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Une semaine après la visite d’Etat du président IBK à Paris et la conférence des bailleurs, Laurent Bigot, consultant indépendant, ancien diplomate français livre un sévère jugement sur la gouvernance d’IBK (Le Monde.fr du 2 novembre). Une nouvelle crise de nerfs en perspectives. IBK va-t-il encore accuser Tiebilé Dramé ? Ainsi, après les articles de Mediapart, voilà une pierre dans le jardin d’IBK, d’un diplomate qui fait aujourd’hui notoriété en Afrique. Dans ce jugement, Bigot souligne : «La démocratie est perçue comme permettant à une minorité de s’enrichir en toute impunité avec la bénédiction de la communauté internationale, dont l’hypocrisie confine à la complicité ».

Laurent Bigot désapprouve la stratégie de la France de lutte contre le terrorisme. « La France a épousé la conception américaine de lutte contre le terrorisme, la fameuse war on terror, sans en mesurer les conséquences et surtout sans en constater la tragique inefficacité. Il suffit pour s’en convaincre de regarder dans quel état se trouvent l’Afghanistan et l’Irak pour comprendre combien cette stratégie est un échec. Un échec total », écrit l’ancien diplomate français. Selon lui, le Mali ne fait pas exception à la règle. « Dix-huit mois après le début de l’intervention française, la situation sécuritaire dans le Nord est des plus précaires malgré la présence militaire internationale, et la situation à Bamako aussi dégradée qu’à la veille de la chute du président Amadou Toumani Touré », souligne-t-il.

Bigot fait pourtant partie de ceux qui considèrent que l’intervention était une décision politique courageuse du président Hollande. « Malheureusement, la victoire militaire s’est transformée en défaite politique par absence de réflexion sur les causes du terrorisme, doublée d’un déni troublant des réalités politiques maliennes », analyse le consultant français…

La responsabilité des autorités maliennes
Selon Laurent Bigot, « les populations du Nord se sont, en outre, complètement détournées de la vie politique et de son système représentatif tels que les conférences nationales du début des années 1990 les ont imposés. La démocratie tant vantée par l’Occident se trouve déclinée localement au profit d’intérêts particuliers, dans une logique de prédation, à l’image de ce qui se passe à Bamako. La démocratie est perçue comme permettant à une minorité de s’enrichir en toute impunité avec la bénédiction de la communauté internationale, dont l’hypocrisie confine à la complicité. C’est cette perception qu’il convient d’intégrer pour comprendre qu’un contingent militaire et des milliards d’euros annoncés lors de conférences internationales ne convainquent plus personne sur le terrain », souligne Bigot.

Selon Laurent Bigot, la solution n’est pas simple. Commençons d’abord par une ambition fondée sur l’exigence de vérité, indique-t-il. « Les autorités maliennes sont les premières responsables de cet énorme gâchis. Arrêtons de nous voiler la face, soyons exigeants dans le partenariat avec le Mali. Ne nous contentons pas de faux-semblants, sans quoi les mêmes causes produiront les mêmes effets ». J’ai souvent entendu dire que toutes les vérités n’étaient pas bonnes à dire. La force d’une vérité n’est pas d’être tue mais d’être dite, avec le respect que l’on doit à chacun, assène l’ancien diplomate français. C’est sur ce terrain que la France est attendue, conclut le consultant indépendant.

B. Daou

Le Républicain du 3 Novembre 2015