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Les pourparlers sur l’emplacement du quartier général du nouveau Commandement unifié des États-Unis pour l’Afrique sont avancés. Dans la plus grande discrétion, des chefs d’Etat ont été mis à contribution. Si certains n’ont pas manqué de manifester leur hostilité, d’autres – et pas des moindres- hésitent encore à éconduire le géant américain. Mais, en réalité, qu’est-ce qui fait tant courir le pays de l’Oncle Sam, dans ce regain subit d’intérêt pour l’Afrique ? Réponse.

«L’importance de l’Afrique est la raison pour laquelle nous créons ce commandement unifié », a déclaré à la presse, le 9 février 2007, la vice-ministre adjointe de la défense chargée des affaires africaines, Mme Theresa Whelan. L’Africom, a-t-elle précisé, facilitera les relations entre l’armée des États-Unis et les armées des pays africains et il permettra de coordonner davantage l’action du ministère de la défense avec celle des autres organismes des États-Unis et des organismes internationaux qui œuvrent en Afrique.

L’Africom sera responsable de l’ensemble du continent africain à l’exception de l’Égypte qui reste sous le Commandement central. Il englobera également les îles du Cap-Vert, la Guinée équatoriale et Sao Tomé-et-Principe, ainsi que les îles des Comores, de Madagascar, de Maurice et des Seychelles dans l’océan Indien.

À l’opposé des autres centres de commandement des États-Unis, l’Africom ne serait pas doté d’un siège unique dans un pays africain donné. Son personnel serait réparti dans diverses villes de l’Afrique et il ne serait pas destiné à faire la guerre.
Aucune nouvelle base ne sera créée dans le continent africain et aucun nouveau contingent de soldats américains n’y sera envoyé lorsque ce centre entrera en activité avant la fin de 2008.

C’est le 6 février 2007 que le gouvernement Bush a annoncé son intention de mettre en place l’Africom. Toutefois, cette idée a germé pendant des décennies et elle n’est pas une réaction à de récents événements politiques ou militaires, ont souligné de hauts responsables.

Est-ce alors une extension des opérations militaires antiterroristes, Mme Whelan a répondu : « Ce n’est pas du tout l’objectif de ce commandement. Il ne s’agit pas de pourchasser les terroristes en Afrique… Ce n’est pas une course pour le continent », avant d’ajouter que la création de l’Africom n’est pas non plus une réaction aux récents événements militaires survenus en Somalie.

L’Africom, selon elle, a un objectif beaucoup plus vaste que la recherche de militants dans des zones hors la loi ou non gouvernées. C’est clair dans la tête et les mots de la chargée des affaires africaines : « Il ne s’agit pas de pourchasser les terroristes en Afrique. »

Selon les informations distillées par les services d’information américains, Africom est l’un de ces commandements régionaux du ministère de la défense jouent essentiellement un rôle diplomatique. Ils sont le résultat de l’influence croissante des États-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

S’ils sont organisés par l’armée, les commandements sont souvent un point de ralliement pour l’ensemble des activités du gouvernement des États-Unis dans une zone géographique. À l’heure actuelle, le ministère de la défense coordonne ses affaires militaires dans le monde par l’intermédiaire de cinq commandements régionaux : le Commandement Nord et le Commandement Sud pour l’Amérique du Nord et du Sud, plus les Antilles ; le Commandement central pour le Moyen-Orient, certaines régions de l’Asie centrale et la Corne de l’Afrique ; le Commandement européen pour l’Europe et une grande partie de l’Afrique subsaharienne ; et le Commandement pacifique pour l’Asie de l’Est et l’océan Indien, y compris les îles de l’océan Indien situées au large des côtes de l’Afrique de l’Est.

En réalité, au niveau de l’Administration américaine, la création de l’Africom est le fruit d’un processus qui obéit à des raisons stratégiques. Depuis 1983, les planificateurs stratégiques des États-Unis ont placé la majeure partie du continent sous la responsabilité du Commandement européen parce que la majorité des pays africains étaient d’anciennes colonies européennes ayant conservé des liens politiques et culturels avec l’Europe.

C’est depuis le milieu des années 1990 que les spécialistes régionaux du ministère de la défense réclament la création d’un commandement africain. Le général James Jones, qui a dirigé le Commandement européen de 2003 à 2006, n’a cessé de souligner pendant cette période l’importance d’une action coordonnée du gouvernement des États-Unis en Afrique subsaharienne afin de maintenir le calme dans les régions non gouvernées et de promouvoir les mesures en faveur du développement et de la santé publique.

