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Comme en 2008, à la biennale de Kayes, la diaspora malienne était représentée cette année à Sikasso. Conduite par Gaharo Doukouré, Président du conseil de base des maliens de France, la délégation venue de France était composée de 43 personnes. En marge de sa participation, Gaharo Doukouré a animé une conférence de presse portant sur la politique du Mali en matière d’immigration, la place des enfants maliens nés en France, la participation d’une troupe des maliens de la diaspora à la compétition de la biennale.

« Notre inquiétude, c’est de voir notre pays s’engager dans des stratégies qui ne sont pas les siennes. L’Europe a des stratégies de lutte contre l’immigration, à travers lesquelles elle impose ses points de vue au Sud ». C’est par ses propos que Gaharo Doukouré, Président du conseil de base des maliens de France, a introduit son intervention, le 20 décembre 2010, lors de la conférence de presse qu’il a animée à l’hôtel Tata de Sikasso, en présence de Broulaye Keïta, secrétaire général du bureau du conseil de base des maliens de France et du Dr Safiatou Kalé, secrétaire chargé de l’Europe du haut conseil des maliens de l’extérieur.

Gaharo Doukouré a exprimé son inquiétude de constater que des pays voisins, avec lesquels le Mali a des relations historiques, ont été transformés en bras séculier de l’Europe. « Malgré des efforts, le Mali n’arrive pas à dégager une politique en matière de migration », a-t-il déclaré.

Avant de dénoncer le fait que la sous région est jusque là incapable de construire une politique en matière d’immigration. Tout cela a amené le Président du conseil de base des maliens de France à déclarer que les personnes de sa génération n’ont pas de problème pour participer au développement du pays d’origine. « Nous n’attendons rien de personne pour apporter notre pierre à la construction du pays », a-t-il déclaré. Pour rapidement dire que cela n’est pas vrai pour leurs enfants.

Selon Gaharo Doukouré, des Etats déboursent de l’argent pour aider leurs ressortissants nés en France à avoir l’amour de leur patrie et s’est réjoui du fait que sans assistance particulière organisée au niveau étatique, les maliens nés en France ont l’amour du pays, sans l’avoir visité pour certains. « Depuis cinq ans, pas moins de 10 000 de nos enfants se présentent par an au consulat pour la procédure de leur enregistrement », a-t-il indiqué.

De prime abord, on pourrait penser qu’ils n’ont pas besoin de cette procédure, étant pour la plupart nés français. Mais, Gaharo Doukouré dira qu’ils le font pour affirmer leur volonté d’appartenance au pays de leur père, le Mali. « Nos enfants ont la fierté d’être maliens, au moment où d’autres payent chers pour faire la promotion de leur langue dans leur communauté ».

Avant d’ajouter que bien qu’il n’ait pas de grands moyens, le Mali doit comprendre qu’il a une dette vis-à-vis de nos enfants nés en France. « Je ne peux pas comprendre, je ne veux pas comprendre que le Mali si riche culturellement puisse accepter qu’une partie de ses citoyens soient pauvres culturellement, même s’ils vivent en France », a-t-il regretté. Avant d’ajouter que pratiquement toutes les autorités maliennes ont connu l’immigration, donc capables de comprendre ce qu’ils vivent en France et ailleurs dans le monde. « Pour moi, il faut qu’on aborde ces questions pour éviter à nos enfants une situation que nous jugeons inacceptables », a-t-il déclaré.

Avant de dire que le Mali doit aider les Maliens de France et ceux installés ailleurs dans le monde, à faire en sorte que leurs enfants soient des citoyens fiers de leur pays. En ce qui concerne la participation des jeunes maliens de France à la compétition de la biennale, au même titre que les autres jeunes du pays, il dira : « Nous étions venus à Kayes en 2008, avec la ferme volonté de montrer au peuple malien que nos enfants étaient dignes de participer à une biennale » et que c’est fort du succès engrangé qu’ils avaient souhaité participer à la compétition à Sikasso.

« Nous avons estimé que si nous ne participons pas à la compétition, nous n’avions pas notre place à la biennale, pour ne pas frustrer nos enfants », a-t-il indiqué. Il a révélé avoir été reçu par le Premier ministre Modibo Sidibé et au cours de leur entrevue, il lui a expliqué que leurs enfants constituent une formidable richesse en devenir pour le Mali. « Mais, encore faut-il qu’il y ait une construction politique à leur endroit » et d’ajouter « notre participation précipitée est le résultat de la mise en œuvre de cette volonté du Premier ministre. Je suis persuadé qu’il y a de bonnes volontés de la part des autorités pour nous aider à éviter des frustrations à nos enfants », a-t-il indiqué.

La présence des Maliens de France à Sikasso est déjà positive, même s’il y a beaucoup à faire pour rattraper les échecs. Gaharo a indiqué que toutes les dépenses de la participation de la troupe des Maliens de France à la biennale 2010 ont été entièrement prises en charge par l’Etat. Il a invité les Maliens de cesser de voir les Maliens de l’extérieur comme des gens riches, parce qu’il y a des maliens riches au Mali et des maliens pauvres à l’extérieur.

Gahoro Doukouré a terminé son intervention par une note d’espoir quant à la participation de la troupe de la diaspora aux prochaines éditions de la biennale. « Pour les années prochaines, je constate qu’il y a une volonté de voir les choses sur le plan réglementaire, pour que nous participons à la biennale. Avec la réforme administrative, de nouvelles régions vont naître et la forme de la biennale sera révisée pour être conforme au nouveau dispositif. Et, je crois qu’une solution sera trouvée au problème de notre participation », a-t-il conclu.

Assane Koné

10 Janvier 2011.