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L’apogée du Ouagadou :

Cette période coïncidera avec le règne de Kangué Maghan (Kaya Maghan donné par la transcription arabe). A l’époque du fils de Bentigui Doucouré, le Ghana connut d’incessantes guerres. Le pays fut à tout moment sur pied de guerre. Sur les champs de bataille, Kaya Maghan était infatigable. Il fut sans pitié pour les Maures et refoula de nombreuses tribus peules vers le Fouta Toro (Sénégal).

Le roi de l’or fut le plus brillant et le plus entreprenant des Tounka du Ouagadou. Grâce à sa fougue guerrière, il remporta d’importantes victoires pour agrandir l’empire. Des souverains comme Djambéré Sokhona contribueront pleinement à l’épanouissement et à la grandeur du pays de Maghan Diabé Cissé. Et le cheval fut l’instrument des conquêtes et des exploits guerriers accomplis par les Soninké face aux peuples auxquels ils ont imposé leur domination.

L’autorité des Sarakholé s’exerçait des sables chauds du désert aux zones couvertes par l’épaisseur de la forêt. Elle parcourait tout le pays de la savane ainsi que les rives verdoyantes du Djoliba (Niger) et du Bafing (Sénégal). L’empire des Soninké s’étendait de la région de Djenné jusqu’au Tékrour (Sénégal moyen). Il couvrait le Tagan où les berbères Lemtouma et Goddala se trouvaient en demi-vassalité. Au Sud, les fleuves Sénégal et Baoulé constituaient les limites probables de l’empire.


Les peuples soumis au joug des Soninké :

Les Sarakholés commandaient un état dont l’immensité était, à l’époque, incomparable. C’est pour cette raison que les peuples qu’ils ont conquis les surnommèrent Maraka (les gens de l’autorité ; les gouvernants ; mara=autorité).

Différents peuples étaient rassemblés sous leur commandement :

– Foula et Sourakha, nomades parcourant de vastes étendues à la recherche de pâturages luxuriants ;
– Soninké ; négociants infatigables et voyageurs endurcis ;
– Maninka et Kakolo, agriculteurs et chasseurs distingués.

En ces périodes du huitième au neuvième siècle, le Ouagadou rayonnait. Sa puissance était incontestable. Amadou Hampaté Ba, par une anecdote, nous explique que Mana (Nwana ou Ghana) était puissant militairement, mais aussi techniquement ; « On chantait certains poèmes pour flatter les oiseaux de Mana, roi du Ouagadou. C’étaient des pigeons voyageurs qui portaient des messages du roi aux habitants de Djenné. C’est pourquoi les pigeons de Djenné étaient logés. Chaque famille avait une cage à pigeons sous son toit. On ne tuait pas ces pigeons messagers.


Ghana était puissant

On proposait des devinettes pour donner une idée de cette puissance : « Qu’est ce que Gani (Ghana) n’a pas pu faire ?»La réponse était : « faire courir un cheval sur un mur ». Incontestablement, l’empereur du Ouagadou a dominé les autres souverains. Il fut le héros des héros (nwana). Ce terme déformé par les historiens arabes donnera l’appellation Ghana et désignera aussi le pays.

Comment était organisé l’empire du Ghana ?

C’était un Etat bien organisé. De nombreux ministres formaient le gouvernement. Un premier ministre coiffait cette instance dirigeante. Il était le confident du Tounka car il connaissait tous ses secrets. Le conseil impérial comprenait les anciens (krissé) et le gouvernement.

Cet organisme regroupait en son sein les Wagué, familles royales des Sokhona, Touré, Diané, Khouma, Cissé, Bérété et leurs alliés appelés Fado. Le conseil impérial décidait de tout. Il prenait en réunion toutes les grandes décisions.

L’empire comprenait les provinces et royaumes suivants : au nord, l’Aouker ou sud mauritanien, le Kingui ou Diara, le Diafounou, le pays de Do et Kiri (Mandé), le Diaka ou Macina, la province de Méma (région de Ségou), celles du Niger jusqu’à Ras El Ma et enfin, une partie du Tékrour (Fouta sénégalais). A tout cela, il faut naturellement ajouter le noyau originel du Ouagadou, autour de Goumbou (à vingt sept kilomètres de Nara).

Certains royaumes et provinces dépendaient directement du pouvoir central. Là résidaient les envoyés ou gouverneurs (haren ou faren). Ils administraient au nom du Tounka. D’autres gardaient leurs princes et chefs (les fado, alliés des Wagué). Cependant, ils rendaient compte au gouvernement et au souverain.

Les symboles royaux du pouvoir au Ouagadou :

Rien n’était au dessus des capacités du Tounka. Son pouvoir était absolu, presque divin. Mais, il régnait discrètement, avec « waguéya » (retenue) en évitant de faire sentir à ses sujets « le poids » de son autorité.

