Partager

Après avoir chauffé à blanc l’opinion avant les élections, le Front pour la Démocratie et la République (FDR) est passé complètement à côté de son sujet. Ses leaders, ayant perdu leur latin, sont obligés de suivre, en spectateurs, la bataille pour le contrôle de la future Assemblée. A croire qu’ils comprennent qu’en politique, il y a la loi des rapports de force. Mais préoccupés par leur propre devenir, ils savent aussi qu’il y a une autre loi: celle de la situation donnée, face à laquelle il faut saisir l’opportunité de se mettre en valeur. ATT, qui a promis de régler le problème du statut de l’opposition, se prépare à procéder à des choix pour démarrer son second quinquennat.

FDR : Un bloc anti-ATT

A l’approche de la présidentielle, une partie de la classe politique s’était organisée pour barrer la route à ATT, candidat à sa propre succession. Quatorze partis parmi les plus importants du pays s’étaient constitués en Alliance pour la Démocratie et Progrès (ADP) pour le soutenir.

Pour leur part, les adversaires du président sortant, candidats déclarés ou annoncés, s’étaient rassemblés le 4 février au siège au PARENA afin de sceller la création d’un Front pour la Démocratie et la République (FDR) dont l’objectif était de réussir l’alternance.

Cette soudaine agitation avait permis de comprendre que la campagne électorale sera animée. Les observateurs s’étaient réjouis aussi de constater l’opposition en gestation, avec le face-à-face de deux camps opposés: une mouvance présidentielle (ADP) et une opposition (FDR) avec ses candidatures multiples.

Parmi les fondateurs du FDR figurent le RPM d’IBK, le PARENA de Tiébilé Dramé, la CDS- “Mogotigiya” de Mamadou Bakary Sangaré Blaise. Soumeylou Boubèye Maïga, ayant refusé la décision de l’ADEMA de soutenir ATT, en fait partie, mais à la tête de Convergence 2007, même s’il tarde à la transformer en parti politique. L’autre association membre du FDR est l’ADJ (Association Démocratie Justice) qui avait lancé le Manifeste pour la Démocratie contre le régime ATT.

C’est dire que le front a cette particularité d’être la création des déçus et des mécontents du pouvoir ATT. Ceux-ci seront rejoints par d’autres qui cherchent désespérément leur marque sur la scène politique, ou qui ne savent pas où aller, parce que convaincus qu’ils n’ont pas leur place à l’ADP. Mais la présence du Pr N’Diaye aux côtés d’IBK avait amené certains à se demander si le FDR n’était pas un marché de dupes ou le machin des illusionnistes.Après avoir pris part à la création du RPM, le Professeur avait fini par claquer la porte en dénonçant les “méthodes de voyous” en son sein.

Dans tous les cas, les partisans d’IBK ambitionnaient de contraindre ATT à subir l’épreuve du second tour, avec l’engagement de soutenir le candidat le mieux placé pour lui barrer la route. Ce rêve sera-t-il une réalité?


Vaincus, les opposants capitulent

Pendant la campagne électorale, les candidats du front, à défaut d’avoir un bon projet pour le Mali, utiliseront le nom d’ATT comme thème. Les petites phrases assassines sont distillées, les meetings et conférences sont tenus pour tirer à boulets rouges sur le président sortant et ses amis.

Mais le jour du vote, le réveil sera brutal, car les Maliens sauront faire la différence entre le bluff et l’engagement patriotique. Le 29 avril, ATT est plébiscité, tuant ainsi tout espoir de second pour ses adversaires qui sont battus dans leurs fiefs. Les concurrents du président sortant ne croyaient pas au “takokelen”. Pour eux, une victoire dès le premier tour est impossible dans des élections transparentes. Ils ont donc sous-estimé le poids électoral d’ATT, soutenu par une pléiade d’associations et de partis politiques.

Après le scrutin, les 4 dossards frontistes – sur les 8 candidats- seront les seuls à crier à la fraude pour introduire des plaintes auprès de la Cour Constitutionnelle tendant à l’annulation du scrutin. A peine s’ils ne se sont pas ridiculisés, car tous les observateurs (nationaux et internationaux) et une grande partie de la presse nationale et internationale ont unanimement salué la bonne organisation de l’élection présidentielle.

