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Le 14-Juillet a été célébré hier en France sur les Champs Elysées. Pour la première fois dans l’histoire des relations France-Afrique, ils étaient 13 chefs d’État africains dont le nôtre, Amadou Toumani Touré, avec une partie de leurs armées à être aux côtés du chef d’État français, Nicolas Sarkozy, pour marquer d’une pierre blanche cette date. Mais l’euphorie passée, les uns et les autres doivent descendre de leur piédestal.

Jamais 14-Juillet n’a été ainsi célébré par l’Afrique et la France parce que s’inscrivant, entend-on dire, dans la mouvance du cinquantenaire de l’accession à la souveraineté nationale et internationale des ex-colonies française d’Afrique. C’est donc dans la joie et la fraternité entre les peuples que soldats africains et français ont défilé démontrant ainsi à la face du monde que l’Afrique et la France avaient une histoire commune.
Ce défilé qualifié de « retour de l’amitié », « de beau », « qui met du baume au cœur », « de l’Afrique est avec nous » par les différentes autorités françaises aura permis, certes, de sceller davantage les liens de fraternité entre Français et Africains des ex-colonies de l’Hexagone.

Cependant, ce 14 juillet devrait être le début de reconnaissance d’un droit, mais non de « réparation d’une injustice » envers les anciens combattants africains plus connus sous le vocable de « Tirailleurs sénégalais » d’une part et de tous les Africains des ex-colonies en général.

A partir de 2011, ces dignes fils d’Afrique qui ont, par leur fidélité à la France, leur bravoure inégalée et leur détermination sans faille à vaincre l’ennemi, contribué à la libération de la France du joug fasciste, verront leur salaire enfin relevé au même niveau que ceux des Français de France. C’est un droit mérité, car on n’étalera pas dans ces colonnes la trouille qu’avaient des Français de France sur le champ de bataille pendant la guerre de Dien Bien Phu (Vietnam) à laquelle mon oncle (paix à son âme) a participé.

Et lorsqu’il lui arrivait de nous narrer certains épisodes de cette bataille, nous l’écoutions avec plaisir et admiration. Voilà des morceaux choisis : « Quand le Blanc était à plat ventre, nous nous étions sur les genoux en train de tirer. Quand le Blanc était sur les genoux, nous nous étions déjà debout ». « A travail égal, salaire égal ». Sans discrimination de sexe, de race et de religion.

A côté de la plaque

Mais ayant combattu dans des conditions ci-dessus évoquées, les tirailleurs méritent bien plus. Loin d’être une injustice à réparer, il s’agirait plutôt d’un droit que la France devra donner aux anciens combattants. Ainsi, il n’y a pas de quoi s’enthousiasmer avec tout ce tintamarre autour du 14-Juillet.

Les autorités françaises disent vouloir rompre avec la France-Afrique. Ses bases ont été démantelées en partie dans certains pays, mais la France reste encore présente physiquement à Djibouti, au Tchad au Gabon. Pour quel dessein ? Pas en tout cas pour l’entraînement et la formation de troupes africaines pour le maintien de la stabilité sur le continent comme le prétendait encore hier Bernard Kouchner.

La France doit tout à l’Afrique, notamment à ses ex-colonies. Sans elles, elle ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui : une puissance mondiale. Aussi, ce 14-Juillet 2010 devait jeter les jalons d’une saine coopération basée sur la reconnaissance sincère de l’œuvre africaine envers la France, une aide accrue et une assistance désintéressée pour relever les défis essentiels qui ont pour noms : la santé et l’éducation.

La France se devait d’accepter de rouvrir les dossiers sombres et faire toute la lumière afin que la vérité soit. Il s’agit notamment du massacre du Camp de Tiaroye, de l’affaire Ben Barka, sur les exactions en Algérie lors de la guerre de libération… et tant d’autres.

Enfin, la France se devait de restituer aux pays africains, à ses ex-colonies leurs archives.

Espérons que les chefs d’État africains présents à Paris auront le courage d’évoquer ces sujets en tête-à-tête avec leur hôte français. Mais… chat échaudé craint l’eau froide.

Denis Koné

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L’Afrique aux festivités du 14 Juillet :La France entretient l’idée de domination

Treize présidents africains et quelque 400 militaires du continent ont pris part mercredi aux festivités du 14-Juillet. Pourtant, Nicolas Sarkozy, le président français, n’a jamais été présent aux fêtes des pays africains qui ont célébré déjà leur cinquantenaire. Ce qui laisse penser que Sarkozy anime l’idée de la supériorité.

Conviés par Nicolas Sarkozy, 13 chefs d’État des 14 pays africains qui fêtent le cinquantenaire de leur indépendance cette année ont répondu présents aux festivités du 14 juillet, jour de la fête nationale française, dédiée cette année à l’Afrique.

Représenté par son ministre de la défense, Laurent Gbagbo a été le grand absent de cette cérémonie. Le pays de Laurent Gbagbo a décliné l’invitation pour des raisons d’organisation des élections qui avancent de sources diplomatiques.

Dans notre pays, des citoyens sont d’avis divers sur la présence des chefs d’État et des militaires africains à cette fête. Pour certains, la participation des militaires maliens en particulier et des militaires africains en général aux festivités du 14 juillet est une bonne chose étant donné que c’est dans le cadre du partenariat. « Ça nous a permis de nous rappeler des souvenirs même si c’est mauvais ».

Pour d’autres, Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais pris part aux fêtes nationales d’un pays africain, est en réalité, à cette occasion, animé d’un réflexe de domination.

 » Normalement, Nicolas Sarkozy devait être présent aux fêtes des pays africains qui ont célébré leur cinquantenaire, mais il n’a envoyé que des représentants »
, a regretté Siaka Ballo de la société civile. Pour lui, les chefs d’État africains ont encore montré leur faiblesse vis-à-vis de la France.

La Côte d’Ivoire a été félicitée pour son refus de participer à la cérémonie. Mais pour qui suit l’actualité dans ce pays, les relations entre Paris et Abidjan n’ont jamais été au beau fixe depuis l’éclatement de la guerre, le bombardement de soldats français et la mort du journaliste Pierre-André Kieffer.

La France, en dédiant cette année la fête du 14-Juillet à l’Afrique, voulait rendre hommage aux centaines d’Africains qui se sont sacrifiés pour elle. Mais, des Africains voient la participation des militaires africains aux défilés et la présence des chefs d’État à cette fête d’un autre œil.

Sidiki Doumbia

15 Juillet 2010.