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Suite à la crise sécuritaire, institutionnelle et politique qui a secoué le Mali depuis Mars 2012, la Coordination Malienne des Organisations Démocratiques (Comode) n’est pas restée en marge de cette situation désastreuse. En effet, elle a organisé, le samedi dernier, une conférence-débats à la Maison de la presse sur le thème « Les rebellions récurrentes dans l’Adrar des Ifoghas ». Animée par l’ancien Premier ministre Ag Hamani, la conférence a enregistré la présence d’éminentes personnalités comme le Professeur Ali Nouhoun Diallo, le Dr Soumana Sako, Tiébilé Dramé, le Dr Zeiny Moulaye et le Professeur Naffet Keita. Lors de cette conférence-débats, l’ancien Premier ministre, Ahmed Mohamed Ag Hamani, a fait un brillant exposé dont nous vous proposons l’intégralité.

La rébellion de l’Adrar des Ifoghas

En acceptant de me soumettre à cet exercice, dans le cadre du présent débat sur le conflit du nord, j’ai conscience que la tâche n’est pas aisée. Car il s’agira pour moi, encore une fois de donner ma lecture de la crise que traverse notre pays. Une perception qui, souvent, va m’éloigner des clichés véhiculés. Cela veut dire simplement que je peux ne pas être d’accord avec certaines idées. « La rébellion de l’Adrar des Ifoghas », le titre de ma présentation est évocateur, non pas de mon état d’esprit, mais du foyer qui a de tout le temps couvé les différentes tensions.

Qu’à cela ne tienne, l’exigence et surtout le devoir de sauvegarder l’intégrité et la sécurité nationales dans un Mali de paix et de cohésion, nous oblige à faire violence sur nous-mêmes. Le cœur a suffisamment parlé, nous devons nous retourner encore plus vers la raison pour dégager des pistes de solution durable.

Cet exposé traitera de :

Un rappel historique des rebellions

Le statut de Kidal

Analyse de ces crises

Propositions de sortie de crise

Introduction

La crise profonde qui secoue le Mali depuis 2006 a atteint son point culminant en 2012 avec l’occupation des régions de Tombouctou, Gao et Kidal par les groupes armés MNLA, djihadistes d’Ançar Dine, d’Aqmi et du Mujao.

Si le MNLA revendique l’autodétermination et l’indépendance de l’Azawad, les trois autres défendent l’instauration d’une République islamique. Plusieurs thèses, d’ailleurs liées, ont été avancée pour expliquer les origines et les objectifs de la crise.

1.La première correspond à une rébellion touarègue cyclique interne basée sur des revendications d’ordre politique, économique et socio culturel ;

2. La deuxième procède de la manipulation par l’extérieur pour des raisons géopolitiques.

3. La 3e thèse est basée sur les intérêts géostratégiques autour des ressources du sous-sol que recèle cette zone (pétrole, gaz, uranium, etc.).

4.La 4e récente est relative à la création d’un État islamique indépendant prôné par les djihadistes qui ont occupé les 2/3 du territoire.

Au-delà de ces différentes thèses, il serait nécessaire de jeter un regard rétrospectif sur les crises précédentes qui ont périodiquement secoué le pays depuis l’indépendance à nos jours et dont la mauvaise gestion serait en grande partie responsable de celle que nous vivons en ce moment et qui mobilise tant d’énergies et de ressources matérielles et financières.

Dans le présent exposé, je tenterai de répondre à certaines questions dont la clarification, à mon humble avis, permettrait un bond substantiel dans la compréhension du problème, premier pas vers une solution durable.

1 Rappel historique des différentes rébellions

De son indépendance à nos jours, le Mali est à quatre l’épisodes, disons plutôt générations de «rébellion » (1962 1964 ; 1990 1994; 2006 et 2012…)

Le 14 mai 1963, une «altercation» entre des gardesgoums et Elladi Ag Alla, fils d’Alla Ag El Bechir assassiné par le colonisateur suite à une rébellion contre le régime le colonial, déclencha une jacquerie dans l’Adrar des Ifoghas. Elle ne concerna qu’une petite partie de Kel Adar qui revendiquait le maintien du rôle prépondérant dont bénéficiait leur chef pendant la colonisation française.