Malgré ce constat, les frontistes étaient toujours dans une logique de violence post-électorale. A preuve, juste avant la proclamation des résultats par la Cour, le RPM demanda à son unique représentant au Gouvernement, Nancoman Keïta, ministre de l’Environnement et de l’Assainissement, de démissionner. Mais la violence sied-elle à ceux qui se disent démocrates et républicains ?

Démocrates et républicains jusque dans l’âme, nous ne serons jamais de ces incendiaires que le pays a connu il n’y a guère longtemps. Nous ne nous amuserons jamais avec les institutions de la République”, répond IBK, au nom du FDR, au cours d’un meeting le 19 mai. Une façon, pour lui, de lancer des piques à l’ex-COPPO qui voulait prendre le régime ADEMA en otage à l’occasion de la crise politique née des élections de 1997. Certains de ces opposants sont avec ATT aujourd’hui.

A l’époque,se souvient le président du FDR, alors Premier ministre, l’opposition radicale avait refusé de reconnaître les institutions, dont le Président de la République. Mais le front est différent du COPPO. Et IBK de renchérir, à propos d’ATT réélu : “Nous ne l’insulterons pas, nous n’avons rien contre sa personne”. Autrement, au FDR, on reconnaît que le vainqueur du scrutin du 29 avril est “M. le Président de la République, Amadou Toumani Rouré” et non “ M .Alpha Oumar Konaré” au temps du COPPO.

Dans la foulée, toujours pour se démarquer de l’opposition de Konaré qui avait boycotté tout le processus électoral de 1997, IBK annonça que le front prendra part aux législatives de juillet, malgré ses réserves par rapport au fichier électoral. Mais l’attitude des frontistes aura l’odeur d’un début de capitulation, puisque la base se dit déçue du comportement du sommet. Et entre responsables, on s’accuse mutuellement.


Le front en chute libre

Deux avènements semblent avoir précipité la chute du FDR. D’abord, à la cérémonie d’investiture d’ATT le 8 juin dernier, les observateurs ont constaté les absences de Tiébilé Dramé et de Soumeylou Boubèye Maïga. Le second justifierait son absence par le fait qu’il n’avait pas reçu la lettre d’invitation. En solidarité à Boubèye, le premier, bien qu’invité, refusa d’assister à cette cérémonie. Mais IBK et Blaise, qui connaissent le sens d’une cérémonie d’investiture de Chef de d’Etat, ont répondu à l’appel. Malgré les multiples coups de fil des boycotteurs au président de la CDS l’invitant à décliner l’offre.

Dès que le Front a accepté la victoire d’ATT, il n’y a aucune raison que Soumeylou et Tiébilé se comportent ainsi, à moins qu’ils aient voulu régler les comptes à IBK pour avoir engagé les autres à leur insu. Sinon, ils auraient pu lui éviter tout problème, en participant à cette investiture. Etant donné qu’en plus de son statut de candidat à l’élection présidentielle, le président du RPM et du FDR était le chef d’une institution de la République invité à l’investiture du Président de la République. Son absence ne pouvait donc pas être comprise.

En refusant d’aller aux législatives, les frontistes risquaient de se dédire-IBK a déclaré que le FDR n’est pas le COPPO-et de se flouer, d’autant plus que la Cour constitutionnelle va reconnaître les institutions. La politique de la chaise vide ne sied pas aux hommes qui se disent légalistes. Car la majorité qui va se dégager à l’Assemblée nationale gouvernera le pays avec le Chef de l’Etat. Restait à savoir comment les opposants vont gérer la période de l’établissement des listes de candidature.

Ainsi, tout le monde s’attendait à des listes communes constituées uniquement par les partis membres du FDR, ou de l’ADP. Mais on a plutôt assisté à des alliances contre-nature pour ces législatives. L’opposition ne reste pas en marge de cette triste réalité. On assista à peu d’alliances entre ses membres. Tous ont préféré flirter avec les partis de l’ADP. A croire que le FDR ne tenait qu’à la présidentielle. En conséquence, sur les seize partis du front, seuls deux ont pu obtenir des députés : le RPM : 11 et le PARENA 4.

