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L’historique accession de Barack Obama, fils d’un immigré kenyan diplômé en économétrie de l’Université d’Hawaii, est un sujet de glose qui semble parti pour un bon bout de temps pour la presse mondiale. Et pour cause.

Le charisme de l’homme a permis aux démocrates de reconquérir la Maison Blanche squattée par Georges W. Bush qualifié par beaucoup comme étant le pire président que l’Amérique ait jamais connu. Le candidat démocrate Barack Obama, faut-il le rappeler, est le 44e président de la plus grande démocratie du monde mais le premier de peau noire.

Ce qui fait toute la dimension historique, toute la symbolique, toute la légende, tout l’attrait irrésistible au demeurant de celui dont l’Amérique attend qu’il répare les fautes de son prédécesseur en donnant à la nation sa gloire et son prestige et la planète qu’il répare le déséquilibre et le désarroi dans les relations de son pays avec les autres pays. En somme, on attend d’Obama un coup de rabot pour rendre un peu plus lisse la face rugueuse façonnée par les faucons républicains en huit années de régime ultra conservateur.

Barack ‘‘Hussein’’ Obama, (ce deuxième prénom, plaisantait-il il y a encore quelques jours avec son adversaire républicain, m’a été donné par un homme qui, véritablement, n’aurait jamais pensé un seul jour que je me présenterai à l’élection pour être président des Etats-Unis), est un Lion né, pas dans la savane africaine, mais sous le tempéré climat hawaiien le 4 août 1961 d’une union mixte alors même que le mariage entre Blancs et Noirs était interdit dans nombre d’Etats du pays et que la lutte pour les droits civiques, a commencé par celui du vote consacrant les 13e et 14e amendements votés en 1868 et 1870 par Abraham Lincoln à la suite de la Guerre de sécession.

Son père, Barack Obama Senior, est issu d’une famille de guérisseurs de confession musulmane dans l’Ouest du Kenya. Entré à l’Ecole des missionnaires, il sera envoyé à Nairobi puis à Hawaii aux frais de la congrégation. Mais Obama père ne jurera ni par Muhammad encore moins au nom de Jésus. Il mourra dans un accident de voiture en 1982 sur sa terre natale totalement athée, laissant derrière lui des enfants de deux mariages, loin de soupçonner qu’un jour leur nom de famille sera porté au firmament.

Quelques mois seulement après ce drame familial, Barack Obama qui est élevé par sa grand-mère, sa mère ayant refait sa vie, décroche son diplôme de sciences politiques à l’Université de Columbia à New York avant d’enchaîner un diplôme de droit à Harvard à la suite duquel il est avocat pour le Sénat de l’Etat de l’Illinois. C’est là qu’il rencontre sa femme Michelle.

Elle le trouve charmant, beau et ambitieux, lui conseille de faire de la politique. Obama ne passera pas en 1998 à la candidature pour un poste à la Chambre des représentants. Mais 2004 sera son année. John Kerry, le candidat démocrate à la présidentielle l’invite à faire un discours lors de la Convention démocrate au mois de juillet à Boston. Il se fait applaudir en déclarant sa vision de l’Amérique dans la célèbre phrase : « Il n’y a pas une Amérique de gauche et une Amérique conservatrice. Il n’y a pas une Amérique noire et une Amérique blanche, une Amérique latino ou asiatique, il y a les Etats-Unis d’Amérique ».

En novembre, il est élu sénateur de l’Illinois. Déjà une première. Mais les premières fois seront encore nombreuses pour le peuple noir. Avec Barack Obama, elles se suivent à une vitesse frénétique. Février 2007, pour la première fois, un Noir annonce sa candidature à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle. Juin 2008, ce sera lui le premier Noir à prétendre à la Maison Blanche après avoir contraint Hillary Clinton à jeter l’éponge. La suite, on la connaît, il est brillamment élu le 4 novembre contre McCain, le candidat républicain, et offre par là même à son camp une majorité très confortable à la Chambre des représentants et au Sénat.


