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Les grandes villes : Koumbi Dioufé ou (Koumbi Dioufi) : Cette ville que chantent les griots, était située à 73 km, à l’Ouest de Nara, près de Koronga, dans la direction de Nioro. Elle fut sans conteste une résidence impériale. Mais jusqu’à présent, ses ruines n’ont pas été explorées.

La tradition orale retient qu’à Koumbi Dioufé se seraient déroulés des combats épiques. Une chanson les relate ainsi que des affrontements dans d’autres lieux : « Koumbi-dioufé solasségui don, mandjou banna. Sélintigui Maghan Niamey-den, kiribala sama banna. Lambidou solasségui don, kiribali sama banna. Naran boubéli tiènin toulon don, kiribali sama banna. Tana malou ma, kiribali, sama banna. Tana Maghan Camara den, kiribali, mandjou banna. Djéli tè fili bakilou ma, kiribali, sama banna. Tana Maghan Camara den, kiribali, Mandjou banna. Djéli tè fili malankolon ma, kiribali sama banna. Dambé wèrè te kagolo la ton ni kala kô ».


Le jour de la bataille de Koumbi Dioufé, Mandiou, le vaillant guerrier s’éteignit. Le fils des grands somas, détenteurs du sélin (instrument de musique) s’endormit pour toujours. A Lambidou eurent lieu des combats sans merci. Les braves s’affrontèrent rudement à Nara boubéli. Le griot sait reconnaître l’homme avare. Le fils des Camara, rois de Tana, ce fier cavalier, on ne les reverra plus. Le griot ne se trompe jamais sur le compte du vaurien. Le kagolo n’a d’autre dignité que le carquois et l’arc. Il la tient de ses origines
.

Un autre air chanté en soninké décrit la grandeur passée des villes du Ouagadou : « dalamané khasso khoura, Séré na ko dalamané ka so khoura. Khoussou ya no kou ya, Koumbi dioufé Khoussou lémou ya no kou ya, khoussou ya no kou ya, Kaloumba wali khoussou lémou ya no kou ya. Khoussou ya no kou ya, Naran Soucko khoussou lémou ya no kou ya ».

Jeunes, soyons propres, pour que tout le monde le dise. Nous sommes ces beautés, les belles filles de Koumbi dioufé. Nous sommes des anges, nous les coquettes demoiselles de Kaloumba wali. Nous sommes bien les filles, les ravissantes créatures de Nara Soucko.

Là, il est nécessaire de nous poser une question. Pourquoi ces vieilles chansons évoquent-elles des évènements lointains ayant eu lieu à Goumbou, Koumbi-Dioufé, Lambidou, Oualatta sans pour autant faire la moindre allusion à Koumbi Saleh, la rayonnante ?

Il ne faut pas oublier que l’importance économique de cette métropole a sans doute pris le pas sur d’autres aspects qui pouvaient mieux contribuer à sa renommée. Néanmoins les « guesséré », jusqu’à ce jour, n’ont jamais oublié la grandeur passée, le rayonnement commercial de Koumbi Saleh, son étendue ainsi que l’immensité du pouvoir impérial.

Mœurs : Le peuple dans sa majorité vénérait le python Bida et huit autre divinités animistes. Le tounka était lui aussi adoré. Il vivait dans un palais somptueux orné de peintures et dont les fenêtres étaient vitrées. La cour royale nombreuse était formée par des grands dignitaires (ministres, gouverneur de la capitale). Tous s’asseyaient par terre aux pieds du roi monté sur un trône rayonnant d’or. Ce dernier parcourait la ville chaque matin à cheval avec une compagnie nombreuse. Il écoutait les doléances de la population et rendait la justice à ceux qui le sollicitaient.

Enfin, disons-le, il est presque impossible de retracer l’histoire du Ghana, sans mentionner le rôle combien essentiel de la caste des « guesséré » dans la société soninké. Jadis, compagnons inséparables des empereurs comme Maghan Diabé Cissé, Djambéré Sokhona, Kangué Maghan Cissé, Kanissa … et surtout du patriarche Yougou Khassé Dinga, ils furent à tout moment attachés à leur service. Les griots soninké assumaient les hautes fonctions de conseillers et de grands maîtres des cérémonies. Les « guesséré » allaient partout où se trouvaient les souverains et les suivaient même à la guerre. Ils furent à la base du règlement de tous les conflits sociaux.

Mieux, ces hommes de caste furent la mémoire vivante du peuple soninké. (A titre d’exemple, nous citerons Diara Sylla, traditionaliste de grande renommée). Grâce à eux, les récits mythes et légendes du pays soninké ont traversé les siècles pour parvenir aux générations actuelles. Pour les désigner, les sarakholé n’ont pas trouvé un nom plus convenable que le terme « niakhamala » signifiant ceux qui aiment la fête (niakha en langue maraka). De leur côté, les maninka appellent leurs griots « niamakala ». « Niama bè kouma la » disent couramment les maninka bamanan. Leurs « diali » maîtrisaient le verbe. Ils possédaient l’antidote contre sa nocivité (niama = germes nocifs ; kala = antidote).

