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Nous nous en doutions : le sommet de l’Union africaine qui vient de se tenir en Egypte nous l’a confirmé.
Nous le craignions, les troubles du Kenya, du Zimbabwe ou encore certains événements (tripatouillages électoraux, marginalisation des esprits créatifs, abus en toutes sortes, corruption, népotisme, etc) survenus plus près de nous l’illustrent plus que jamais !

Notre espoir d’une Afrique débout, présent depuis les années 1960, s’effiloche de jour en jour et risque de flétrir à jamais en raison non pas de notre pauvreté, mais de notre mauvaise gouvernance, notre faible capacité à nous affranchir de nous-mêmes, de nos mauvaises habitudes, de notre inorganisation, de notre manque de solidarité… bref de notre mauvaise « façon de faire » de tous les jours.

Ces mots, nous les avons souvent entendus. Hélas ! trop entendu. Et pourtant il nous faut encore nous préparer à les entendre encore et encore car ceux qui sont chargés de les effacer font tout pour qu’ils demeurent, comme si ça ne les gênait pas. Eux chargés de nous diriger, de nos guider, de nous orienter. Eux chargés de conduire la destinée de leurs semblables. Eux n’agissent que pour mieux nous humilier encore. Que faut-il faire ?

On a souvent parlé de démocratie, de pluralisme politique, de liberté. Oui ! On a aussi évoqué la bonne gouvernance, le libéralisme économique, l’ouverture au marché. Sans doute ! On a enfin évoqué la reforme de l’Etat, le renouveau de l’action publique et la modernité des services publics. Evidemment.

On a toutefois peu évoqué l’homme ou la femme chargé de conduire ses sembles, le leader. Or, si on regarde tout ce qui précède, la place du leader est centrale et primordiale. Il est la clé de voûte. Il serait peut-être temps de regarder également de son côté. La promotion d’un leadership constructif est peut-être aujourd’hui la première tâche à laquelle on doit s’atteler pour assurer un nième renouveau continental !

Nos pays, plus que tout autre groupement d’humains, sanctifient le leader, font sa promotion et lui procurent un rôle primordial dans la conduite des nations. Cela s’explique par notre histoire dans laquelle les noms des leaders émergent plus que leurs œuvres. Notre histoire qui se caractérise par une faible institutionnalisation, une construction étatique fragile et éphémère, un processus de vécu collectif et d’organisation humaine entravé par les traites et la colonisation.

Nous n’avons pas hérité d’Etat sinon importé et imposé. Il nous reste à nous approprier de nous-mêmes à travers nos leaders, nos élites. Pour que ceux-ci nous guident et nous aident vers de nouveaux rivages ! Privilégions les hommes comme on l’a toujours fait, non pas de manière stérile et vaine mais de sorte à permettre aux meilleurs d’entre nous de nous aider à nous organiser. Ces organisations et ces regroupements qui nous permettront ensuite de dépasser l’individu et de croire au collectif.

En Afrique et au Mali, l’homme est encore providentiel. Jouons donc ce jeu et faisons en sorte qu’il soit vraiment providentiel, pas de manière fini (après moi le déluge), mais qu’il le soit afin que dans les années à venir l’homme providentiel n’existe plus ! Que l’homme providentiel nous aide à dépasser l’homme providentiel ! Que l’homme providentiel nous aide à tuer le mythe de « l’homme providentiel ».

Il faut un nouveau leadership, familial, communautaire, local, régional, national et africain pour que nos pays franchissent le pas du tribalisme, du repli identitaire, de l’intégrisme religieux comme refuge, de l’égoïsme, des dépravations et autres prévarications et de toutes les formes d’atteinte au « vivre ensemble ». Ce nouveau leadership repose sur le leader. Il repose aussi sur le soutien que les pouvoirs publics pourront lui apporter.

Leadership d’accord, mais leader d’abord

Etre un leader aujourd’hui dans nos pays relève d’une action de construction. Cela ne doit pas relever du hasard, de liens familiaux ou de proximité avec un pouvoir. Etre leader doit relever d’un parcours. Autrement dit, on est et on porte le leadership. On n’en hérite pas ou on ne nous le transmet pas !

