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La démocratie est confrontée à d’énormes difficultés. Pour en savoir davantage, nous nous sommes entretenu avec Lamine Coulibaly, président du Réseau des Organisations de la Société civile spécialisé pour les Réformes et l’Emergence du Mali (RESORE-Mali). Il est Directeur Général du Centre d’Etudes, de Recherches et Formations pour le Développement Durable. 

Aujourd’hui qu’elle analyse faites-vous de la démocratie malienne ? 

Lamine Coulibaly : la démocratie malienne est une analyse biaisée parce qu’elle n’était malheureusement pas comprise et réclamée de façon endogène par l’écrasante majorité de la population. C’est une démocratie, de par sa genèse, importée par certaines élites maliennes qui ont eu la chance de se former à l’étranger. Le Peuple s’est vu emballer dans cette nouvelle forme de gouvernance qui certainement avait des slogans galvaniseurs de la jeunesse, des femmes et surtout des syndicats sur fond de promesse d’un lendemain meilleur.

Alors une démocratie ni comprise, ni préparée par le peuple, était le meilleur moyen pour une minorité prédatrice de manipuler un Peuple majoritairement pauvre et analphabète caractérisé par des dérives à outrance. Alors au lieu que ça soit le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple, c’était le pouvoir d’une minorité autocratique et cannibalites pour le favoritisme, par le népotisme et avec la corruption, la délinquance économique et financière ayant comme mot d’ordre la mauvaise gouvernance à outrance sur les ressources du Peuple.

Comme le disait Amadou Toumani Touré, ancien président du Mali, après les élections de 1992, il n’y a pas eu d’élections au Mali. Ça veut dire que nous étions dans une démocratie de façade, de mensonge, d’exploitation de l’homme par l’homme. Dans une démocratie où certaines personnalités politiques à travers des partis se mobilisaient pour se partager les ressources de la nation en sacrifiant l’éducation, la santé, la justice, l’éthique, la déontologie, la sécurité, l’Agriculture, la probité et l’exemplarité. Malheureusement, c’est cette démocratie que le peuple malien a connue.

Ça ne veut pas dire que tout a été mauvais. Il y a eu des acquis dans la démocratie malienne. On peut citer : l’instauration du multipartisme, la garantie de la laïcité, la mise en place et le fonctionnement des institutions de la République, l’affranchissement des médias, …. Grace à la démocratie, nous avons une liberté d’expression et de manifestation. Et c’est à travers la démocratie que le mouvement M5-RFP a eu raison sur le régime déchu.

La démocratie malienne est une démocratie partie sans le peuple. Franchement, il fallait que l’hémorragie s’arrête. La démocratie malienne est malheureusement une déception du point de vue Peuple.

Comment pourrons-nous adapter notre mode de gouvernance aux réalités du pays ? 

L.C: Adapter notre mode de gouvernance aux réalités du pays, c’est d’abord créer notre propre démocratie. La démocratie est un système de gouvernance qui est basé sur un contrat social. Cela ne peut pas s’appliquer de façon universelle à tous les Etats. Nous avons notre culture, notre réalité, notre histoire.

Le mode de gouvernance qu’on devrait choisir, c’est une gouvernance de démocratie décentralisée où nous allons renforcer le pouvoir des collectivités territoriales. L’Etat central serait là comme le maillon ou le mécanisme de coordination, de contrôle à priori et à postériori de toutes les actions du service public et de la puissance publique.

On gagnera avec ce mode de démocratie. Premièrement, il permettra de rapprocher les citoyens, les usagers de leur administration. Deuxièmement, cela permettra aux citoyens et aux usagers de trouver des réponses rapides et fiables à leur problème. Troisièmement, cela permettra de trouver des solutions idoines à toutes les questions de développement, économique, culturel, environnemental et surtout sociétal par un mécanisme programmé des budgets à travers l’une enquête des besoins judicieuses, une analyse pertinente, une planification correcte, une exécution axée sur les résultats, un suivi professionnel et une évaluation participative basée sur une redevabilité inclusive des parties prenantes.

Pour une résolution pérenne de la crise malienne, quelles sont les pistes de solution ?

L.C: Les solutions sont un peu nombreuses. D’abord, le président de la Transition doit travailler à instaurer la confiance entre tous les acteurs en se fondant sur un langage de vérité pour bâtir une union sacrée autour du Mali. Il faudrait aussi revoir la constitution du 25 février 1992 que nous avons et certainement annoncer les reformes à partir d’une Quatrième République. Adopter une nouvelle constitution qui va être le socle de toutes les lois est le premier acte de la Refondation.

Concernant la révision de la charte de la transition, je propose à ce qu’on active urgemment un cadre d’échange et de concertation entre les formations politiques, les organisations de la société civile, les confessions religieuses, le secteur privé, les mouvements signataires de l’Accord d’Alger, les mouvements de l’exclusivité, ainsi que la presse malienne pour qu’ensemble, nous puissions adopter une feuille de route et un chronogramme réalistes et consensuels pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel normal. Ce cadre doit être organisé par le gouvernement et cela permettra aux autorités de la transition d’avoir une légitimité dans nos forces de propositions auprès de nos frères de la CEDEAO.

Aujourd’hui, il y a des méfiances entre l’actuel Premier ministre et les acteurs politiques et certains futurs candidats. Pour lever toutes ambigüités, il faut un Premier ministre civil, neutre n’appartenant à aucune formation politique en vue de conduire les élections présidentielles et législatives.

Il y a aussi l’article 57 de la constitution malienne du 25 février 1992 qui dit clairement qu’avant d’entrer en fonctions : le Premier ministre et les ministres doivent remettre au président de la Cour Suprême une déclaration PUBLIQUEMENT écrite de leurs biens. Pour plus de transparence, la déclaration de biens du Premier ministre et des membres du gouvernement doit être soumise au contrôle et à la vérification permanente de l’OCLEI. Il faudra aussi auditer les dossiers ou diplômes de recrutement des fonctionnaires et agents publics en vue de radier les détenteurs de faux diplômes. 

Je suis favorable pour un gouvernement de mission de 25 membres respectant la loi 2015-052 du 18 décembre 2015 instituant les mesures pour promouvoir la promotion du genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives. Il faudrait également soumettre aux membres du gouvernement un code de conduite et une charte des résultats. Que les autorités de Transition entre autres : Président, Premier ministre, Président du CNT et ministres renoncent à toutes leurs primes et indemnités de fonction et à 2/3 des fonds politiques au profit des services sociaux de base de toutes les autorités.

Jacques Coulibaly

@Afribone