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Au sein du système éducatif malien, une réforme des pratiques pédagogiques, entreprise depuis quelques années, a atteint, en octobre 2011, l’enseignement secondaire. La première promotion formée à cette pratique présentera le bac en juin 2014. Cette méthode, l’Approche par compétence (l’APC) est au centre de nombreuses controverses dans le monde enseignant et ce, malgré des sessions de formation organisées par l’Etat à l’échelle nationale.

Les controverses portent surtout sur le bien fondé de cette réforme, étant donné, d’une part, la baisse quasi-généralisée du niveau académique des apprenants, d’autre part, la forte réduction du volume hebdomadaire affecté aux disciplines précédemment enseignées telles les mathématiques, le français, le SVT, la physique, la chimie, l’histoire, la géographie, etc.

Pourtant, à observer, à l’échelle du temps, l’impact des systèmes éducatifs dans la vie quotidienne des populations, au Mali et même dans la sous-région, des observations laissent à désirer.

En effet, les matières premières sont massivement exportées vers l’Europe, l’Amérique, l’Asie pour fabriquer des produits de toutes sortes. Certains de ces produits sont d’une constitution si élémentaire et si simple qu’on a du mal à comprendre pourquoi les nombreux ingénieurs et techniciens formés par nos pays depuis l’indépendance, n’y ont pas pensé.

Comment comprendre que le coton-tige, improprement utilisé pour le nettoyage des oreilles soit importé de Chine alors qu’aucun pays de la sous-région ne manque ni de coton, ni de bambou ?

Sur le plan culturel, si le pays dogon est mondialement connu, c’est surtout grâce à plusieurs décennies de travail et d’immersion sociale de Marcel Griaule, un citoyen français ! Le coton-tige n’est donc pas un cas exceptionnel.

Sur le plan artistique, l’investissement du champ de l’imagination par les artistes est plus visible qu’il ne l’est pour les intellectuels sur le champ de la production intellectuelle.

Le type d’enseignement pratiqué dans nos écoles pourrait avoir une grande part de responsabilité dans la faible présence de l’Afrique aux différents rendez-vous de l’imagination et de l’intelligence.

En effet, depuis l’indépendance des Etats africains, chaque pays de la sous-région a entrepris des réformes de son système éducatif. Ces réformes ont cependant une caractéristique commune : l’individu naturellement doté d’une bonne mémoire peut brillamment y réussir tous les examens auxquels il sera soumis.

Mais une fois dans la vie active, lorsqu’il s’agira de réfléchir pour adapter les ressources disponibles aux besoins des populations, l’intelligence et l’imagination seront plus sollicitées que la mémoire. L’école n’ayant pas développé ces facultés, l’intellectuel devient peu productif. Or, des milliards d’investissements étrangers ne sauraient se substituer au génie créateur d’un peuple.

Quand on ajoute à cela, l’absorption des intellectuels africains par les milieux politiques, l’existence plus de cent partis politiques dans chacun des pays de la sous-région, on comprend toute la difficulté de l’intellectuel à se valoriser tout seul, en adaptant les ressources matérielles et immatérielles (culturelles) disponibles, aux besoins des populations locales ou étrangères.

C’est pour pallier cette situation que le système éducatif a un rôle à jouer. Tout au long du parcours scolaire, le pédagogue doit s’employer à éveiller davantage, l’imagination et le bon sens de l’apprenant. Là, apparaît l’opportunité de l’Approche par compétence (l’APC). A l’oral, en travaux pratiques comme à l’écrit, le pédagogue doit progresser dans son programme pour l’apprenant, de leur trouver des réponses justes par le bon sens et la réflexion personnelle. L’idéal serait que, tout ce que l’apprenant doit recevoir, il le découvre d’abord par le raisonnement ou par le bon sens. Il participera ainsi, activement à l’élaboration de ce qu’il aura à apprendre.

Pour réussir ce changement, une difficulté majeure se présente ; comment des enseignants, formés à développer leur mémoire peuvent-ils développer l’imagination et le bon sens chez leurs disciples ? Pour aggraver les choses, les contenus de ce programme d’APC sont enrobés dans une phraséologie pédagogique qui a le don d’entretenir les équivoques, la polémique voire le rejet, tant elle est redondante et répétitive.

L’APC est à ses débuts. On ne devait pas s’attendre à des miracles avant que ce procédé ne soit consolidé par des années de pratique. Avant d’en arriver-là, il est impérieux que chaque enseignant sache où l’on va, parce chaque enseignant doit parvenir à se considérer comme un pionnier, comme quelqu’un qui ouvre un sentier nouveau avec les moyens et les compétences dont il dispose.

Boubou Hamadi Sow
Professeur principal
Lycée Mamadou M’Bodj

Tél : 62 13 03 96

09 Novembre 2013