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L’Adéma-PASJ pourrait ne pas sortir indemne de son processus de réfondation, pour les uns, ou de restructuration, pour les autres, en prélude à la reconquête annoncée du pouvoir en 2012 et l’affrontement de ses chefs. Puisque plusieurs têtes ont chacune formé déjà leur clan et sont prêtes à se disputer le leadership en querelle rangée.

Jamais congrès de l’ancien parti au pouvoir de 1992 à 2002 ne s’est annoncé aussi houleux que celui qui doit se tenir à Bamako en Octobre prochain. Les forces en présence.

Le PASJ est en route pour son congrès d’Octobre 2008. De la victoire aux municipales de 2009 et aux élections générales de 2012 dépendra, en partie, la bonne réussite des ces assises. Car, avec les adhésions massives et les fusions avec d’autres partis, il n’y a pas de raison que les adémistes échouent à un scrutin.

Et pourtant, à la veille du congrès, la peur s’empare de la Ruche. Des courants divergents sont en train de se battre, qui pour figurer dans le nouveau Comité Exécutif, qui pour positionner leurs candidats pour 2012. Et ceux sont intéressés par 2009 ont l’air de rester à ce duel qui passe par le contrôle du futur Comité Exécutif. C’est ainsi qu’on parle déjà de l’existence de plus de trois clans qui ne sont pas à confondre avec des tendances

Iba-Dioncounda : ton pied mon pied

D’abord, le clan Dioncounda Traoré, en sa qualité de président du parti, tentera de rempiler à la tête du CE lors du congrès à venir. Puisqu’il nourrit de fortes ambitions pour le Palais présidentiel. D’ailleurs, certains pensent qu’il se croit déjà à Koulouba. Ce ne sont pas ses partisans qui soutiendraient le contraire, eux qui croient aussi que leur idole sera la surprise de 2012.

En tout cas, des analystes s’accordent à dire qu’avec le poste de président de l’Assemblée nationale qu’il occupe, Dioncounda Traoré a changé. Comme si la moutarde du pouvoir lui montait au nez.

On parie sur une éventuelle adhésion du ministre de l’Agriculture, Tiémoko Sangaré, à la cause de Dioncounda Traoré. Du coup, le Secrétaire Général Adjoint se trouverait dans le collimateur d’autres qui n’ont pas le même agenda que le président du parti. En serait-il le cas pour Iba N’Diaye et Sékou Diakité?

Ensuite, le ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, Iba N’Diaye, aurait lui aussi son clan. Mais il semble rouler d’abord pour lui-même en ambitionnant de devenir président du parti, en lieu et place de Dioncounda Traoré.

Ce n’est donc pas fortuit s’il a quitté la Commune VI du District pour Kayes. Afin d’éviter les possibles écueils par rapport à son arrivée dans les structures de la Cité des Rails, Iba a dû laisser la ville de Kayes, en allant se faire enregistrer dans les comité et sous-section d’un village en vue de venir à la section comme délégué.

Cependant, son changement de base politique semble buter sur la volonté d’autres barons locaux qui n’entendent pas se laisser déboulonner. Ceux-ci pensent que c’est parce qu’il a eu des problèmes dans la capitale, c’est pourquoi il s’est rappelé politiquement qu’il est de Kayes.

Son cas est différent de celui d’autres qui ont été appelés par leurs localités elles-mêmes. C’est dire qu’il trouverait sur son chemin le questeur de l’Assemblée nationale, Mahamadou Cissé dit “Bagagnoa” et d’autres caciques de la section et de la coordination régionale de Kayes qui ont mené toutes les étapes du combat politique aux côtés des militants de leurs localités respectives.

Pis, les différentes tentatives de Iba de placer ses pions à la tête de certaines structures se soldent, pour l’instant, par des échecs. Mais qu’à cela ne tienne, on le soupçonne de se livrer à un jeu consistant à obtenir l’adhésion à l’Adéma du Premier ministre Modibo Sidibé afin de le faire candidat en 2012. Vrai ou faux ?


Sékou Diakité au secours ?

Dans la Ruche, les langues se délient pour expliquer que d’autres cadres et barons seraient également favorables à la carte Modibo Sidibé. C’est ainsi qu’on cite, à tort ou à raison, le ministre du Développement Social et des Personnes Agées. Pourtant, on dit que Sékou Diakité doit personnellement sa nomination à Dioncounda Traoré qui l’aurait proposé parmi ses préférences, sur les 17 C.V. de ministrables Adéma.