La révolte se concentra sur Kidal, les Touareg lwellemmeden kel Ataram de Ménaka, kel Antesar et Tenguereguif de Tombouctou, Goundam… restant à l’écart du mouvement.

Le dénouement malheureux de cette affaire est connu de tous à travers le récit tristement célèbre de l’expédition punitive du Capitaine Diby Syllas Diarra. La période a été aussi marquée par un coup d’Etat institutionnel avec la dissolution du Bureau politique national de l’US RDA, de l’Assemblée nationale et la création d’une milice populaire.

À partir de 1968, le régime militaire en place a mis fin à toute activité politique en s’engageant dans l’élaboration d’une nouvelle constitution adoptée par référendum en 1974, consacrant la naissance de la 2e République et l’option politique et économique marquée par l’ouverture vers le monde occidental.

Au cours des 23 années qui ont succédé au régime de Modibo KEITA, les bruits de bottes se sont déplacés vers la Haute-Volta en 1974 et le Burkina Faso en 1985. Souvenez vous de ce conflit que certains médias de l’époque qualifiaient de la « guerre des pauvres ».

Les sécheresses et famines de 1973 74 puis de 1984-85, les pertes de bétail, les épidémies, etc., poussèrent des familles entières à s’exiler en Algériè et en Libye, où elles rejoignirent les Kel Adar partis en 1964. Les jeunes sans perspectives d’avenir s’enrôlèrent dans la légion islamique du colonel Kadhafi au sein de laquelle ils combattirent notamment au Liban,’ où celui-ci avait envoyé un corps expéditionnaire pour assister les Palestiniens, puis dans la bande d’Aozou au Tchad.

En janvier 1990, l’Algérie décide de renvoyer dans leur pays de nombreux réfugiés touaregs installés sur son territoire. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour qu’un petit incident mette le feu aux poudres. Ce qui arriva avec l’attaque de la gendarmerie de Ménaka le 29 juin 1990 par un groupe arme de Kel Adar dirigé par lyad Ag Ali. Ils s’estimaient marginalisés tant du point de vue politique qu’économique et toujours marqués par la terrible répression de 1963 1964. Cette fois ci, ils entrainèrent avec eux d’autres touaregs et des arabes qui exprimaient, eux aussi, des frustrations et des problèmes qui n’avaient toujours pas été résolus, selon eux, depuis l’indépendance. Ce nouvel épisode de soulèvement était dirigé par une coordination qui s’appelait les MFUA (Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad).

Acculé, le général Moussa Traoré signa, sous I’égide de l’Algérie, avec lyad Ag Ghali, responsable du MPA, le 6 janvier 1991 les Accords de paix de Tamanrasset. Ils ne furent jamais appliqués en raison de l’éclatement du MPA en plusieurs fronts. Cette instabilité se prolongea jusqu’à la signature du Pacte national le 11 avril 1992. Il stipulait que la crise devait se régler dans le cadre d’un Mali unitaire. Il prévoyait l’intégration d’anciens rebelles au sein de l’armée et de l’administration et accordait un statut particulier de Kidal, avec la mise en place de la décentralisation.

Durant les premières années de la 3e République marquées par des secousses souvent violentes ayant atteint quelques fois les institutions et détérioré le tissu social, aucune action d’envergure n’a été entreprise pour résoudre de manière définitive les contentieux résultant de ces crises. Ce qui rend possible la reprise des hostilités.

