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La course aux matières premières a réveillé l’intérêt pour l’Afrique. Les pays convoités à cause de leurs richesses doivent en profiter pour faire décoller leur économie sans tomber dans la dépendance.

Depuis quelques années, l’Afrique connaît un regain d’intérêt de la part de nombreux pays étrangers. Ce ne sont plus seulement les anciennes puissances coloniales qu’elle intéresse, mais aussi les Etats-Unis et les pays émergents comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Les Indiens sont déjà présents au Mali avec le transport ferroviaire et la machinerie agricole. Si la présence brésilienne n’est pas encore assez perceptible, la Chine est aujourd’hui omniprésente dans l’économie malienne.

Passées les premières années de la décolonisation et la période d’instabilité chronique qui s’en est suivie, la relative stabilité socio-politique du continent est naturellement propice au climat des affaires. Mais, si l’Afrique intéresse aujourd’hui plus d’un, c’est essentiellement du fait des ressources naturelles dont elle regorge.

Il s’agit, entre autres, du pétrole, de l’uranium, du charbon. Le coton n’attise plus les convoitises parce que l’or blanc africain est moins compétitif que celui de l’Europe, des Etats-Unis, voire de la Chine et de l’Inde. Pour combler ce vide, nos Etats doivent convaincre les paysans de consacrer plus de place aux cultures céréalières qui assurent non seulement l’autosuffisance alimentaire, mais vont être bien cotées sur le marché international à cause de la pénurie mondiale qui pointe à l’horizon.

Ce qui est sûr, c’est que l’épuisement des ressources naturelles en certains endroits de la planète et les difficultés d’accès ont tôt fait de transformer l’Afrique en une réserve de premier choix. La crise du Darfour (Soudan) n’aurait sans doute pas mobilisé tant de grandes puissances et d’énergies s’il s’agissait uniquement de se pencher sur le sort de pauvres Soudanais Noirs martyrisés par leurs « frères Blancs ».

Le génocide qui s’y déroule découle de la volonté du régime de Khartoum d’expulser les populations noires du Darfour pour le repeupler par les Arabes afin de faire main basse sur ses importantes réserves de pétrole et de bauxite. Une politique discriminatoire encouragée par la Chine et tolérée par des puissances occidentales qui rêvent toutes d’être des partenaires privilégiés du Soudan.

Les traditionnels partenaires européens sont désarçonnés par cette ruée sur l’Afrique. Et pour mieux cadenasser leur part de marché, il est temps aujourd’hui d’imposer aux Africains des Accords dit de partenariat économiques (APE) dont le seul objectif est de faire du continent un marché acquis aux produits européens. Rejetés par les Africains, les APE ne constituent pas un bouclier suffisant pouvant les empêcher d’être évincés à terme par les nouveaux partenaires comme la Chine et l’Inde, plus pragmatiques dans le partenariat.

La Chine , l’ennemi commun à abattre

Pour se garantir des ressources en pétrole, la Chine a résolument pris pied partout sur le continent et rivalise maintenant avec les Etats-Unis et la France. L’exemple le plus éloquent est la guerre larvée pour le contrôle de l’exploitation de l’uranium au Niger.

Si l’Inde reste discrète sur le terrain minier, le Brésil n’est pas dans le même cas. Solidement implanté en Angola et en Guinée-Bissau, où il exploite des gisements pétroliers et continue à prospecter, il gagne du terrain sur le continent. D’autant qu’il propose d’exporter sa technologie de production de biocarburant, une idée qui séduit et pourrait faire tache d’huile.

Des pays comme le Bénin, où la pollution atmosphérique commence à sérieusement inquiéter – ont déjà conclu des accords dans cette perspective. Le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso ne tarderont certainement pas à suivre le pas des Béninois. En tout cas, le président béninois, Boni Yayi, a officiellement demandé à son homologue brésilien (Lula da Silva) de parrainer l’émergence économique du Bénin : tout un symbole des nouvelles relations entre le continent noir et le reste du monde. On n’est pas loin de l’époque où Moussa Traoré avait décidé de mettre l’économie malienne à l’école japonaise.

« Longtemps perçue comme une terre sans intérêt, le continent africain fait aujourd’hui figure de priorité pour les Etats-Unis qui y voient un moyen de remporter les trois batailles auxquelles la première puissance mondiale est confrontée : bataille contre l’expansion islamique, contre l’impérialisme chinois et pour la maîtrise des ressources pétrolières » , écrivait récemment Kashkazi, un mensuel comorien. « Cette stratégie implique, pour les Etats-Unis, une présence militaire accrue afin d’assurer la sécurité des sociétés américaines ». Une donne qui n’est pas étrangère à l’unification du commandement des forces américaines intervenant sur le continent à travers Unicom.

Si l’Afrique suscite tant de convoitises, c’est que les autres continents ont plus que jamais besoin d’elle. Et c’est l’occasion pour elle d’en tirer le meilleur profit et de jeter les bases de son décollage en militant pour un transfert de technologies et de compétences.

Malheureusement, l’exploitation des potentialités économiques du continent a toujours profité à une minorité au détriment du développement de nos pays. La démocratie n’y a presque rien changé.

Moussa Bolly

1er novembre 2007.