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Semaine noire sur la Méditerranée, c’est le moins que l’on puisse dire au sujet de ce qui s’y est passé rien qu’en l’espace de huit jours : cette prestigieuse mer aux eaux bleu turquoise ne s’est-elle pas de nouveau transformée en cimetière vendredi après-midi au sud de Malte et de Lampedusa par suite du naufrage d’environ 230 immigrants clandestins ? De nouveau, car cette catastrophe humaine est survenue après l’hécatombe du 3 octobre ; 339 corps retrouvés quand nous écrivions, 155 survivants sur 500 passagers.

C’est à croire que, malgré la première tragédie, qui était et est encore fraîche dans les mémoires, des candidats à la noyade plus qu’à l’exil continuent d’exister ; cela, alors qu’on n’a même pas fini de repêcher les cadavres du 3 octobre ! C’est aussi que, malheureusement en l’occurrence, dans les mêmes conditions d’expérience, les mêmes causes produisent nécessairement les mêmes effets : embarcations de fortune surchargées, conditions météorologiques difficiles et erreurs humaines réunies (comme si un seul de ces facteurs de risque ne suffisait déjà pas à provoquer un naufrage fatal) réduisent pratiquement à zéro les chances des cobayes de la traversée d’atteindre bako (l’autre rive).

Pour ne rien arranger, l’Italie faisant face à un afflux exceptionnel de migrants (30 000 rien que depuis le début de l’année, soit quatre fois plus qu’en 2012), il y a lieu de craindre des tragédies humaines pires que jusque-là : si 6825 clandestins sont morts noyés depuis 1994 dans les eaux de Lampedusa, la ville la plus solidaire au monde avec les gens en détresse, jusqu’à 2352 ne l’ont-ils pas été dans la seule année 2011, selon Fortress Europe, dans l’indifférence générale ?

Les clandestins se doutent bien qu’ils jouent au poker de leur vie avec leur vie mais la misent quand même. Pourquoi, Diantre, cette attitude suicidaire ? Par désespoir de pouvoir s’en sortir chez soi ? Par effet de mode parce que les fils des voisins d’à côté qui ont franchi l’autre rive envoient régulièrement aux leurs « beaucoup d’argent », différence des taux de change entre l’euro et le CFA faisant ?

Seulement peut-être, car des familles se cotisent, pour envoyer un ou des leurs exposer leur vie aux périls de l’océan, parfois des millions de francs, suffisants pour démarrer une affaire sur place. Il y a donc une responsabilité individuelle, voire familiale dans cette affaire.

Cela dit, un train peut en cacher un autre, et il ne faut pas que l’arbre cache la forêt de la responsabilité de l’Etat : l’Erythrée d’Isayace Afeworki, qui n’est pourtant qu’un petit pays, ne secrète-t-il pas des réfugiés parmi les plus nombreux au monde, tant Afeworki a fait du pays une prison à ciel ouvert dont tous cherchent à s’échapper, ce qui explique que les 500 clandestins du 3 octobre soient majoritairement de chez lui ? C’est souvent donc par manque de quoi gagner sa vie sur place, faute de bonne gouvernance, que beaucoup succombent au charme du miroir aux allouettes d’une Europe en crise économico-financière.

A quelque chose malheur est bon, réagissant à la dernière tragédie, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström, a déclaré : « La Libye, la Tunisie doivent faire cesser le business indigne des embarcations de fortune ».

Encore faut-il qu’on ne puisse plus par corruption ou avec l’aide de complices embarquer sur les côtes de ces pays ? Et que dire des industriels européens qui recrutent des clandestins taillables et corvéables à merci, provoquant toujours un appel d’air dans une nature qui a horreur du vide ? Pas étonnant donc qu’à la porte de ce cimetière marin, pour reprendre le titre d’un poème de Paul Valéry, il n’y ait plus de place pour les vivants, encore moins les morts.

Ahl-Assane Rouamba

Mise à jour le Lundi, 14 Octobre 2013 08:53

Source:L’observateur Palaaga


Naufrages en Méditerranée: il faut que ça s’arrête

Pourquoi est-il si compliqué d’éviter que la Méditerranée se transforme en cimetière?

La Méditerranée s’est à nouveau transformée en cimetière après un naufrage au sud de Malte qui a coûté la vie vendredi à des dizaines de migrants, en majorité syriens, huit jours après la mort près de Lampedusa de 359 personnes fuyant la Corne de l’Afrique.