La fin de la décennie 90 a été marquée par le retour triomphal de l’homme du 26 mars élu sous les couleurs des indépendants. Il a dirigé sur la base du CONSENSUS POLITIQUE contribuant ainsi une anesthésie de l’opposition et l’unanimisme de la classe politique. Il s’engagea sans difficulté dans la mise en œuvre des réformes.
Certains officiers militaires touaregs intégrés, qui reprochèrent au pouvoir central son laxisme, déclencheront le 23 mars 2006, une troisième «rébellion», avec la création de l’Alliance démocratique pour le changement (ADC). Tout comme celle de 1963-964, la révolte fut l’initiative des Kel Adar. Elle s’inscrivait dans une conjoncture nouvelle née de l’installation d’AQMI dans la zone dont il se démarqua, allant jusqu’à l’affronter pour tenter de le chasser du Mali.

Les nouveaux accords dits d’Alger comme les précédents accords tardèrent à se concrétiser. Aussi Ibrahim Ag Bahanga de la tribu des Kel Adar fonda t il en 2008 l’Alliance des Touaregs du Nord Mali pour le changement (ATNMC) dénonçant une nouvelle fois les carences de l’Etat malien.

Le 15 octobre 2011, le Mouvement national de l’Azawad (MNA) composé de jeunes Touareg urbains et scolarisés à Kidal fusionne avec le groupe des combattants touareg venu de la Libye pour donner naissance au MNLA. A l’origine de ce dernier épisode du conflit, le MNLA estimait que le pouvoir central n’avait pas respecté les engagements pris lors des Accords d’Alger, notamment concernant la décentralisation et le développement des régions nord. Les groupes armés arabes, contrairement à 1990, ne s’associèrent pas à l’opération préférant un autre agenda dans «l’Azawad». Le MNLA n’était pas représentatif de l’ensemble de la communauté, qui n’avait toujours pas été consulté quant au bien fondé de la révolte qui partait, une nouvelle fois, de Kidal.

Le MNLA combattit avec le groupe Ançar Dine, qui apparut au grand jour le 18 mars 2012, soit après les affrontements de Tessalit. Motivé par l’application de la sharia, il diverge du MNLA sur la question de la laïcité. Alliés pour affronter l’Etat malien, les deux mouvements devinrent rivaux : une fois encore, la rébellion dite touarègue présentait des failles.

Après la proclamation unilatérale de l’indépendance de «l’Azawad» par le MNLA la constitution d’un gouvernement provisoire, les jihadistes de Ançar Dine et Mujao alliés d’Aqim se retournent contre le MNLA qu’ils chassèrent. Avec l’aide d’AQMI et du MUJAO, Ançar Dine prit le dessus sur le MNLA, dont les hommes furent chassés des villes. Traversé par de multiples courants, il vit une partie de ses combattants le déserter pour rejoindre Ançar Dine qui offrait des conditions .financières plus avantageuses en raison de l’implication de son chef dans le convoyage de la drogue et la libération d’otages occidentaux.

Le MNLA, en position de faiblesse, décide de renoncer à ses velléités séparatistes en invitant le gouvernement malien et la communauté internationale à la négociation sous l’égide du médiateur de la CEDEAO.

Cette fois les négociations entre le MNLA et le gouvernement se sont déroulées dans un cadre nouveau à Ouagadougou avec la participation des observateurs de l’Union africaine et de la Minusma. Aux côtes du MNLA, on note la présence du Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA) dirigé par les Ifoghas , du côté du gouvernement du Mali, la délégation a été renforcée par les milices armées. Il s’agit de la milice arabe dirigée par la MAA (Mouvement arabe de l’Azawad) et des milices Ganda Koy et Gandey Zo (respectivement songhaï et peuh).

A l’issue de ces négociations, un accord de cessez-le-feu appelé ACCORD PRÉLIMINAIRE a été signé en vue de permettre la tenue des élections présidentielles du 28 juillet 2013 dans des conditions de sécurité acceptables. Cet accord qui réaffirme l’intégrité territoriale, l’unité nationale, la laïcité de l’État et la démocratie, prévoit entre autres en plus du cessez-le-feu: le cantonnement des mouvements armés et la reprise des négociations deux mois après l’investiture du nouveau Président de la République. Il prévoit aussi la mise en place d’un comité du suivi comprenant outre les parties signataires de l’accord, la CEDEAO, la Minusma, etc.