Par ailleurs, le porte-parole du Comité Exécutif (CE) ambitionnerait même de chasser du poste de Secrétaire Général du parti, Marimantia DIARRA, pour lui succéder. A la différence de Iba N’Diaye, Sékou Diakité n’affiche pas ouvertement ses ambitions.

Il a sa méthode à lui pour vouloir faire main basse sur certaines sections. Mais sa tactique est décriée parce que ses sbires jouent mal leur rôle. Ceci expliquerait-il toute l’agitation de son chef de cabinet, M. Dialla Dagnoko, à Kati et dans d’autres sections?

Ce qui est sûr, c’est que ce qui doit intéresser Modibo Sidibé, pour le moment, c’est l’accomplissement de la mission à lui confiée par le Président de la République, à savoir, traduire en acte concret le Programme de Développement Economique et Social (PDES). De l’avis de nombreux observateurs, la réélection du Président sortant, dès le premier tour, en 2007, est un choix éclairé, étant donné qu’il a de loin présenté le meilleur projet de société.

C’est dire que les promesses de futurs projets politiques présentent le risque de tromper un chef du gouvernement. Aussi, si un Premier ministre ne pense pas que son avenir passe par sa loyauté envers le Président de la République, son gouvernement ne chute-t-il pas ?

Dans tout cela, de quel côté placerait-t-on le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement? La question mérite d’être posée, si l’on sait que jusqu’à preuve du contraire, M. Agatham Ag Alassane est membre de la commission centrale de discipline de l’Adéma-PASJ. Même s’il aurait cessé de mettre les pieds au siège du parti depuis sa nomination au gouvernement.

Possible jonction Boubeye-Clan CMDT

On parle également du clan Soumeylou Boubeye Maïga. Le 1er vice-président du CE avait été exclu de la Ruche pour avoir refusé la décision du parti de transformer son soutien politique en soutien électoral à ATT, candidat à sa propre succession. Il avait donc créé Convergence 2007 pour se présenter à la présidentielle. Après les élections, il vient d’être réintégré.

Son retour a fait l’objet d’une polémique. Pour les uns, il est réintégré, tout comme les autres exclus, sans être réhabilité. Pour d’autres, avec son retour, il récupère ses places au sein du parti. Avec la façon dont les renouvellements sont intervenus en Commune III, ce débat est presque clos.

A moins que d’autres veuillent y revenir lors du congrès pour régler des comptes. Mais le problème qui avait motivé son exclusion reste toujours entier. Car le Comité Exécutif s’était abstenu, avec l’approbation du peuple Adéma, de présenter un candidat interne pour éviter la cassure. Pourtant, c’est cette cassure qui est redoutée aujourd’hui dans la Ruche, plus qu’en 2007.

En outre, les observateurs seraient curieux de savoir si le fameux clan CMDT aurait son mot à dire dans la guerre de succession en cours. Aussi est-il nommé parce que la Compagnie Malienne du Développement des Textiles a fourni des cadres au gouvernement, tant à l’époque du parti unique que depuis l’avènement de la démocratie.

Avec les différentes cassures à l’Adéma, les membres du clan se sont dispersés, même si, lors du dernier réveillon, ils se sont retrouvés à Faladié-SEMA chez la veuve de feu Boubacar Sada Sy. A entendre des témoins, la plupart des personnes considérées comme étant des têtes de file du clan CMDT étaient de la fête.

C’est le cas de Soumaïla Cissé, parti à l’URD, d’Ousmane Sy qui a quitté la section Adéma de la Commune V du District pour militer à Bandiagara. Depuis sa démission de son poste de Secrétaire Générale adjointe du CE, son épouse Kadiatou Sow s’est effacée de la scène politique.

Etant aujourd’hui le seul porte-étendard du clan dans la Ruche, Ousmane Sy, à défaut de la présidence du parti, tentera-t-il de briguer l’investiture de l’Adéma en 2012 ? Cette question mérite d’être posée, quand on sait que certains verraient en lui un bon cheval pour l’Adéma.

Dans le cas contraire, les héritiers de feu Bouba Sy jetteraient-ils leur dévolu sur Soumeylou, considéré comme étant un affilié au clan CMDT, afin de faire cause commune, ne serait-ce que par l’argumentaire du PMT? Boubeye et le clan CMDT pourraient-ils compter sur l’appui de l’ancien Président de la République? Aussi, l’ancien patron de la Sécurité d’Etat n’a-t-il dit : “Alpha et moi, nous nous projettons dans l’avenir” ?


