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Les élections présidentielle et législatives auront lieu, en principe, en 2012. C’est le président de la République, Amadou Toumani Touré, qui l’a dit dans son traditionnel discours à la nation à l’occasion du nouvel an. Ces propos du chef de l’État sont tombés en une période de forte suspicion entretenue par une partie de la classe politique. Laquelle, on le sait, manifeste toujours des réserves quant à la bonne foi du général – président, même lorsqu’il rappelle à maintes reprises sa volonté de partir à la fin de son deuxième quinquennat.

La succession d’ATT est ouverte. Pas de doute. A l’opposé de l’Adema qui cherche à reconquérir le pouvoir, il y a les amis du président de la République, regroupés au sein du Pdes, qui comptent bien porter leurs habits de dauphin. Au Rassemblement Pour le Mali (Rpm) et à l’Union pour la République et la Démocratie (Urd), rien ne s’oppose à la candidature de l’ancien Premier ministre et président de l’Assemblée Nationale, El Hadji Boubacar Kéïta et de son jeune frère et ancien ministre des Finances, Soumaïla Cissé. Des candidats indépendants se sont déjà déclarés.

Ses succès aux dernières élections, notamment législatives et communales, font que l’Adema demeure la principale formation politique du pays. Malgré cette suprématie confortable, aujourd’hui, des nouvelles craintes sont perceptibles du fait de son incapacité à désigner un porte – étendard à la toute prochaine élection présidentielle. Même si un chronogramme a déjà été élaboré avec deux dates-clés : le 26 mars 2011 pour la désignation du candidat et le 25 mai pour son investiture. Deux dates au demeurant fort symboliques dans la vie du parti, voire de la nation entière.

En effet, certains pensent que des nuits de longs couteaux ne sont pas à exclure au sein du parti. A ceux-ci, le président de l’Adema, l’honorable Dioncounda Traoré, dont la carte se précise de jour en jour (ses partisans réunis au sein de la coordination des forces vives, un mouvement jusque-là inconnu du grand public, étaient en meeting le week-end dernier à Bougouni) se veut rassurant.  »Nous allons récupérer très bientôt Koulouba… S’il plait à Dieu, cette fois-ci, l’Adema va étonner le monde. L’Adema est un phénomène difficile à comprendre, quand les gens pensent qu’il n’y a pas de sérénité, c’est en ce moment qu’on surprend tout le monde. », a-t-il dit en décembre dernier au siège en marge d’une manifestation organisée par la section III du district de Bamako.

Quoiqu’on dise, l’Adema est  »un géant aux pieds d’argile ». Des luttes de positionnement commencent à faire des bourdonnements au cœur de la ruche. On prête l’intention au président Dioncounda Traoré, Ibrahim N’Diaye, Sékou Diakité, Soumeylou Boubèye Maïga et autres de chercher, chacun, à être candidat. Des critères élaborés excluent certains prétendants.

Et pourtant, en 2002 les exclus ont affiché une hostilité à l’endroit du candidat officiel du parti, Soumaïla Cissé. Feu Mandé Sidibé et Ahmed El Madani Diallo ont eu le courage de mener la lutte à visage découvert. Officieusement, des cadres (les 2/3 selon le général lui-même) ont détourné les militants contre Soumi Champion. S’achemine-t-on vers une reconduction probable de ce scénario ? Le temps est le meilleur juge, dit-on.

En l’état actuel des choses, toute cassure au sein de l’ancien parti profitera sans nul doute au président du Rpm, Ibrahim Boubacar Kéïta. IBK peut toujours compter des cadres de sa famille politique d’origine qui ne cachent pas leurs sympathies pour lui.

Et dans cette situation de plus en plus incertaine, de nombreux observateurs se posent la question de savoir : que peut réellement faire l’ancien président Alpha Oumar Konaré ? En plus d’être l’un des plus grands soutiens financiers du parti, l’ancien chef de l’État apparaît comme un mentor très écouté.

Mais l’homme s’est plongé dans un mutisme total et entretient un flou artistique sur ses projets futurs depuis son retour d’Addis-Abeba où il présidait aux destinées de la Commission de l’Union Africaine. Alpha au secours de Modibo Sidibé ? Rien n’est moins sûr. Même si les chances de l’actuel premier ministre de porter les couleurs de l’Adema diminuent de jour en jour, ses partisans ne perdent pas espoir. Et n’entendent surtout pas jeter l’éponge de sitôt. Attendons donc de voir !

Par Chiaka Doumbia

Le Challenger du 13 Janvier 2011.