Sept mois après la signature des actes ont été poses par le gouvernement du Mali.

La suspension des mandats d’arrêt émis contre certains dirigeants des mouvements armés accusés de crime contre l’humanité.

La mise en œuvre des recommandations issues des états généraux sur la décentralisation immédiate et intégrale et des recommandations des assises nationales sur la paix et la réconciliation nationales et le développement accéléré des régions du nord.

Les lignes bougent elles avec le MNLA et termes de cantonnement, d’insécurité résiduelle … ?

Du statut de Kidal

La région de Kidal a été créée à la suite des accords de Tamanrasset. Berceau des rébellions successives depuis l’indépendance du Mali, Kidal n’a pas connu le même schéma de libération que Gao et Tombouctou.

Face à la poussée militaire française, le MNLA, qui entendait redorer un blason bien terni, se déclara prêt à négocier avec les autorités, à aider la France à chasser les islamistes et à récupérer les otages. Le 24 janvier 2013, des membres d’Ançar Dine entrèrent en dissidence et créèrent le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA), dirigé par Alghabass Ag Intalla, fils de l’aménokal des Ifoghas négociateur d’Ançar Dine lors des pourparlers de Ouagadougou (fin 2012). Face à la restauration progressive de la souveraineté de l’Etat malien sur des zones dont il avait perdu le contrôle, des chefs de fractions et des notables touaregs créèrent le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) à l’issue d’une assemblée générale organisée à Kidal le 5 mai 2013.

Bien que les forces françaises et celles de la MINUSMA y soient présentes, la ville de Kidal demeure sous le contrôle du MNLA qui l’administre de manière presqu’autonome.
Le contrôle continu du MNLA sur la région de Kidal constitue en soi une rupture de l’ordre constitutionnel et représente une violation flagrante de l’intégrité territoriale du pays. De nombreuses violations imputables au MNLA ont eu lieu à Kidal, en particulier des atteintes à l’intégrité physique ainsi que des arrestations illégales et des détentions arbitraires dont sont souvent victimes des Touaregs, perçus comme étant proches des factions rivales du MNLA, favorables à l’unité du Mali ou au pouvoir à Bamako.

II Analyse des crises

La recrudescence des insurrections armées apparaît comme l’une des constances majeures de la vie politique malienne depuis l’indépendance. Cela nous autorise t il à leur attribuer un caractère cyclique, endémique, ethnique ou racial ? Est ce vraiment des rébellions qui impliquent toute la communauté touareg?

À mon avis la réponse est assurément non. Elles ont toutes pris naissance dans l’Adrar des Ifoghas et ne mobilisent même pas toute la communauté Targui de Kidal qui représente à peine 52 000 personnes selon les statistiques du RGPH de 2009

Aujourd’hui, comme en 1963, le caractère autonorniste est plus que réaffirmé contrairement en 1990 et en 2006 où les rebelles n’avaient pas de revendication politique explicite. C’est dire que les acteurs ne sont plus les mêmes bien qu’ils soient issus des mêmes communautés d’origine. Ici, le projet a été nourri politiquement par de nouveaux acteurs qui ont pu se liguer avec des combattants en arme n’adhérant pas aux Accords de Tamanrasset, au Pacte national et à l’Accord d’Alger.

Il convient de souligner que ces différentes crises apparaissent dans des circonstances où les pouvoirs politiques sont soit en construction sur fond de réforme institutionnelle (1963 1964, 2007, 2012), soit en transformation au moment où ils renouent à la démocratie et à la décentralisation (1990).