Voilà pourquoi ils reçurent l’appellation « niamakala » (les gens de la parole). Ils joueront le même rôle de coordination de médiation de conseillers et d’animateurs des grandes fêtes. Enfin, si les griots soninké et ceux du mandé ont, dans le passé, accompli les mêmes tâches sociales, leurs deux noms, malgré leur ressemblance n’ont pas les mêmes étymologie et signification. Signalons enfin que les groupes « niakhamala et niamakala » regroupent aussi les noumou, garanké, founé, mabo et gaoulo…

Le système de transmission du pouvoir : Au Ghana, il était matrilinéaire, c’est à dire que seule l’ascendance maternelle était prise en compte. Le côté paternel était souverainement ignoré. Ce système de désignation de l’empereur ne faisait pas l’unanimité même à cette époque. Le problème qu’il posait était celui de la légitimité des enfants en général et en particulier dans les familles régnantes des Wagué.

Les anciens du Ouagadou avaient la même opinion que cet autre qui, tel un caméléon, agissait avec précaution avant de poser le pied à terre et se disait tout bas avec insistance : « dans le doute abstiens-toi ». Le jugement qu’ils se faisaient naguère de la femme est toujours le même aujourd’hui, extrêmement sévère : « il y a dit-on, sept mille sept cent soixante dix sept mystères inhérents à l’âme féminine ». « Il est dangereux de faire confiance aux femmes » pensaient jadis les sages.

Voilà comment ils raisonnaient par rapport à la désignation du nouveau tounka : « Les enfants que nous considérons comme les nôtres peuvent ne pas être légitimes, car il est possible de garder à la maison des « bâtards sans le savoir. Aucun homme ne peut prétendre pouvoir échapper à cette situation confuse. Par contre, aucun doute ne plane sur nos neveux qui sont réellement les fils de nos sœurs ».

Plus près de nous, Dostoïevski, écrivain russe (1821-1181) partageait cette idée lorsqu’il écrivait : « l’âme d’autrui est un mystère, l’âme de la femme est une énigme. Perd son temps celui qui veut se fatiguer à déchiffrer cette énigme que l’infamie de la femme et sa duplicité rendent indéchiffrable. La femme a encouru la colère divine en commettant le péché originel. Dieu pour la punir l’a vouée à la souffrance éternelle ».

Certaines méchancetés concluent : « C’est adorer Dieu que de faire souffrir la femme ».

(Avant de poursuivre, il est bon de préciser que ce n’est point là notre appréciation personnelle sur le problème. Les femmes sont nos sœurs et nos compagnes. Elles ne sont pas le diable et ne sont pas pires que les hommes. Nous souhaitons que cela soit compris).

Ainsi donc, au Ouagadou le trône à la mort du tounka revenait à son neveu et non à son propre fils. Il ne s’agissait pas de n’importe quel neveu mais du garçon le plus âgé de la sœur la plus âgée de l’empereur. Les mariages étaient réglés entre les descendants de Mama Dinga en tenant compte de leur appartenance aux clans royaux. En effet, les Wagué ne contractaient pas d’alliances matrimoniales avec d’autres catégories sociales. Leur fierté était d’être Ouagadou-Niamey, enfant authentiques du Ouagadou.

La défense du territoire :

Le Ghana était un très vaste empire. Et cette immensité rendait extrêmement difficile la défense de son intégrité territoriale. Le tounka disposait d’une armée solide estimée à deux cent mille hommes. Elle regroupait des Soninké, Maures, Kakolo, Foula…. Il y avait quarante mille archers et des cavaliers armés de grandes lances (tamba), de haches, de jet et de dagues. Les archers et les guerriers d’élite formaient la garde impériale. On comptait aussi des contingents de combattants venus des royaumes vassaux et provinces. Les guerriers utilisaient de redoutables armes comme les flèches et les lances empoisonnées.

La menace du péril venait d’abord du Nord. Les Al Mourabitoun (Almoravides) étaient de bien remuants voisins. Ils attaquaient toujours par surprise. Il fallait les combattre sans leur accorder le moindre répit. « Le Sourakakè (Maure) ne craint que la force. Il ne respecte que celui qui emploie la violence », entend-on souvent dire.

Qui étaient donc les Almoravides ? C’étaient des guerriers fanatisés. Déchaînés, rien ne les arrêtait. D’après Al Bakri, « ils montraient dans le combat une intrépidité et un courage incomparables. Ils préféraient la mort à la fuite.
Jamais, ils ne reculaient et se battaient à cheval ou à dos de chameaux, mais la plupart étaient des fantassins qui s’alignaient sur plusieurs rangs. Les soldats du premier rang tenaient de longues piques pour repousser ou percer les adversaires : les autres avaient des javelots. Chaque soldat en a plusieurs qu’il lance sans jamais rater sa cible. Devant eux, ils mettent toujours un porte-drapeau. Tant que le drapeau reste debout, ils sont inébranlables. Mais s’il penche ils se mettent tous assis par terre, et ne bougeant pas plus que de rocs sans jamais poursuivre l’ennemi qui fuit devant eux
».

C’est sans doute pour cette raison que le vieux tounka Bessi Cissé s’engagea à organiser la résistance pour repousser les envahisseurs. Il y avait aussi les pays tributaires. Ces derniers ambitionnaient de reconquérir leur indépendance.

Kagoro Doumbé

Le Ségovien du 17 mars 2008.