Partager

jpg_une-62.jpgIl répond au nom de HAMA INFA CISSÉ. Il a été appréhendé avec trois de ses complices plus précisément à Konan où ils résident tous. Très tôt le matin, à 5 H 30, de ce mercredi 22 Octobre, l’équipe de l’Inspecteur Principal Papa Mambi Keïta surnommé l’Epervier du Mandé, prenait position dans les abords immédiats d’une concession identifiée comme l’antre des suspects. A 6 H, heure légales pour ce type d’intervention, les policiers passèrent à l’offensive. Le suspect était bien là avec quelques uns de ses complices. Ils furent tous cueillis et conduits au Commissariat de la ville. Là, surgit une autre question. Mais en attendant, comment en est-on arrivé là ?

Le suspect est l’un des pionniers d’une nouvelle race d’escrocs et d’arnaqueurs. Leur méthode est simple et leurs victimes, des candides à la recherche de miracles susceptible de résoudre leurs malheurs. L’escroc se fait alors passer pour un marabout de renommée, détenteur d’immenses pouvoirs dont rien et ni personne ne résiste. Tout ce que le client a à faire, c’est payer des cartes de recharges pour téléphone portable et de lui envoyer les numéros. Ce n’est qu’une première étape.

Une fois accroché, il est soumis à de fortes pressions morales. Il lui sera ensuite demandé de déposer de l’argent dans un compte bancaire permettant ainsi au marabout de se procurer tout le nécessaire en vue de sacrifices rituels pour les besoins de la cause. Il s’agit souvent de payer un taureau de 7 ans, 7 sacs de dattes, un parfum rare et d’origine mystique, etc. Plusieurs personnes sont tombées dans le panneau à hauteur de dizaines de millions F CFA.

C’est ainsi que le commissariat de police du 3ème Arrondissement a recensé de nombreuses plaintes. Depuis presque maintenant une année que l’Inspecteur Principal Papa Mambi Keïta est sur les traces du délinquant. Une première enquête l’avait conduit à Konan où le suspect a été identifié avec précision grâce au concours précieux des sociétés de téléphonie. Mais bénéficiant d’une complicité, il a pu filer. Trois de ses complices furent alors appréhendés.

Voilà que l’affaire rebondit huit mois plus tard. En somme, la stratégie de l’Epervier du Mandé fut d’endormir la méfiance du suspect et de le mettre en confiance. Ce fut fait. Croyant le dossier clos et l’affaire classée, il reprit du service. Pendant ce temps à Bamako, le policier le pistait virtuellement. Tous ses numéros d’appel étaient soigneusement enregistrés et localisés ; ses habitudes désormais connues.

Maintenant, le vin était tiré. Les policiers décidèrent de passer à l’action. Munis d’un ordre de mission en bonne et due forme, ils se rendirent à Mopti. La première expérience les ayant fait douter d’une complicité, ils se gardèrent d’ébruiter leur arrivé dans la cité. C’est ce «manquement à la règle» par ailleurs justifié que la police locale vit d’un mauvais œil.

A près avoir cueilli tous les suspects, les policiers décidèrent de les conduire au commissariat de la ville qui se refuse en ce moment à les voir conduit à Bamako par l’Epervier du Mandé. La police de Mopti, selon nos sources, se refuse en effet de livrer le principal suspect au motif selon lequel, d’autres plaintes contre lui sont enregistrées à son niveau. Quant au Procureur, il exige à son tour que les plaignants de Bamako rejoignent Mopti pour des raisons de territorialité.

Il faudra quand même retenir que les plaintes enregistrées à Bamako sont plus consistantes et que l’affaire remonte d’il y a presque une année et était alors conduite par le même enquêteur.

Ce conflit de compétences ne risque –t-il pas de profiter aux délinquants et d’affaiblir les pouvoirs publics maliens ? Et pour cause : si les plaignants de Bamako se trouvaient dans l’incapacité physique de rejoindre Mopti, dans les 72 heures, le procureur serait certainement contraint d’engager la procédure sur les seules plaintes (légères) recensées à Mopti. Le suspect risque alors de s’en tirer à bon compte.

B.S. Diarra

Aurore du 23 octobre 2008