touareg. En effet, malgré le catapultage, pour reprendre l’expression de Babacar Justin Ndiaye, d’une impressionnante armada dans la ville de Gao, l’armée malienne mal équipée, mal formée n’arrive pas à sécuriser l’immense territoire désertique, rocailleux, sablonneux et montagneux du Mali. Cette situation emporte deux conséquences. La première, c’est que la guerre au Nord assombrit considérablement l’horizon électoral, à tout le moins hypothèque sérieusement l’élection présidentielle du 29 avril 2012.

La seconde, c’est que cette guerre risque d’ébranler les fondations de l’État malien. En effet, on risque d’assister à la désintégration du Mali. Pour éviter l’une et l’autre, il faut restaurer l’autorité de l’État. Pour cela, les candidats à l’élection présidentielle doivent impérativement préempter le thème de l’autorité de l’État. Car, en 2012, le Mali aura besoin, non pas d’un gestionnaire, d’un diplomate, mais d’un chef de guerre commela Grande Bretagneavec Winston Churchil oula Franceavec Charles de Gaulle lors de la deuxième guerre mondiale.

Le sang, les larmes et la sueur-

« Sunt La crimae Rerum « , soupire Virgile dans L’Enéide, pour nous dire qu’il y a des larmes, de la sueur, du sang en toutes choses. C’est pourquoi les candidats à l’élection présidentielle doivent avoir le verbe churchillien pour préparer les Maliens, justement, à » de la sueur, du sang et des larmes « . Car le respect de l’intégrité territoriale du Mali passe par ce sacrifice. A cette fin, les staff des candidats doivent lire et relire le discours de Winston Churchil prononcé le 13 mai 1940 àla Chambredes communes : » Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur (…) Nous faisons face à la plus terrible des épreuves. Nous avons devant nous maints longs mois de lutte et de souffrance.

Vous demandez ce qu’est notre politique ? Je peux vous le dire : c’est faire la guerre, sur mer, sur terre et dans les airs, par tous les moyens, avec la puissance et avec la force qu’il plaira à Dieu de nous donner ; faire la guerre contre une tyrannie monstrueuse, sans égale dans le sinistre et lamentable catalogue du crime humain. Voilà notre politique. Vous me demandez quel est notre but ? Je vous réponds d’un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de toute terreur, aussi longue et difficile que puisse être la route, la victoire ; car sans victoire, il n’est point de salut.

Prenez-en conscience : point de salut pour l’Empire britannique, point de salut pour tout ce que l’Empire britannique a toujours défendu, point de salut pour le désir et la force qui ont de tout temps poussé l’humanité, toujours plus avant, vers le progrès. Mais c’est plein d’espoir et d’enthousiasme que j’assume ma tâche car, je le sais, les hommes ne peuvent pas manquer à notre cause. En cet instant, je ressens le droit d’exiger le concours de tous et je proclame : « En avant donc, marchons tous ensemble, dans la force de notre unité « . « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle « Charles Péguy.

Dianguina Tounkara,*

Docteur en droit, Elève avocat au Barreau de Paris

diangui@hotmail.fr

L’Indépendant du 08 Février 2012