Dans ce bateau, qui a chaviré vendredi après-midi, se trouvaient des centaines de réfugiés dont la destination finale était la petite île italienne de Lampedusa.

«Le dernier bilan fait état de 33 corps repêchés (et cela pourrait évoluer, Nldr)», a déclaré à l’AFP un porte-parole du gouvernement maltais. La Marine italienne évoque, de son côté, le chiffre de 34 corps récupérés. Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a déploré que la «Méditerranée soit en train de devenir un cimetière». Les secours sont parvenus toutefois à sauver près de 200 personnes.

«Les opérations de recherches, qui mobilisent un navire des forces armées maltaises ainsi qu’un avion survolant la zone du naufrage, se poursuivaient samedi après-midi», a précisé à un correspondant de l’AFP un porte-parole du ministère maltais de l’Intérieur.

Le corps d’un enfant de trois ans a ainsi été découvert en début d’après-midi, a-t-il précisé. «Il est peu probable de retrouver quelqu’un de vivant à cette heure, aussi concentrons nous nos efforts sur la recherche de corps», a-t-il ajouté.

En effet, selon un communiqué du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), citant des migrants, «le bateau serait parti de Zwara (Lybie), avec à son bord entre 300 et 400 personnes, pour la plupart de nationalité syrienne et palestinienne», ce qui fait craindre davantage de victimes que la trentaine de morts recensés, en majorité des femmes et des enfants.

Parmi les 146 survivants interrogés par la police maltaise à leur arrivée, 117 ont indiqué être syriens, 27 qu’ils venaient de Palestine, un du Liban et un autre de Tunisie, a ajouté le porte-parole.

Une famille, dont les enfants se trouvent parmi les 56 survivants secourus par un navire de la marine militaire italienne en route vers Porto Empedocle (Sicile), et leurs parents à Malte, devrait être bientôt réunie, a précisé le porte-parole.

Interrogé par le journal Times of Malta, le capitaine du bateau ayant secouru les réfugiés a confié qu’il faisait ce «travail depuis environ 10 ans et que cette opération (avait été) la plus difficile de toute sa carrière», «plus dramatique que toutes celles du même type» auxquelles il avait participé.

«Il y avait des centaines de personnes à la mer, certaines flottant sans vie», a raconté le major Russel Caruana à sa descente à terre.

Il a ajouté que trois réfugiés, trop faibles pour supporter les dix heures de voyage en mer jusqu’à La Valette, avaient été héliportés vers Lampedusa. L’accident s’est produit au centre d’un triangle entre Malte, la Libye et Lampedusa, à 60 milles (environ 110 km) des côtes maltaises.

Selon la marine maltaise, le bateau a été déstabilisé et s’est renversé lorsque les immigrants se sont agités pour attirer l’attention d’un avion militaire le survolant, en se déplaçant tous ensemble du même côté. Des navires de secours et des hélicoptères ont été rapidement dépêchés sur place, et plusieurs navires commerciaux ont été déroutés sur les lieux de l’accident, tandis que les autorités italiennes envoyaient deux navires militaires et des hélicoptères qui ont pu lancer des canots de sauvetage pneumatiques.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a souhaité «des mesures qui traitent les causes profondes (de ces naufrages, ndlr) et qui soient centrées sur la vulnérabilité et le respect des droits de l’homme des migrants».

De son côté, le chef du gouvernement italien Enrico Letta a annoncé samedi soir à Mestre (nord-est), lors d’un débat organisé par le quotidien La Repubblica, l’envoi lundi «d’une mission humanitaire navale et aérienne italienne qui devra faire de la Méditerranée la mer la plus sûre possible».

A la tête du HCR, Antonio Guterres a affirmé être «choqué» de voir que «des Syriens, après avoir échappé aux bombes et aux balles, puissent périr en mer alors qu’ils auraient pu demander l’asile» en Europe.

Ce drame survient après le naufrage, le 3 octobre, d’un bateau de pêche au large de Lampedusa. Seuls 155 des quelque 500 migrants à bord, en majorité érythréens, ont survécu. Samedi, vingt nouveaux corps ont été remontés à la surface, portant le bilan à 359 morts et faisant de ce naufrage la pire tragédie de l’immigration en Italie depuis plus de 10 ans.

Selon les ONG, près de 20.000 migrants et réfugiés ont péri en tentant de traverser la Méditerranée ces 20 dernières années.

Mis à jour le 14/10/2013 à 10:07

Slate Afrique avec AFP