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« Le Mali avait un système démocratique qui était pourtant si bien parti et cité en exemple à travers le monde. Mais depuis le coup d’État du 22 mars, tout est remis en cause. Quelles que soient les raisons évoquées par les militaires, rien ne le justifiait » a martelé l’ambassadeur des États-Unis lors d’un point de presse, tenu hier jeudi, à sa résidence. Son excellence Mary Beth Leonard, qui a conditionné la reprise totale de la coopération des États-Unis avec le Mali après l’élection d’un Gouvernement démocratique dit attendre des putschistes de Kati qu’ils abandonnent toute prétention à influencer le Gouvernement. Les États-Unis se sont dits favorables à la formation d’un Gouvernement d’union nationale.

Le constat établi par l’ambassadeur des États-unienne, Mary Beth Leonard, est loin d’être reluisant. Pour cause, la souffrance subie par les Maliens est multiforme depuis les événements du 22 mars ayant conduit au coup d’Etat et à l’occupation des 2/3 du territoire national par une rébellion touarègue et des extrémistes religieux. « C’est vous dire combien le CNRDRE a coûté excessivement cher au Mali« , a martelé Mary Beth Leonard.

Les populations des localités concernées sont soumises à des environnements de pénurie, d’insécurité et d’intolérance.

Des centaines de milliers d’autres sont actuellement déplacées loin de leurs foyers. Les pertes financières occasionnées par le coup d’Etat, suivant une étude de la Banque mondiale, s’élèvent à plus de 600 milliards FCFA. Pour la diplomate, la reprise de la totalité de la coopération de son pays n’est pas pour tout de suite.

La législation américaine est claire pour dire que « lorsqu’un gouvernement démocratique est renversé, nous sommes obligés de couper certaines formes de l’aide bilatérale jusqu’à ce qu’un Gouvernement démocratiquement élu soit mis en place« . Cette loi, précise Mary Beth Leonard reflète la profonde croyance des États-Unis à la démocratie et à la responsabilité des Gouvernements et des citoyens à respecter les institutions et les systèmes qui les supportent.

La coopération militaire avec le Mali a été suspendue après les événements du 22 mars, a déclaré la diplomate américaine ajoutant que sur le front de l’assistance humanitaire, de l’emploi des jeunes et la fourniture de soins de santé, les États-Unis continueront à soutenir notre pays.

Toutefois, l’ambassadeur des États-Unis est formel : « La reprise de la totalité de notre partenariat avec le Mali n’est possible qu’après l’avènement d’un Gouvernement démocratiquement élu, seul interlocuteur fiable« . Mais, pour y arriver, « les Maliens doivent mettre de côté à la fois les querelles et les ambitions partisanes, les anciennes méfiances et les griefs perçus afin d’agir pour le bien des citoyens pendant la brève période de la transition« .

Aux auteurs du coup d’État du 22 mars, les États-Unis disent « attendre d’eux qu’ils se confinent à la stricte fonction consultative sur la réforme militaire que l’accord-cadre leur a réservée, qu’ils abandonnent toute prétention à influencer le Gouvernement ainsi que toutes les actions qui contribuent à un climat d’intimidation et de peur ».

La diplomate américaine a salué la création du comité militaire de suivi de la réforme des forces de défense et de sécurité dont la loi a été votée le vendredi 29 juin par l’Assemblée nationale. Cependant, elle a tenu à préciser que ce nouveau comité ne devrait pas être le CNRDRE sous une nouvelle formule. Les États-Unis se sont dits également favorables à la formation d’un Gouvernement de large consensus reflétant toutes les sensibilités maliennes. « L’appui de la CEDEAO et d’autres partenaires pour un règlement de la crise institutionnelle et sécuritaire est un coup de main d’amitié qui devrait être rapidement accepté par tous ceux qui s’intéressent à la résolution la plus rapide de cette crise » a déclaré Mary Beth Leonard.

Les États-Unis ne sont pas opposés à une intervention militaire pour chasser les islamistes du nord du Mali. Loin s’en faut. Seulement, « nous voulons qu’il y ait une étude plus approfondie de la situation. Ce qui est dangereux, ce serait d’intervenir sans une bonne analyse« , a précisé l’ambassadeur.

Abdoulaye DIARRA

L’Indépendant du 13 juillet 2012.