Quatre (tabalé) ou tambours royaux symbolisaient cette puissance sans limite de l’empereur. On distinguait un tambour en or et un autre en argent. Le troisième était en cuivre et le quatrième en fer. A ceux ci s’ajoutait une trompe en tibia d’homme.


A quoi servaient tous ces instruments ?

« On convoquait les Wagué en réunion au son du tambour en or. Le rythme était particulier et ne pouvait être confondu avec un autre. Seuls les Wagué répondaient à cet appel. Les tambours en or et en argent retentissaient au même moment quand les Wagué et fado se réunissaient au sujet des problèmes de l’Etat. Pour l’intronisation des Wagué, on conviait leurs alliés. A cette occasion, on faisait résonner le tambour en cuivre rouge. Enfin, quand les Wagué demandaient des esclaves, on sonnait la trompe en tibia d’homme, puis on battait le tambour en fer ».


Quelles significations, le grand griot de Kirina donne-t-il à ces symboles ?

Pour lui, « l’or représentait la pureté, la supériorité des Wagué. L’argent, c’est la blancheur, le dévouement et la fidélité des Fado, leurs alliés. Le cuivre rouge représentait l’ardeur combattive des Wagué et des fado pour la défense de l’intégrité territoriale du Ouagadou. Le fer montrait les horreurs de la guerre pour les nobles et les basses besognes ainsi que les travaux manuels pour le peuple. Le tibia d’homme incarnait enfin la mobilisation des esclaves qui ne connaissaient point le repos ».

Un vieil adage marka illustre de façon parfaite le sort atroce réservé alors aux captifs « komé ta gnana krissé ya » (le captif ne vieillit pas). Les Maninka, esclavagistes eux-mêmes condamnaient cette situation en renchérissant : « djon tè kôrô marakala » (l’esclave ne vieillit pas, il ne fait pas de vieux os chez les Maraka.)

D’ou venaient les esclaves de l’empire Soninké ?

Les nombreuses expéditions entreprises par les Tounka, notamment les guerres permanentes de Kaya Maghan drainèrent vers ce pays de nombreux captifs. Leur nombre augmentait au fur et à mesure que se multipliaient les campagnes punitives ou les conquêtes. Un autre moyen de les acquérir, c’était de les acheter. Tout le monde connaît la vocation commerciale des Sarakholé.

Beaucoup d’entre eux ont fait de ce négoce (la vente des captifs), leur principale activité. Donc, sans contre dit, les Soninké furent des esclavagistes. Mais chez eux, les captifs nés dans la maison du maître étaient traités avec humanité. Par contre, les esclavagistes par excellence c’étaient les Maures (Souraka en soninké).

Envers leurs captifs, ils étaient d’une cruauté indescriptible, inqualifiable. Ces misérables subissaient un traitement inhumain. On les exploitait d’une manière féroce. Ils travaillaient depuis le lever du soleil jusqu’à la nuit, en consommant tout juste un peu de nourriture pour ne pas mourir de faim.

En retour, ils recevaient en abondance des coups de bâtons et de fouets. Dans les campements maures régnait le maître, un véritable tyran, son chien était mieux traité que ces pauvres hères qu’étaient les captifs.

Le voyageur écossais Mungo Park qui a visité notre pays, avant la conquête coloniale, porte sur eux un jugement extrêmement sévère : « Il m’est impossible de décrire la conduite d’un peuple qui ait une étude de la méchanceté comme une science et qui se réjouit des chagrins et des infortunes des autres hommes ».

Cet explorateur travaillant pour le compte des Anglais s’apitoie aussi sur le sort des femmes esclaves vivant parmi les Maures : « Je dois observer que la condition de ces malheureuses négresses était excessivement déplorable. Dès la pointe du jour, elles sont contraintes d’aller chercher de l’eau dans de grandes outres qu’on appelle « guirba » Il faut qu’elles charrient assez d’eau pour l’usage de leurs maîtres et pour les chevaux, car les Maures permettent rarement qu’on mène ces animaux à l’abreuvoir.

Quand l’eau est charriée, les négresses pilent le maïs et préparent à manger. Et comme cela se fait toujours en plein air, elles sont exposées à la triple chaleur du soleil, du feu et du sable. Dans les intervalles, elles balaient la tente, elles battent la crème pour faire du beurre, et font tout ce qu’il y a de plus pénible. Malgré cela, on les nourrit mal, et elles sont cruellement châtiées
».

Les Sourakha organisaient des razzias pour capturer les esclaves ou les achetaient avec les Maraka. Ceux ci allaient les chercher au Mandé.

Les esclavagistes de ce pays de leur côté partaient les vendre au Ouagadou. Enfin, les descendants de ces « komé » constituent maintenant l’une des castes de l’actuelle société soninké.

Ils représentent par ailleurs les Haratine ou hardané dans les campements maures. Dans les milieux ou habitent les Touareg, ce sont les Bellah.

(à suivre)

Kagoro doumbé

Le Ségovien du 08 février 2008.