L’opposition en rangs dispersés

Depuis la fin des législatives, on assiste à un silence de la part des frontistes. Le FDR ne vit que par cette polémique dans la presse, entre Issa N’Diaye et Djiguiba Kéïta “PPR” du PARENA, à propos de la présidence du front. On se demande même si les responsables du FDR se réunissent encore.

En effet, ces messieurs ont raté une bonne occasion de faire bonne impression. Mais ils n’avaient pas les arguments nécessaires pour amener le peuple à les choisir. Aussi, ne dit-on pas que “la politique, c’est l’art de créer des faits, de les dominer en se jouant des évènements et des hommes” ?

Au FDR, faire sienne cette pensée, c’est mal connaître le rôle joué par ses membres dans l’histoire politique récente du pays. IBK, Soumeylou, Tiébilé, Blaise n’ont pas la culture de l’opposition, eux qui étaient de la mouvance présidentielle en 1997 au moment où le COPPO contestait les institutions de la République.

C’est dire que si le FDR a reconnu les institutions, il ne pouvait en être autrement. IBK sait ce que c’est que le pouvoir, pour l’avoir exercé. Or, aujourd’hui, il y a un renversement de rôles. Autant les principaux initiateurs du FDR étaient au pouvoir en 1997-ils étaient tous de la CNDP, la mouvance présidentielle- autant leurs opposants-le CNID de Me Tall, le MPR de Choguel Maïga, le PSP de Oumar Hamadoun Dicko, l’US-RDA…, sont au pouvoir avec ATT. On ne compterait jamais sur l’ADEMA pour animer une opposition au Mali Et chacun sait pourquoi.

Pourtant, à l’opposition, on semble partager cette position de l’ancien parti au pouvoir. Puisque certains de ses membres font leur la loi de la situation donnée. En effet, on est à la veille de plusieurs rendez-vous, dont la mise en place du bureau de la future Assemblée nationale et la formation du nouveau Gouvernement. Chaque frontiste donne l’impression de se soucier de son propre sort.

Ainsi, si le RPM affiche son ambition d’animer l’opposition qui va naître, son président attend de voir la suite de la bataille pour le perchoir. Mais il donne la priorité aux négociations avec ATT pour l’entrée de son parti dans le Gouvernement en gestation. C’est pourquoi, après Koulouba, dit-on, IBK s’est rendu à Libreville au Gabon et en France pour prendre des conseils.

Concernant le PARENA, sa démarche est double. Son président chercherait à négocier en douce avec ATT, par l’entremise de bonnes volontés, son dossier de la gestion du Sommet Afrique-France, déjà sur la table du Procureur. Dans les coulisses, certains membres du parti seraient prêts à relancer le projet de collaboration, voire de fusion avec l’Adema.

Au même moment, Soumeylou fait la cour à son ex-parti, en multipliant les coups de fil en direction de Dioncounda Traoré. Des observateurs estiment aussi que Boubèye voudrait passer par le président de l’Adema- il l’aurait fait avant son meeting de lancement de Convergence 2007 – pour rencontrer le Président ATT.

Quant à Blaise, on ne connaît pas le projet de son parti. Ce qui est sûr, après avoir perdu Bougouni, son fief, lors des législatives, le rouquin doit être en train de réfléchir sur l’avenir de la CDS-Mogotigiya. Son parti n’a jamais fait partie d’un Gouvernement au Mali, à moins que ATT décide de lui faire, cette fois-ci, un clin d’oeil.

Et à force de tirer sur le FDR, PPR finit par s’interroger si Issa N’Diaye, “le donneur de leçons”, ne ferait pas la cour à ATT. Pour leur part, les petits partis membres du front n’ont que leurs yeux pour pleurer, parce que se disant “trahis” par les grands qui se sont servis d’eux.

De ce qui précède, si on s’était félicité de l’existence d’un embryon d’opposition à la faveur de la présidentielle, cette opposition ne se cache-t-elle pas pour mourir ?

Oumar SIDIBE

30 août 2007.