L’Afrique s’enthousiasme

L’Amérique se réjouit, le monde s’émerveille, l’Afrique s’enthousiasme. Un Noir dirigera la première puissance du monde. Une nouvelle ère commence dans les relations internationales car l’Homme Noir esclavagisé, ségrégué, nié ne sera plus vu avec la même image dévalorisante. L’élection de Barack Obama arrive comme pour le délester de son fardeau. Mais Barack Obama est né après les indépendances africaines. Alors que nombre de chefs actuels du contient ont une idée néocolonialiste, voire impérialiste et pensent que le sort du continent se décide ailleurs et donc ne décident que leur propre sort, le nouveau président américain avec son slogan « yes, we can », tranche vivement avec cette mentalité.

Il n’a pas vécu en Afrique, il a été éduqué dans le sens de l’effort personnel pour la réussite. Sur le continent, on est toujours à espérer la providence et la charité au lieu d’être acteur de son propre changement. Le film qui se joue en ce moment a été réalisé par un acteur qui a défini son rôle et qui s’est aidé dans la mise en scène par quelqu’un (David Axelrod, directeur de campagne de Obama) à qui il a permis de fouiller dans les recoins de sa vie pour ne permettre aucune erreur dans les scènes.

Avec son air confiant, une intelligence raffinée, des mots toujours bien choisis, Barack Obama parlera-t-il avec l’Afrique dans un langage soft ou adoptera-t-il une approche plus « africaine », c’est-à-dire plus directe et franche ? La question de la gouvernance sera certainement au centre des relations entre l’administration Obama et les Etats africains sachant les penchants naturels de l’Homme à la responsabilisation.

Mais la grande question reste de savoir quelle importance aura le continent africain dans l’immensité et l’urgence des questions qui assaillent le nouveau gouvernement tant sur le plan national avec les conséquences de la crise économique, les problèmes sociaux, le chômage que sur la scène internationale avec la guerre en Irak, la situation en Afghanistan, le conflit israélo-palestinien, etc. Bref, pour l’Afrique, les politiques et les peuples africains, il serait plus sage de ne plus compter sur les puissances étrangères pour opérer des changements sur le continent et dans nos pays. Peut-être, faut-il espérer quelque part dans un pays africain ?

Dans la foule venue fêtée l’élection de Obama, tout ce qu’on attendait comme réaction ressemblait à cette folle liesse exprimée dans des cris et des mots « I’m happy, you know man. It’s a exceptionnal. It’s a reborn of our people ». Difficile dans cette de foule de plus de 200 000 personnes déchaînées de trouver un francophone, un immigré d’origine africaine. Pourtant, un ami ancien journaliste au Mali, nous adressait une correspondance au summum de la campagne sur Obama vu par les Africains des Etats-Unis.

Un immigré africain habitant New York tranchait net : « Obama n’est pas un candidat africain à l’élection présidentielle américaines. Il est tout d’abord Américain et sa priorité sera de mettre de l’ordre dans la maison USA pas dans celle de l’Afrique » alors qu’un autre pense qu’il va « aider l’Afrique en raison, justement, de ses origines africaines qui lui ont donné une connaissance de l’Afrique très au-dessus de la moyenne américaine » tandis que notre compatriote Diola Bagayoko, professeur distingué à la Southtern University de Louisiane estime qu’Obama va aider les Africains et même d’autres, si l’Amérique veut garder son rôle de leadership dans le monde.

Les premières réactions recueillies des dirigeants africains vont dans ce sens. Le Rwandais Paul Kagamé pense que ce sera un stimulant pour le changement en Afrique alors que son homologue du Sénégal Abdoulaye Wade aimerait que la France se regarde dans ce miroir en déclarant en affirmant le souhait que l’élection d’Obama amène un changement en France où, quelque part, il trouve qu’il y a du racisme.

Oussouf Diagola

(envoyé spécial à Chicago)

10 Novembre 2008