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Il rompt le silence deux ans après avoir été « monsieur lutte contre la corruption « . L’ancien Vérificateur général, Sidi Sosso Diarra, c’est de lui qu’il s’agit, crache ses quatre vérités. «L’enrichissement illicite doit prendre fin dans ce pays». Il faut, souligne-t-il, «auditer les récents contrats passés par les autorités de la transition dans le domaine minier».

En tant qu’observateur averti de la scène politique malienne, quelle appréciation faites-vous de la transition que vient de vivre le Mali ?

Nous revenons de vraiment très loin. En effet, toutes les conditions étaient réunies pour faire de cette transition un travail quasiment irréalisable. En plus de l’environnement sécuritaire et militaire fortement dégradé, la transition a dû s’organiser sur des bases bancales. L’Accord Cadre, signé sans consultation de la classe politique et de la société civile, a rapidement montré ses limites. D’où la nécessité pour les gouvernants de faire des va-et-vient incessants entre cet Accord et la Constitution (logiquement suspendue suite au putsch).

Ajoutez à cela les tiraillements et les déchirements entre les principaux acteurs, qui n’ont malheureusement pas toujours été guidés par les intérêts de la nation, et vous réunissez tous les ingrédients d’un scénario-catastrophe. Heureusement, avec l’aide et l’appui de nombreux pays amis, les principales difficultés ont été aplanies sans l’explosion de violence qui était à craindre.

L’opération Serval, avec le renfort des pays frères, a enrayé la montée du mouvement djihadiste. Aujourd’hui les conditions sont réunies pour une sortie de crise. C’est l’occasion de remercier tous les acteurs qui se sont obstinément impliqués pour cela. Mais il ne faut pas dormir sur nos lauriers : le plus dur reste à faire pour remettre notre pays sur les rails et construire une vraie nation où chaque citoyen se sentira chez lui.

Quelle lecture faites-vous de l’élection présidentielle que le Mali vient d’organiser avec à la clé l’arrivée au pouvoir du président IBK ?

Cela a été un succès éclatant compte tenu de la maturité dont ont fait preuve les candidats pendant la campagne, la sérénité et la discipline des électeurs pendant les opérations de vote, et des taux de participations jamais égalés jusque-là.

Personnellement, j’étais pessimiste à cause des problèmes liés à la période choisie pour les élections (saison des pluies), aux fichiers électoraux, aux réfugiés et aux populations déplacées suite aux évènements du Nord. Encore une fois l’opiniâtreté des acteurs a payé. La victoire écrasante du président IBK est un signal fort en ce qui concerne la confiance que le peuple place en cet homme, que je félicite par ailleurs.

Quelles sont vos attentes par rapport au futur gouvernement du nouveau président de la République ?

Mes attentes sont les mêmes que celles de tous les citoyens qui ont élu IBK. Il est clair que c’est le prochain gouvernement qui va faire la véritable transition. Au bout du compte, il faut revisiter les textes, les institutions et le fonctionnement des différentes administrations pour remettre l’Etat malien en marche et lui rendre son autorité et sa crédibilité. Après cela seulement, on pourra valablement faire des plans et programmes pour le développement de notre pays. Tout ceci va dans le sens indiqué par IBK dans ses discours. J’attends donc de lui qu’il fasse ce qu’il a promis.

En tant qu’ancien Végal, comment se porte aujourd’hui la lutte contre la corruption au Mali ?

Sous l’ancien régime c’était un décor en carton. ATT avait pris des initiatives et des mesures spectaculaires et s’en est servi pour son image pas pour une lutte efficace contre la corruption. Bref, on doute de sa volonté réelle de lutter contre le phénomène. Aujourd’hui, nous n’avons plus le choix. Si nous voulons réellement nous développer en permettant la croissance, il faut aller en guerre contre la corruption et la délinquance financière. Les récentes concessions pétrolières, les concessions sur l’uranium, les phosphates, l’or faites à des sociétés installées aux îles Caïmans doivent être passées à la loupe pour la transparence. L’enrichissement illicite doit prendre fin.

Que dites-vous des trois milliards d’euros promis par les PTF au Mali ?

La gestion de ce montant est très importante pour le Mali. Suite aux contacts que j’ai pris, un groupe incluant les autorités maliennes, les partenaires techniques et financiers et moi-même travaille sur ce sujet.

Pour aider le futur gouvernement, il convient de dresser une cartographie détaillée et complète des promesses de dons faites à Bruxelles. Ceci permettra notamment de mieux définir et mettre en place les mesures destinées à mieux contrôler l’utilisation transparente et efficace des dons. Ce chantier, mis en place d’un commun accord entre le gouvernement et les PTF, et dans lequel je suis personne ressource, avance normalement et devrait aboutir dans les jours qui viennent.

Peut-on voir dans le futur gouvernement ou à de hautes fonctions de l’Etat Sidi Sosso Diarra?

Tout dépend de la volonté de Dieu. Je serai toujours disponible pour le Mali. Tant que j’aurai la santé, je serai prêt pour servir mon pays, que le pouvoir me le demande ou pas.

Votre mot de la fin?

C’est un appel à un rassemblement patriotique au chevet du pays. Nous étions tombés très bas. Les différents acteurs doivent observer une trêve, une forme de moratoire sur toutes agitations politico-sociales afin de permettre au pays de se redresser avant de reprendre ensuite les compétitions habituelles.

Propos recueillis par Bruno SEGBEDJI

L’Indépendant du 6 Septembre 2013