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Djenné est aussi la plus belle ville d’Afrique en terre battue. L’ensemble de la ville est classé patrimoine mondial par l’Unesco depuis 1988, bien avant le classement national du Mali. Son architecture, sa mosquée, sa foire hebdomadaire (lundi), etc. constituent des éléments d’une très grande valeur culturelle qui drainent des milliers de touristes. Ainsi, entre 15 000 et 20 000 touristes visitent non seulement la ville de Djenné, mais aussi des villages environnants comme Senossa (village typiquement peul) Gomitogo (village bozo)… chaque année.

Cette année, la saison touristique a été officiellement lancée sur le plan local le 24 décembre 2006 par l’Office malien du tourisme et de l’hôtellerie (Omatho). Selon son représentant, M. Koureichi, la saison touristique a démarré très en retard cette année à Djenné à cause des récents événements survenus dans la ville. Ces évènements regrettables ont créé un sentiment de peur chez les touristes.

Mais qu’à cela ne tienne ! Les visiteurs commencent à venir individuellement ou en groupe. L’activité touristique a véritablement démarré. C’est la période dite « grande saison touristique » (novembre à mars), qui dure six mois environ. Quant à la petite saison, elle commence à partir de juin et prend fin en septembre.
Si des touristes arrivent pratiquement tous les jours, c’est généralement à partir du samedi qu’il y a une forte affluence pour coïncider avec la foire hebdomadaire du lundi. Celle-ci est l’une des foires les plus fréquentées de la région de Mopti et reste traditionnelle et authentique. C’est le jour de toutes les affaires de la semaine, les écoles sont fermées et même l’administration est quelque peu paralysée.

Pilier de l’économie locale

Le tourisme est devenu aujourd’hui le pilier de l’économie locale. La mauvaise pluviométrie de ces dernières années a fait que la riziculture et la pêche sont devenues des activités de survie. Les Américains sont les plus nombreux à choisir la destination Djenné avant les Français. A Djenné, presque tous les jeunes sont des guides touristiques. Jeunes élèves ou autodidactes, ils parlent presque toutes les langues : français, anglais, allemand, espagnol, etc. Grâce à cette activité, ils arrivent non seulement à se prendre en charge mais aussi leur famille. Ce qui fait que chaque famille se sent directement concernée par l’activité touristique.

Pendant la grande saison, il y a un regain d’activités économiques dans tous les domaines. Les hôteliers sont les premiers concernés par cette activité même s’il n’y a que six hôtels pour moins de 150 lits. L’affluence est telle qu’à partir du vendredi, il n’y a plus de place disponible dans les hôtels. C’est pourquoi, il n’est pas rare de voir des touristes loger dans des familles, d’autres préférant payer une place dans la cour ou sur le toit d’un hôtel pour passer la nuit si ce n’est de reprendre la direction de Mopti ou du pays Dogon.

En l’absence totale de restaurants, ce sont les hôtels qui assurent le couvert pour les touristes. De la vendeuse de salade aux revendeurs de poulet, tout le monde y trouve son compte. Les artisans, les vendeurs de petits objets, même l’administration (avec le bac) tirent également leur épingle du jeu en cette période-là.

De nombreuses entraves

Cependant, le tourisme connaît d’énormes difficultés à Djenné. Pour M. Koureichi de l’Omatho, l’accessibilité est un sérieux problème. La ville étant une presqu’île, les touristes peuvent attendre souvent des heures avant la traversée du fleuve. Cette situation décourage certains touristes qui ont généralement un programme géré heure par heure. C’est dire qu’un pont sur le Bani à Djenné contribuerait à augmenter le nombre de touristes à destination de la « Religieuse ».

L’insalubrité légendaire de la ville ne s’améliore guère. Les déchets plastiques et les eaux usées font partie de son décor. En des endroits, l’odeur nauséabonde est telle que certains touristes ont un profond dégoût de revenir ! L’hôtel Campement intervient souvent dans ce domaine en apportant son appui aux GIE d’assainissement. Pour Yamoussa Fané, chef de la Mission culturelle de Djenné, « la propriété et l’hygiène sont essentielles dans le développement du tourisme ».

Au-delà de l’assainissement, l’entretien et la restauration des monuments aussi posent problème. Seule la Mission culturelle avec de très faibles ressources s’investit dans ce sens. A ce niveau, si rien n’est fait à court et à moyen termes, la ville de Djenné perdra tout son charme culturel et architectural. La porte de Djenné n’est toujours pas reconstruite pendant que la ville s’apprête en février à célébrer le centenaire de la mosquée de Djenné.

Quid de la taxe touristique

Autres problèmes majeurs qui affectent le tourisme à Djenné, c’est la fameuse taxe touristique. Tout touriste à l’entrée paye 1000 F CFA comme taxe. Certains touristes ne comprennent pas pourquoi on leur fait payer une telle taxe. A l’Omatho, on pense également que cette taxe ne contribue pas à la promotion du tourisme. Pourtant Yamoussa Fané trouve qu’elle est normale car elle pourrait promouvoir le tourisme si les sommes perçues sont investies dans le cadre de l’amélioration de l’environnement.

Les deux structures (Mission culturelle et l’Omatho) s’interrogent sur la destination réelle de ce fonds car la Commune, qui le perçoit, ne l’a jamais investi dans le tourisme. Quelque 15 à 20 millions CFA sont perçus par an au titre de la taxe touristique.

Le tourisme à Djenné étant culturel, il est important de diversifier le circuit avec d’autres activités comme les randonnées sur le Bani, l’organisation de spectacles traditionnels afin de meubler les soirées des milliers d’étrangers qui visitent annuellement Djenné.

Lévy Dougnon
(Radio Jamana, Djenné)

11 janv 07