Le leader doit avoir des qualités intrinsèques et en quantités suffisantes. Chaque groupement, chaque communauté, chaque ville et chaque pays doivent en avoir conscience et s’organiser pour que cela soit !

Le leader est moral et conscient. Il respecte les règles propres à sa communauté, à sa famille, à son pays, à sa religion. Le leader n’engage pas d’acte répréhensible ni d’action qui jure d’avec la conscience. Le leader est le premier promoteur et le premier protecteur des bonnes mœurs.

Le leader s’organise et organise les siens contre toute forme de dépravation des mœurs et toutes les pratiques déviantes et malsaines. Le leader soutient les valeurs familiales, protège les plus faibles comme les enfants, soutient la morale et toutes les formes de renforcement de la conscience (éducation civique et morale, éducation religieuse…)

Le leader est intellectuel. Non pas un diplômé d’enseignement supérieur mais une personne qui recourre à son intelligence et à son savoir pour améliorer le sort du plus grand nombre !
L’intellectuel est celui qui est en veille permanente, à l’affût de toutes les idées pouvant être mises en œuvre pour agir de manière concrète sur la vie des personnes.

L’intellectuel écrit, propose, présente, débat, discute, échange, contredit, enrichit les idées, contribue moralement ou physiquement à faire avancer les choses à tous les niveaux (dans la famille, dans la communauté, dans la ville, dans le pays, sur le continent et dans le monde). Un leader est aussi et surtout un intellectuel.

Le leader est compétent et soutient l’excellence. Le leader exerce un métier, fait des études pour ce faire ou apprend ce métier, l’exerce pour pouvoir produire et générer des revenus lui permettant de se prendre en charge et de prendre en charge ceux de sa famille qu’il doit ou peut supporter. Il exerce un métier qui doit également lui permettre de contribuer à la richesse nationale par ses impôts et taxes, des dons et autres moyens qu’il met à disposition des citoyens…

Il s’emploie pour être le meilleur dans l’exercice de ce métier, il s’emploie pour qu’en apprenant (élève, étudiant, stagiaires, apprentis…) il soit toujours le meilleur car c’est le meilleur qui produit le mieux et c’est le meilleur qui gagne le plus pour faire gagner le plus à la collectivité. Il fait partager cet esprit par sa famille, ses proches, sa communauté, son pays et ailleurs. Le leader se bat contre la médiocrité et soutient dans toutes ses initiatives le principe de « l‘homme qu’il faut à la place qu’il faut ».

Le leader est constamment engagé. Le leader est en action pour le bien-être collectif, il s’informe et est informé, se forme en permanence pour maîtriser les sujets ayant trait à la vie collective, s’emploie à connaître les sujets d’intérêt communautaire, communal, local, national pour mieux s’organiser à y contribuer.

Le leader s’engage dans les organisations de quartier ou de village (pour le bien-être, soutien aux démunis, religieuses, scolaires…), les organisations de plus grande ampleur (à l’échelle de la ville ou du pays) et qui permettront simplement de faire avancer les choses. Il n’hésitera pas à fournir des ressources à ces organisations car de l’amélioration des conditions de vie de la masse dépendent son propre progrès et celui de sa famille et de sa communauté.

Le Leadership se soutient aussi

Le leader soutient la communauté. Au sein de son voisinage et dans son espace de vie, le leader donne des conseils, intervient pour aider, accompagner, guider, s’implique dans les questions d’ordre social, est solidaire avec les plus démunis et s’emploie à maintenir des activités et une énergie créatrice de richesse dans la communauté.

Le leader respecte le bien public et le fait respecter. Cela à tous les niveaux, que le bien public soit d’ordre local ou national, il est sacré car il est le symbole des efforts de tous pour que la vie collective se passe mieux ou il est légué par la patrie pour être utilisé dans l’intérêt du plus grand nombre ; en cela il est inviolable et ne doit en aucune manière être mis au profit d’un individu.

Le leader se sacrifie pour la masse (sur le plan communautaire, local, régional, national ou international). Il est humaniste et soutient le genre humain qu’il place forcément au-dessus de sa personne. Dans tous ses actes, il sacralise le bien public et s’emploie à donner l’exemple afin que d’autres puissent le suivre et engager ainsi un effet d’entraînement salvateur pour la collectivité.