Les «rébellions touarègues» qui, selon ce qui précède sont plus tôt des rébellions de l’Adrar des Ifoghas, sont le fait d’une petite élite politico militaire sans légitimité: ils se sont imposés lors des révoltes sans jamais avoir été mandatés par les populations dont ils s’autoproclament porte parole, alors que la majorité des Touaregs ne cautionne ni n’approuve leurs revendications et la lutte armée. Ces populations, qui cohabitent pacifiquement depuis très longtemps avec les autres groupes régionaux (Songhaï, Peul, Maures et Arabes), sont les premières victimes de leurs agissements, condamnées à subir des massacres et des représailles inadmissibles et injustifiés.

De plus, elles ne sont jamais consultées dans les négociations de paix qui se sont toujours déroulées entre chefs groupes et pouvoir central, alors les notables, les élus nationaux et locaux ainsi que divers représentants des populations auraient dû être associés. Ce dialogue unilatéral avec les seuls responsables, de groupes armés, qui ne tient pas compte des autres communautés régionales ni de la majorité des Touaregs hostiles à leur projet indépendantiste ne serait il pas à l’origine des différents mouvements et de surenchères auquel on assiste, et finalement de la crise actuelle.

En effet comme nous l’avons toujours dit, il ne s’agit pas d’un conflit entre les communautés ethniques Nord ni entre les communautés du Nord et celles du Sud et par conséquent les milices armées doivent être exclues des négociations (désarmées et dérnante!ées au profit des représentants légitimes de toutes les régions du Mali. L’État reprendre la main quant à sa mission régalienne de défense.

1. Toutes les crises que le Mali a connues sont à la fois, des rébellions du Nord aussi, coïncides ou pas, accompagnées par les crises institutionnelles et sécuritaires au niveau national. Ces questions méritent d’être approfondies et élucidées ;
2. La gestion de ces crises et de leur impact laisse à désirer, car elle pêche par défaut d es mécanismes de suivi et évaluation ;

3. S’agissant des rébellions du Nord, dite touaregs, elles ne présentent aucun caractères, ni cycliques et réguliers, ni endémiques. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler que de 1964 à 1990 aucun mouvement de rébellion n’a été constaté et chacune d’elle coïncide avec un contexte national et international favorable ;
4. Elles ne sont ni ethniques, ni raciales, il s’agit des groupes armés agissant contre l’Etat malgré des tentatives de certains de vouloir impliquer les populations dans ces conflits aussi bien de la côte des rebelles que des responsables administratifs et politiques ;

5. En dehors de celle de 1963, toutes les autres ont été déclenchées par des éléments venus de la Libye ;

6. Elles sont toutes nées à Kidal et animées essentiellement par les ressortissants de Kidal ;

7. Les solutions du règlement des crises ont été marquées : l’impunité et la prime à la rébellion par des intégrations systématiques des combattants et des avantages matériels divers.

IV Propositions de sortie de crise

Ainsi, le gouvernement semble privilégie le dialogue pour la résolution de cette crise conformément à la déclaration du Président de la Républîque, Ibrahim Boubacar KEITA à l’occasion de son investiture et lors de sa rencontre avec les représentants des mouvements armés du nord. Mais pour que cette solution puisse avoir le succès tant attendu par nombre de Maliens, il conviendrait de tenir compte des suggestions suivantes:

-se départir de l’idée fausse et nuisible d’une rébellion de tous les touaregs du Mali contre le pays ou d’autres ethnies, car ces groupes armes ne bénéficient d’aucune légitimité fondée sur le soutien de la population dont ils se réclament ;

-démantèlement de toutes les milices armées à caractère ethnique, racial ou régionaliste ;

-revoir fondamentalement les acteurs du dialogue en incluant les élus locaux, les chefs traditionnels et religieux, les notables, les leaders d’opinion seuls représentants légitimes des populations Implications de l’ensemble des collectivités décentralisées dans la gestion de la crise et de l’après crise en leur transférant les compétences et les ressources nécessaires à cet effet ;

-communiquer fortement sur ces questions et celles relatives au retour des populations déplacées et réfugiées de manière à sauvegarder la cohésion sociale et la paix ;