Les proches de Konaré courtisés ?

Le clan Konaré, constitué par les proches fidèles de l’ancien Président de la République du Mali et de la Commission de l’Union Africaine n’a toujours pas dit son dernier mot. Pour secouer le cocotier, des partisans d’Alpha avaient initié, courant 2006, avec d’autres acteurs politiques, l’Association pour la Démocratie et la Justice (ADJ), afin de lancer un “Manifeste pour la Démocratie” contre le régime ATT.

Pis, par la suite, ces manifestants pour la démocratie ont fondé,avec la Convergence 2007 de Boubeye et des partis politiques considérés comme étant “les mécontents, les déçus et aigris de la République”, le Front pour la Démocratie et la République (FDR).

Objectif : réaliser l’alternance politique en 2007, tout en chassant du pouvoir ATT soutenu par 43 partis membres de l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) -dont l’Adéma-PASJ- et une kyrielle d’associations.

Contrairement aux initiateurs de Convergence 2007, aucun des frondeurs de l’ADJ n’a reçu de sanction de la part de l’Adéma. Est-ce parce qu’ils seraient proches d’Alpha? Si oui, et Soumeylou alors…?

Aujourd’hui, les manifestants pour la démocratie participent aux renouvellements en cours des organes des structures du parti. Certains parmi eux parviennent, non sans difficulté, à se faire réélire, élire dans les structures du parti à la base.

Quoiqu’on dise, avec le retour d’Alpha au Mali, après son unique mandat à la tête de la Commission de l’U.A., il va sans dire que ses proches seront courtisés par chacun des autres clans, appelés qu’ils sont à être de bons alliés, à l’ouverture des hostilités.

Les divergences de vue sont déjà visibles, en cette veille de congrès ordinaire. Or les amis de Konaré disent à qui veut les entendre que leur idole serait dans une dynamique de refondation du parti Adéma. La raison est que le PASJ aurait fini de jouer son rôle historique. Mais d’autres, qui accusent Alpha d’avoir une grande part de responsabilité dans les différentes cassures au parti, pensent plutôt qu’il faut aller vers une restructuration.

En attendant, certains pensent déjà à 2012, comme si le prochain congrès n’est pas pour eux une priorité. C’est pourquoi ils souhaitent pousser Alpha à se porter candidat.

Mais l’offre est pour l’instant déclinée par Konaré qui a déclaré sans ambages que 2012 n’est pas dans son agenda. Faut-il croire en cet homme qui reste avant tout un dribbleur et un manipulateur qui lui valent le surnom de “Maradona politique” ? Faudrait-il attendre pour savoir si l’appel du CSA (Club de Soutien à Alpha) -pour qu’il brigue un autre mandat à la tête- est suscité ou non par l’intéressé?


Des tendances aussi

En dehors de ces clans, il convient de situer dans l’Adéma la tendance menée par le Pr. Ali Nouhoum Diallo qui dirige l’aile dure du parti. Depuis son départ de la présidence du Parlement de la CEDEAO, l’ex-président de l’Assemblée nationale du Mali est plus que jamais en rébellion. Il est d’abord en rébellion contre le Président ATT, accusé de ne l’avoir pas bien aidé dans son combat à Abuja.

Ensuite contre son parti, pour avoir soutenu le Chef de l’Etat en 2007. De quel clan la tendance Ali N. Diallo serait-elle proche ? Où se situeraient donc les membres des formations politiques qui ont fait fusion avec le parti de l’Abeille? Formeraient-ils eux aussi leur camp, ou se disperseraient-ils entre les clans?

Après la tenue du 3è congrès ordinaire, les divergences ou catégorisations devraient être davantage mises à nu dans la Ruche. Dans tous les cas, pour la prochaine présidentielle, l’Adéma, tout en se gardant de “vendre la peau de l’ours avant de l’avoir abattu”, a un triple défi à relever :

Primo, désigner un compétiteur consensuel derrière lequel le peuple restera soudé.

Secundo, ce candidat du consensus doit être capable de tenir tête à de possibles prétendants sérieux comme Soumaïla Cissé, IBK, Soumana Sacko -même si certains adémistes pensent que Zorro serait un bon cheval pour leur parti- …

Tertio, la tête de ce représentant du PASJ doit mobiliser le maximun d’électeurs hors de la Ruche pour faire gagner le parti.

L’Adéma saura-t-il relever ces défis?

Oumar SIDIBE

21 Juillet 2008