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Au cours d’une conférence débat sur le thème de la problématique de l’aide publique au Mali et en Afrique, organisée le 10 juillet 2010, à l’espace d’expression démocratique de la Radio Kayira , Dr Sékou Diarra, Président de la Coalition des alternatives africaines dette et développement (CAD-Mali), a demandé aux Etats africains de réclamer l’annulation des dettes odieuses et la réparation des torts causés.

« La question qui doit à qui reste d’actualité. Nous devons nous mobiliser pour réclamer l’annulation des dettes odieuses et la réparation des torts causés ». C’est par cette phrase que Dr Sékou Diarra, Président de la CAD-Mali, a conclu sa communication sur le thème de la problématique de l’aide publique au Mali et en Afrique, lors d’une conférence débat organisée par le réseau de Communication Kayira, en partenariat avec la Fondation Rosa Luxemburg d’Allemagne.

Après avoir fait l’historique de l’Eurafrique et des conventions de coopération au développement que sont les différentes conventions de Yaoundé, de Lomé et de Cotonou et les structures parallèles de coopération, comme la Françafrique, la Francophonie et le Commonwealth, Dr Sékou Diarra a défini l’aide publique au développement.

Selon lui, on appelle aide publique au développement (APD) les dons ou les prêts consentis à des conditions financières privilégiées par des organismes publics des pays industrialisés. « Il suffit qu’un prêt soit consenti à un taux inférieur à celui du marché pour qu’il soit considéré comme une aide, même s’il est après remboursé jusqu’au dernier centime par le pays bénéficiaire », a-t-il déclaré.

Avant de révéler que les prêts bilatéraux liés qui obligent les bénéficiaires à acheter des produits ou des services au pays prêteur et les annulations de dette font aussi partie de l’APD.

Il a estimé que l’aide publique au développement n’est pas un voyageur sans bagages, pour la simple raison qu’elle n’a jamais été neutre en Afrique. « Contrairement aux propos avancés par les Institutions de Breton Woods, l’aide n’est pas désintéressée et ses effets pervers en Afrique l’ont été au gré des politiques économiques de croissance improvisées », a-t-il déclaré.

A son avis, de l’indépendance en 1960 à 2010, le montant total de l’APD de l’Afrique subsaharienne est estimé à 300 milliards de dollars américains.

Pour cela, il dira que comparée à la situation d’autres continents du tiers monde, l’Afrique subsaharienne est notée comme la plus assistée. Malgré cela, il fera remarquer qu’en 2000, ce sont 36 pays de cette partie de l’Afrique qui étaient classés pays pauvres très endettés (PPTE) ou pays moins avancés (PMA). « Au même moment, malgré d’énormes ressources dont regorge le Continent africain, plus de 65% de sa population vivaient en deçà du seuil de pauvreté, avec moins d’un dollar américain par jour », a-t-il déclaré.

Le Président de la CAD-Mali a ajouté que de son voyage du pays du donateur au pays du bénéficiaire d’Afrique, le bagage de l’APD contient des conditionnalités politiques à appliquer. « Par rapport aux conditionnalités commerciales, l’obligation d’acheter dans le marché du bailleur, des biens et services plus chers, ne peut être qualifié que de subvention déguisée à l’économie du donateur », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que le « taux de retour de l’aide » de la France est estimé à 61 euros sur 100 euros donnés à titre de don ou de prêt. Face à tout cela, le Président de la CAD-Mali se porte en faux contre l’attitude des Institutions de Breton Woods qui veut faire porter l’entièreté de la responsabilité de la mauvaise gestion de l’aide par les pays receveurs.

Selon lui, il y a plutôt une co-responsabilité. « Chacun des dirigeants du Sud et du nord, en fonction de sa redevabilité sociale doit répondre de son rôle et responsabilité dans la situation injuste, immorale et inacceptable d’appauvrissement de l’Afrique », a-t-il conclu.

Assane Koné

12 Juillet 2010.