-poursuivre en justice toute personne ayant commis des fautes graves durant le conflit, avéré à la suite d’investigations impartiales et transparentes ;

-exclure la prime à la rébellion ou à la violence par des intégrations systématique de tous les combattants armés entre autres ;

intégrer dans la recherche de solution, la crise de leadership et de chefferie dans la région de Kidal qui constitue un des paramètres essentiels de ce conflit ;

-la coopération des pays de champ: l’Algérie, la Mauritanie, le Niger et le Burkina Faso sont nécessaires pour juguler la crise et ses conséquences ;

-en plus des pays du champ; la France, l’Union européenne, les Etats-Unis, les Nations Unies, l’Union africaine et la CEDEAO doivent exercer une pression politique sur le MNLA et ses alliées afin de libérer rapidement les zones occupées et procéder a un désarmement total.

Si toute foi la solution par le dialogue n’aboutissait pas à la libération de la partie du territoire occupée par le MNLA et ses alliés, la solution militaire devient malheureusement inévitable pour libérer l’ensemble du territoire national en minimisant les risques de dérapage pouvant résulter des connexions éventuelles avec les jihadistes et les narco trafiquants.

V Mécanismes de Mise en couvre et suivi évaluation

Incontestablement, la complexité et la profondeur de cette crise exigent la mise en œuvre d’un dispositif de suivi évaluation de nature à faciliter et à garantir la réalisation des actions prévues. Il convient d’assurer une bonne coordination des différents acteurs du côté du gouvernement.

Par ailleurs, le renforcement des moyens matériels et militaires de l’armée malienne et de la Minusma est indispensable pour faire face aux besoins de sécurité des populations et garantir l’intégrité du territoire national.

Parmi les moyens nécessaires pour consolider la paix dans les régions du nord, il serait urgent de relancer les actions de développement économique et social sur les quatre axes suivants :

La mise en œuvre effective du programme urgence des collectivités décentralisées et du Plan de Développement Accéléré des régions du Nord (PDA RN);

Le désenclavement par la réalisation des axes routiers déjà en cours et ceux programmés ainsi que la construction de l’aéroport de Kidal, de l’aménagement des aéroports, de Tombouctou, Gao, Mopti et Tessalit;

Le démarrage des travaux du barrage de Taoussa et les aménagements Hydro agricoles qui en découlent ;

L’exploitation rapide des ressources minières et énergétiques, gage de croissance économique rapide et synonyme de développement ;

Aussi après le retour des populations déplacées et réfugiées, il est impératif de promouvoir un mécanisme efficace de dialogue pour la paix et la réconciliation afin d’accélérer le retour au vivre ensemble d’antan. Par exemple, on pourrait envisager la mise en place des comités de Veille au niveau des régions, préfectures, sous préfectures, communes, villages et fractions.

Ceux-ci seront composés de leaders locaux, chefs coutumiers et religieux, des organisations faitières de la société civile y compris les femmes et les jeunes, les représentants de l’administration, les communicateurs traditionnels.

Enfin la garantie d’une paix durable passe nécessairement par la restauration de l’autorité de l’Etat basée sur une administration compétente, efficace et responsable, une armée républicaine forte, une justice impartiale soucieuse uniquement du droit. Compte tenu des maux dont souffre notre pays à la suite des différentes crises institutionnelles et Sécuritaires qui l’ont secoué depuis 50 ans et qui ont profondément mis à rudes épreuves les valeurs cardinales de Courage, d’Honneur, de Dignité, de Patriotisme, d’unité et de Solidarité qui ont toujours caractérisé notre peuple dans sa diversité culturelle, le Mali doit se doter d’un observatoire pour la prévention des crises et l’élaboration des stratégies pour en corriger les effets négatifs.

Bamako, le 2 décembre 2013

M. Ahmed Mohamed AG HAMANI Ancien Premier ministre

Commandeur de l’Ordre National

22 Septembre du 23 Décembre 2013