Le leader est celui qui contraindra son intérêt personnel pour l’intérêt collectif, il est celui qui n’hésitera pas à abandonner une responsabilité, un poste donné si l’intérêt collectif le demandait.

Le leader est équitable dans ses jugements et n’est mu que par l’intérêt collectif au nom de qui les jugements doivent être rendus et les décisions prises. Dans ses actions de tous les jours, dans ses décisions, le leader privilégie la compétence, l’impartialité, la vision de l’intérêt public. Le leader s’emploie à ce que la construction collective, l’édifice public qu’est l’Etat (depuis le pas de porte familial jusqu’au niveau suprême) soit toujours prioritaire et transcende nettement sa personne et la personne de n’importe quel citoyen.

Il s’emploiera à ce que cet édifice public ne soit tributaire d’aucune personne ni d’aucun groupe de personnes. Il se battra pour que cet édifice public soit équitable et juste, seuls gages de son acceptation par la population. Il s’organisera pour que l’Etat soit impersonnel, bâti sur des institutions crédibles et durables, servi par des citoyens honnêtes et compétents, organisé pour servir et protéger, disposé à soutenir les entreprenants et n’oubliant aucun citoyen.

Le leader garantira la forme démocratique de cet Etat au sein duquel la liberté et la responsabilité seront associées. Il soutiendra toute initiative allant dans ce sens même si celles-ci devaient remettre en cause ses responsabilités ou son pouvoir.

Il en est par exemple du politique qui va s’employer à rendre un processus électoral transparent même ce processus devait l’emporter ! Il privilégiera l’intérêt public issu de la promotion d’une responsabilité légitime à l’intérêt égoïste de la promotion d’une responsabilité illégitime !

De la case au palais, le parcours d’un leader est ainsi ponctué de sacrifice, de privation et d’exemplarité. Si ce responsable parvient à exercer une charge, qu’elle soit locale ou internationale, il ne sera pas ce qu’on voit tous les jours sur nos écrans ! Non pas parce qu’il aurait des dons particuliers mais simplement parce qu’il aurait eu un vécu de leader et qu’une charge serait naturellement une occasion supplémentaire d’illustrer ce qu’il a déjà démontré. Sachons être des leaders ! Sachons choisir des leaders ! Sachons soutenir des leaders !

Les gouvernants quels qu’ils soient doivent s’employer à faire émerger des leaders et cela dans tous les domaines : politiques, économiques, sociaux. Il en va de leur sécurité et de la prospérité de ceux qu’ils ont la charge de guider. L’Etat lui-même doit être configuré pour la promotion du leadership. Cela doit pénétrer dans les familles, être enseigné à l’école, faire l’objet de débats publics, être soutenu par les organisations de la société civile.

La morale, la conscience, la compétence, l’engagement citoyen doivent être associés et faire l’objet de promotion à tous les niveaux. Les attributions de responsabilité doivent être transparentes et équitables et être organisées dans un grand souci d’alternance et de mouvement.

L’Etat doit être organisé pour que les hommes passent mais que l’organisation reste et continue, ceci atténuera l’impact des responsables et contribuera à édifier davantage les services et les institutions ; ceci limitera le concept « d’homme providentiel » qui grâce, à l’apport de tous, cédera la place au concept de « l’Etat providence ».

En soutenant massivement et ouvertement le leadership, au jour le jour, chacun d’entre nous accompagnera ou induira les efforts des pouvoirs publics pour que les hommes ou les femmes méritants nous dirigent. Qu’ils gouvernent nos entreprises et nos services publics, qu’ils managent nos collectivités, qu’ils prennent possession de nos ministères et de nos palais afin qu’un jour, en Afrique, on puisse être fiers de nos représentants.

Qu’un jour, nous ne soyons plus les témoins malheureux de spectacles d’un autre temps où les perdants, les mauvais, les médiocres, continuent de nous narguer, fiers de leur médiocrité et de leur malhonnêteté.

Ce jour-là et seulement ce jour-là, pourra commencer enfin le compte à rebours inéluctable vers la réalisation des rêves de bien être, de quiétude, d’union et de fierté de centaines de millions d’africains !!!

Moussa Mara

(expert-comptable)

www.moussamara.com

mara@diarrasec.com

15 Juillet 2008