L’amiral Robert Moeller est à la tête de l’équipe de transition de l’Africom à Stuttgart (Allemagne), où se trouve le quartier général du Commandement européen des États-Unis.
Son équipe a rédigé un projet de déclaration de mission qui met l’accent sur la coopération avec les pays africains afin d’y encourager la stabilité et de les aider à prévenir les conflits. Ce projet de déclaration de mission indique notamment : « Le Commandement des États-Unis pour l’Afrique vise à promouvoir les objectifs des États-Unis en matière de sécurité par la coopération avec les États africains et les organisations régionales afin d’aider à renforcer la stabilité et la sécurité dans cette zone. ».

Lors de la conférence de presse qu’il a donnée le 9 février au Centre de la presse étrangère, l’amiral Moeller a déclaré que les activités de l’Africom comprendraient notamment : la création de partenariats, l’appui aux organismes publics des États-Unis, la coopération régionale en matière de sécurité, le renforcement des capacités de lutte antiterroriste des pays partenaires ; l’augmentation de l’aide humanitaire et de l’aide aux sinistrés, la promotion du respect des droits de l’homme, le soutien aux organisations régionales africaines, enfin, si besoin est, la conduite d’opérations militaires. « Tout cela a déjà lieu aujourd’hui », a précisé l’amiral Moeller. « Toutefois, a-t-il ajouté, nous pensons que nous serons en mesure de mener toutes ces activités encore plus efficacement » en créant un commandement portant uniquement sur l’Afrique.


Les vraies raisons

L’AFRICOM sera responsable de l’ensemble du continent africain à l’exception de l’Égypte qui reste sous le Commandement central. Il englobera également les îles du Cap-Vert, la Guinée équatoriale et Sao Tomé et Principe, ainsi que les îles des Comores, de Madagascar, de Maurice et des Seychelles dans l’océan Indien. Une véritable mise sous tutelle du continent et gare au Chef d’Etat qui refuserait de se soumettre au diktat Yankee une fois la toile américaine tissée sur l’ensemble du continent.

L’équipe de transition pour le futur commandement a pour le moment son quartier général à Stuttgart en Allemagne, siège du Commandement européen des forces armées américaines .
Le département de la défense souhaiterait cependant qu’il soit par la suite transféré dans un pays africain. Les tractations vont bon train et dans les prochains mois sera connu le pays qui aura l’outrecuidance de porter cette responsabilité historique et lourde de conséquences.

Voilà pour la version officielle américaine, avec des arguments qui ne résistent pas à l’analyse car les vraies raisons de ce souci de mise sous tutelle du continent par les Etats-Unis se situeraient ailleurs. Annonçant la nouvelle, les médias français ont commenté la motivation de l’état-major américain en invoquant dans l’ordre trois motivations.

D’abord a été mise en avant la guerre contre le terrorisme, avec en principale ligne de mire la corne de l’Afrique redevenue un foyer résurgent des milices potentiellement liées à la nébuleuse Al-Qaïda, telle Midowga Maxkamadaha Islaamiga (alors qu’antérieurement aux attentats du 11 septembre 2001 ces milices en avaient été chassées pour l’Afghanistan). Sans compter l’apparition d’un lien supposé avec le terrorisme islamiste au Maghreb, par le rattachement à la nébuleuse Al Qaïda des groupes salafistes opérant au Maghreb – annonce faite en septembre 2006.

Un prétexte qui cache mal la géopolitique du pétrole, pour sécuriser les approvisionnements américains par le Golfe de Guinée afin d’amoindrir la dépendance aux réserves du Moyen-Orient; la compétition économique, visant à contrer, par un pré positionnement militaire des Etats-Unis, la montée en puissance de la République populaire de Chine sur le continent africain (perceptible à compter de 2004).

En effet, l’Afrique est devenue très stratégique pour les Etats-Unis. D’abord, c’est le deuxième continent le plus peuplé de la planète, ensuite c’est un continent qui échange de plus en plus avec les Etats-Unis, notamment ses ressources naturelles. Face à l’Europe qui se barricade et à la Chine qui veut tout rafler sur son passage, les USA ont réellement besoin de sécuriser leurs approvisionnements, tout en étendant leur zone d’influence stratégique.

C’est le moment pour l’Afrique de hâter son processus de construction unitaire, notamment la phase pratique d’une véritable unité africaine pour faire front à la tentative de recolonisation de l’Afrique dont l’Africom en constitue une des expressions de la phase moderne.

Aussi, le continent court un gros risque en recevant sur son sol ce commandement. Et pour cause : l’Afrique sera dans la mire de tous les groupes anti-américains dont les actions pourront s’intensifier dans notre continent.

Amadou Bamba Niang

19 novembre 2007.