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La crise a été un électrochoc qui a réveillé les Maliens et les a certainement amenés à s’intéresser à la chose politique. La campagne pour l’élection présidentielle a été atypique à plus d’un titre. Non seulement, les règles conventionnelles n’ont pas prévalues en la matière, mais, également, les alliances ont été, très souvent, contre-natures et plus guidées par des affinités et souvent des calculs que par l’idéologie.

Les perdants

Le premier parti qui aura du mal à se relever de cette élection est assurément l’Adéma/PASJ. C’est à croire que le parti de l’Abeille avait décidé de se faire hara-kiri. Déjà, Iba Ndiaye qui assurait la présidence par intérim (un terme en vogue ces temps-ci), a fini par jeter l’éponge, étant contesté ouvertement par le candidat du parti qui, légitimement, a dit ne pas sentir la Ruche derrière lui lors de la campagne.

Le soutien n’étant pas que financier, il avait des arguments pour qui connaît la capacité mobilisatrice des dinosaures du parti que personne n’a vu sur le terrain. Et cela a fait désordre : les militants sont allés dans tous les camps.

L’Union pour la République et la démocratie (URD) est le parti qui a mené une campagne bien structurée, sans déchet. La faute, le manque de victoire est plus imputable à la qualité de certains animateurs du parti, « pingre » et « n’allant vers les électeurs que le jour des élections ».

Pour donner une nouvelle vie au parti, il y a un nécessaire dégraissage à faire au sommet, surtout que certains animateurs sont incrustés dans leur fauteuil depuis le début du parti. L’URD n’a pas fait l’économie d’une crise et, au besoin, Soumaïla Cissé devrait provoquer cette crise pour purger et donner une nouvelle vie au parti de la Poignée de mains et le colorer plus.

Les Fare, bien que jeune parti, a navigué entre deux eaux, ce qui ne pardonne pas. Le parti apparaît plus comme un mouvement ad-hoc. Et s’il veut politiquement survivre, Modibo Sidibé devra s’atteler à corriger cette sensation et donner une âme à « An ka wili ». Lui-même, plus technocrate que politique, a une mue à faire.

Il y a des partis satellites, qui vont assurément avoir du mal à tenir 5 ans, à aller aux législatives, sachant qu’ils n’auront pas de « parti mère-porteuse » cette fois-ci, capable de leur assurer au moins un député.

Les « vainqueurs »

Le premier parti qui va connaître une crise sera le Rassemblement pour le Mali (RPM). Seulement, contrairement aux perdants qui connaîtront des saignées, sa crise viendra des « ouvriers de la 25e heure », des sangsues qui voudraient et à qui il faudrait nécessairement faire de la place.

La crise du parti du Tisserand sera une crise de surpopulation et les vrais militants qui ont mouillé le maillot, qui ont traversé le désert, sentiront la frustration et se verront éjecter souvent sans ménagement.

Le parti de Soumeylou Boubèye Maïga sera l’un des rares à surfer sur les vagues. En construction, il bénéficiera de l’expertise de l’homme. Ayant misé sur le bon cheval, il saura croître.

Une chose est en tout cas sûre : dans l’ensemble, la recomposition du paysage politique malien est bien en marche.

Alexis Kalambry

21 Août 2013