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L’accord attendu depuis le 10 juin 2013 entre le gouvernement du Mali, le MNLA/HCUA et les groupes armés, a été signé hier à 17 h, sous la présidence du médiateur de la Cédéao, Blaise Compaoré. Ainsi prend fin le processus de négociation de Ouagadougou qui ouvre la voie à l’élection présidentielle du 28 juin à Kidal sous drapeau malien.

Avant la cérémonie officielle de signature, Tiébilé Dramé du côté gouvernemental et les désormais ex-membres du MNLA/HCUA et groupes d’autodéfense ont paraphé l’accord hier à 11 h. Ceci met fin à plus d’un an d’occupation de la ville de Kidal.

La démarche jusque-là affichée par la partie malienne est l’adoption d’un texte qui tient compte des intérêts supérieurs du pays. Tiébilé Dramé, l’émissaire du président de la République par intérim, a voulu d’une médiation la plus courte, en ce sens que l’élection du 28 juillet 2013 sur toute l’étendue du territoire national s’approche et demeure un objectif majeur.

En plus, la paix et la stabilité au nord dépendent du dénouement heureux des négociations de Ouagadougou. La médiation internationale conduite à Bamako, la semaine dernière par Yépèné Djibrill Bassolé est revenue poursuivre les négociations à Ouagadougou, sous l’œil de trois experts militaires maliens (le colonel Abdrahamane Baby de l’armée, le lieutenant colonel Amadou Konaté de la gendarmerie nationale et l’inspecteur général Mahamadou Niakaté de la police nationale) ceux de l’UE, de la Minusma et du MNLA.

La délégation gouvernementale et celle du MNLA/HCUA et de la CMFPR ont reçu le dimanche 16 juin, dans l’après-midi, la dernière mouture du projet d’accord tenant compte des dernières observations des plus hautes autorités de l’Etat. L’émissaire Tiébilé Dramé avait cru bon de formuler de nouveaux amendements et d’être reçu avec sa délégation à huis clos par la médiation internationale. Ce qui fut fait dans la soirée.

Pour le chef de la délégation malienne, cela ne signifiait en aucun cas rupture des négociations ou sabordage des efforts de la communauté internationale encore moins un signe de mécontentement visant à abandonner la voie du dialogue.

L’essentiel est sauf

L’accord, qui a déjà établi le principe de la laïcité de l’Etat, de l’intégrité territoriale et de la forme républicaine de l’Etat, autorise l’entrée immédiate de l’armée nationale à Kidal, le désarmement du MNLA (sur la base de la résolution 2100 du Conseil de sécurité de l’ONU), le cantonnement des ex-rebelles, la poursuite devant la justice de ceux soupçonnés de crimes avec la création d’une commission d’enquête indépendante.

« La suspension des poursuites judiciaires consisterait, pour l’Etat, à cultiver l’impunité et à interférer dans les affaires de la justice. Nous avons beau être à terre, nous tenons à respecter certains principes », avait fait savoir Tiébilé Dramé lundi au cours d’un point de presse. A ses dires, dans la dernière mouture soumise le dimanche et qui est proposé à la signature des différentes parties, il est plutôt question de la mise en place d’une commission d’enquête indépendante sur tous les crimes de guerre et les graves violations de droits de l’Homme commises à Aguelhok, Gao et partout au nord.

L’enlisement de la discussion diversement interprétée portait sur des modalités pratiques et des termes donnés à l’entrée de l’armée et des forces de sécurité à Kidal. La partie malienne avait rejeté le terme « rentrée progressive » au profit de « rentrée immédiate dès la signature de l’accord ». Ce qui a été accepté. « Si ce n’est pas l’interprétation faite par l’opinion publique, on peut dire que les grosses œuvres étaient terminées pour les négociations proprement dites », a dit Tiébilé Dramé pour qui ils se sont mis d’accord sur les grandes questions. « Les mots ont leur importance, je pense que dans un contexte de crise on doit être patient pour régler tout cela », a ajouté M. Dramé.

Le MNLA s’efface, vive l’armée nationale !

Avec cet accord, Tiébilé Dramé parie que le jour où l’armée rentrera à Kidal, il n’y aura pas de forces rebelles dans cette ville. Ce qui signifie, selon lui, que le début du cantonnement du MNLA va commencer avec le déplacement de l’armée à Kidal. Aux dires de l’émissaire du président Dioncounda Traoré, l’accord ne mentionne à aucun niveau la réintégration des ex-combattants, le débat n’est même pas à ce niveau. L’administration et les services sociaux de base vont également suivre l’armée à Kidal.

« Il faut que tout le monde comprenne que le gouvernement du Mali, le président de la République et le Premier ministre ont à cœur de rétablir la dignité du Mali et des Maliens, de défendre nos droits. En prélude à ces négociations, un document en 9 points avait été remis à la médiation et qui prenait en compte le caractère inclusif de ces négociations », a indiqué Tiébilé Dramé. « Nous travaillons à restaurer la stabilité au Mali, et pour cela il faut inclure tous ceux qui ont travaillé à menacer cette stabilité », a ajouté M. Dramé.

Le président Dioncounda Traoré a pesé de tout son poids dans la prise en compte des préoccupations du Mali en refusant que la première mouture du projet d’accord soit signée en l’état. Il a usé de son sens de diplomate en restant en contact téléphonique avec le président de l’Union européenne, de la France et de la Côte d’Ivoire, président en exercice de la Cédéao, sur le déroulement des négociations.

Kidal revient dans le giron malien et perd l’appellation d’Azawad.

Abdrahamane Dicko

(depuis Ouagadougou)

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Moussa Sinko au nom du Mali

Le ministre de l’Administration territoriale, le colonel Moussa Sinko Coulibaly a effectué le déplacement de Ouaga. Il a signé l’accord au nom du gouvernement. La cérémonie s’est déroulée au palais présidentiel de Kossyam où avait eu lieu la cérémonie d’ouverture. La signature s’est déroulée en deux temps, d’abord avec le gouvernement et le MNLA/HCUA ensuite avec la Coordination des mouvements et forces patriotiques de résistance (CMFPR). Le présent accord préliminaire jette les bases d’un dialogue inclusif avec tous les groupes armés du Nord.

A. D.

Les Échos du 19 Juin 2013