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Avant-hier le président IBK a critiqué la position de la France vis-à-vis du Mnla et de la situation à Kidal, affirmant que “la communauté internationale nous oblige à négocier sur notre sol avec des gens qui ont pris des armes contre l’Etat”. La réaction de la France n’a pas tardé et elle est venue de Laurent Fabius, hier. Celui-ci a déclaré que « La France est intervenue, on peut dire qu’elle a sauvé le Mali… Maintenant c’est aux Maliens et singulièrement au président IBK d’agir”.

Dans une interview accordée au journal français “Le Monde”, une interview (re) publiée par le “Nouvel Horizon” dans sa livraison d’hier jeudi 5 décembre, le président de la République Ibrahim Bubacar Kéïta, en visite officielle en France, a dénoncé la situation de Kidal où le Mnla continue de régner en maître et d’imposer son diktat aux symboles de l’État malien, l’Administration publique et les forces armées et de sécurité. Le dernier évènement en date, qui traduit cette situation inconfortable pour le pouvoir et qui exaspère les Maliens, a été la manifestation des partisans du Mnla organisée sur la piste d’atterrissage de Kidal, contraignant le Premier ministre Oumar Tatam Ly a annulé sa visite dans la localité.

LA SORTIE D’IBK

Dans l’interview qu’il a accordée au journal français “Le Monde”, le président IBK s’est fait écho de cette situation inconfortable et exaspérante, en déclarant: “Ces troupes (de la Minusma et de l’opération Serval, ndlr) ont vocation à aider le Mali à recouvrer son intégrité territoriale et sa souveraineté. Nous assistons, hélas, à une situation où la présence de ces troupes a empêché le Mali de rétablir l’autorité de l’État à Kidal, alors qu’il l’a fait à Gao et à Tombouctou.

Pour quel motif ? Nous ne sommes pas naïfs, la rébellion touareg du Mouvement National de Libération de l’Azawad (Mnla) est retournée à Kidal dans le sillage des troupes qui sont venues nous libérer. La libération s’est faite de manière conjointe jusqu’aux abords de Kidal, où là, on a bloqué les Maliens. Pourquoi ? Serions-nous des barbares d’une autre époque qui, une fois à Kidal, se mettraient à massacrer tout le monde ? L’armée malienne n’est pas une armée de soudards, surtout cette armée qui est aujourd’hui en refondation.
Je ne comprends pas que Kidal ait été une exception. Pour un ami de la France comme moi, j’assiste avec beaucoup de dépit à un reflux de l’enthousiasme envers la France dans la population malienne qui avait applaudi l’intervention française au début de l’année. Aujourd’hui, les Maliens s’interrogent. (…)

Ce sont plus que des contacts, je suis très bien informé. Je ne peux imputer cette doctrine à François Hollande car je note avec bonheur que ce comportement est en train de changer de manière drastique. Nous ne comprendrions pas qu’il en soit autrement. L’armée malienne, cantonnée dans un fortin, ne pouvait pas circuler dans Kidal, où il y a eu une épuration ethnique. Tous ceux avec la peau noire ont été priés de quitter la ville. Cela, on ne le dit pas. (…)
Je n’ai pas dit cela. Nous-mêmes avons des contacts avec le Mnla. Mais la tragédie de l’assassinat des deux journalistes de Rfi, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, le 2 novembre, qui m’a révolté et ému au plus profond de mon être, nous amène à nous interroger. Claude et Ghislaine sortaient d’un entretien avec le maître de Kidal, Ambeiry ag-Ghissa. Leurs ravisseurs ont franchi quatre barrages et sont repartis en retraversant les mêmes barrages, on se pose forcément des questions.

Si l’armée malienne avait été là, libre de ses mouvements, je pense qu’il en aurait été autrement. Laisser croire qu’un soutien au Mnla peut conduire à résoudre des prises d’otages est d’une naïveté déconcertante. La communauté internationale nous oblige à négocier sur notre sol avec des gens qui ont pris des armes contre l’État. Je rappelle que nous sommes un pays indépendant. L’État malien est contraint de négocier avec un groupe armé qui s’en vante, dans quelle comedia dell’arte sommes-nous ?”

LA RÉACTION DE LA FRANCE

Ces propos du président IBK ont-ils choqué la France? Nous ne saurions le dire. La réponse de cet allié du Mali est venue tout de suite, dès le lendemain de la publication de l’interview par le “Le Monde”. En effet, hier, le Ministre français des Affaires Étrangères, M. Laurent Fabius, a choisi de remettre les choses dans ler contexte. « La France est intervenue, on peut dire qu’elle a sauvé le Mali », a dit le chef de la diplomatie française, en référence à l’opération militaire lancée en janvier 2013 contre les islamistes armés qui occupaient le nord de notre pays. « Maintenant c’est aux Maliens et singulièrement au président IBK d’agir. La France ne soutient aucun groupe. Il est normal que l’intégrité du territoire soit assurée et la France n’a pas à se mêler de cela », a insisté Laurent Fabius.

