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Autant les Maliens ont été surpris de l’appel de Dramane Dembélé, candidat du Pasj à la présidentielle, à voter le candidat IBK au second tour de la présidentielle, autant ils l’ont été d’entendre le président intérimaire de l’Adema, le Pr. Tiémoko Sangaré, affirmer entre les deux tours des législatives que son parti a décidé, de façon unanime, de soutenir les actions du président Ibrahim Boubacar Kéita.

La surprise tient du fait que l’appel du candidat Dramane Salif Dembélé a failli dégénérer en conflit larvé au sein de cette formation politique, dont les quelques responsables encore regardant de l’éthique et de la morale politique à l’époque, n’ont pas hésité à rappeler l’inexpérimenté candidat et sa tendance au respect des engagements pris dans le cadre du Front Uni pour la Sauvegarde de la Démocratie et la République (Fdr). La constance de recadrage était que l’Adema était membre du Fdr et qu’il le restait suivant la logique des engagements pris. Et la logique des engagements pris à ce niveau était que le parti aille dans l’opposition. Une éventualité annoncée par le premier président intérimaire, le camarade Iba N’Diaye, bien avant la tenue du premier tour de la présidentielle, lors de la conférence nationale de la Cnas-Faso Hèrè de Soumana Sako.

Qu’est-ce qui a donc amené l’actuel président intérimaire du parti, le Pr. Tiémoko Sangaré, à prendre la responsabilité sur lui d’engager le Pasj dans le soutien aux actions du président Ibrahim Boubacar Kéita ? Pour comprendre les contours de cette question, il va falloir mettre les choses dans leur contexte. Le premier est que le parti Adema, qui n’a jamais expérimenté la vie dans l’opposition, a une peur bleue face à cette expérience. Le second est que le président actuel du pasj, qui n’est autre qu’un pivot de la tendance de Dramane Dembélé, a attendu l’occasion du 1er tour des législatives pour jauger les forces actuelles de l’Adema, avant de foncer dans la direction du vent, comme il est de coutume dans ce parti.

Ayant perçu que son parti ne saurait se prévaloir d’un nombre élevé de députés que le Rpm d’IBK, car une telle éventualité lui aurait permis d’imposer un soutien conditionnel au président de la République, le Pr. Tiémoko Sangaré s’est donc vu obliger de jouer son va-tout. Une ultime opération de charme envers le président Ibrahim Boubacar Kéita qui, si ça marchait, aurait le double avantage de permettre et à l’Adema et aux responsables et cadres de ce parti de rester dans la sphère étatique. Des responsables et cadres de l’Adéma trempés dans de sales affaires de se la couler douce sous le soleil de l’impunité. Or, le tout dernier discours d’Ibk sur la thématique “corruption impunité”, qui remonte au dimanche dernier, tranche mal, sinon très mal avec ce dessein inavoué des actuels barons de l’Adema. En effet, pour le président IBK, mêmes les siens ne sauraient s’estimer intouchables ou espérer se soustraire de la justice, si celle-ci venait d’en exprimer le besoin, à fortiori un quidam de n’importe quel bord politique qu’il soit. De quoi désenchanter les illusionnistes du Pasj ?

En tout cas, selon certaines indiscrétions, l’interpellation des politiques,
trainant de casseroles, pourrait bien commencer par le candidat malheureux de l’Adema à la présidentielle et aux législatives à Ségou, en l’occurrence Dramane Dembélé. De deux choses l’une donc pour l’Adema-Pasj : soit il va dans l’opposition de son plein gré, soit il sera contraint d’y aller ! Attendons juste que la série des interpellations commence… Et elle commencera, la « tolérance zéro » contre l’impunité promis par le président IBK en fait foi ! La câlinerie tant souhaitée par les barons de l’Adema ne saurait donc prospérer !

Assane SY DOLO

Le Soir de Bamako du 18 Décembre 2013