Cette réponse incisive du Ministre français n’est pas anodine. Elle n’est pas qu’une réponse à des propos quelques peu crus du président IBK. Elle est la réponse à une série d’accusations et d’attaques en règle des Maliens à l’endroit de la France. En effet, depuis quelques semaines, les manifestations (les premières) anti-françaises ont eu lieu un peu partout au Mali. “Vive papa Hollande” cède de plus en plus le pas à “A bas la France” dans des manifestations qui ont eu lieu à Bamako, il ya une semaine.
En fait les Maliens ne comprennent pas que la France ait aidé le Mali à libérer les autres villes du Mali (Gao, Tombouctou, etc…), sauf Kidal. Une localité où les combattants du Mnla, qui y avaient été chassés par les jihadistes du Mujao et d’Ançardine, sont revenus en force dans le sillage des forces françaises. Une localité où, malgré les accords préliminaires de Ouagadougou, “l’armée malienne, (est) cantonnée dans un fortin, ne pouvait pas circuler dans Kidal”, comme le souligne le président IBK.

Reste à savoir maintenant, en lisant entre les lignes des propos tenus par Laurent Fabius, ce la France a voulu dire au président IBK. Cette réponse est-elle un feu vert que la France donne à une action contre le Mnla? Est-elle le signe d’un agacement des Français devant les critiques de plus en plus acerbes des Maliens contre la supposée alliance de la France avec le Mnla? Est-elle le début d’un refroidissement des relations de l’axe Bamako-Paris?
Les jours à venir nous édifierons, même si nous croyons deviner plutôt de l’exaspération derrière les propos du Ministre Laurent Fabius. Mais, attendons pour voir.

Baba SANGARÉ

Nouvel Horizon du 6 Décembre 2013

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Hollande sur la situation de Kidal : «Le président malien a raison»

jpg_une-2399.jpgPour notre pays, le sommet de l’Elysée sur la paix et sécurité en Afrique n’aura pas vécu inutile. Convaincu du bon droit de son pays et de la légitimité des ambitions de son peuple, le président de la République, Son Excellence Ibrahim Boubacar Keïta a martelé avec force convictions, en public et en privé, les inquiétudes et les interrogations qu’il partage avec tous ses concitoyens, mais aussi ses vérités, quant à la situation inacceptable de Kidal.

En moins d’une semaine, pour plaider, à Paris, le droit inaliénable du peuple malien à la souveraineté pleine et entière sur l’ensemble de son territoire, le président de la République, a accordé six (06) interview aux médias internationaux (Le Monde, France 24, BFMTV, BFM-Business, TV5, une TV néerlandaise). Résultat : le président IBK n’a pas prêché dans le désert.

Dans une l’interview exclusive accordée samedi 7 décembre à FRANCE 24, RFI et TV5, LE MONDE, le président français François Hollande, sur la situation de Kidal, donne raison au président IBK. Voici, la transition de l’extrait de cet entretien :

J’imagine que vous avez lu avec intérêt l’interview du président malien IBK qui critique le France en disant que dans le fond elle soutient, elle ménage le MNLA, les touaregs, pour vous aider dans les prises d’otages. Qu’est-ce que vous lui répondez.

Lorsque nous avons fait l’opération au nord Mali et notamment à Kidal, le Mnla, groupe qui à un moment avait prétendu à l’indépendance du nord Mali a été un auxiliaire pour la reconquête.

Mais, aujourd’hui le président malien a raison. La souveraineté du territoire suppose que tous les groupes même ceux qui ont participé des combats contre les terroristes déposent les armes et rentrent dans un processus politique. IL A RAISON.

Maintenant, c’est la politique qui doit faire valoir ses droits. Il y a des élections législations, il y a un dialogue qui doit se faire entre les autorités du Mali (le président et gouvernement maliens) et les touaregs ou ceux qui vivent dans le Nord. Ce dialogue doit se faire sans armes.

Est-ce que la France ménage les touaregs ?

La France dit qu’il est nécessaire de dialoguer mais la France dit également le dialogue doit se faire sans armes et que les seuls autorités légitimes à utiliser la force ce sont les maliens, c’est-à-dire le président malien.

Sambi TOURRE, conseiller à la communication

Source : Primature – Le 9 9 Décembre 2013 08:10