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Les partis politiques, en démocratie, naissent de la volonté des hommes politiques de parvenir au pouvoir par la voie des urnes et de l’exercer dans les normes fixées par le texte fondateur de la République, c’est-à-dire la Constitution. Leur vocation première est donc la conquête et l’exercice du pouvoir politique par la mobilisation des populations ayant adhéré à leur choix de société dans les domaines de l’économie, de la santé, de l’éducation, des loisirs et des sports, etc.

Au Mali, le chemin pour parvenir au règne des partis politiques fut long puisque le pays connut d’abord un régime de parti unique de fait (1960-1968), une dictature militarisée appelée CMLN (1968-1978) et enfin un régime de parti unique constitutionnel (1974-1991).

Présentement, les partis politiques (plus de 100 disent certains) sont régis par la charte des partis, mais leur fonctionnement interne est assuré par un ensemble de textes dont les principaux sont les statuts et le règlement intérieur qui les organisent, définissent leurs grandes orientations et précisent leurs modes de financement.

Deux générations de partis se partagent la scène nationale actuellement : les partis politiques nés de la lutte pour l’indépendance (US-RDA, PSP, PAI) et les partis issus de la lutte contre la dictature et le parti unique (UDPM) et donc du Mouvement démocratique.

Mais, une tentative de restauration a permis à l’UDPM de renaître de ses cendres parce que des politiciens se réclamant de son héritage ont réussi par fanfaronnade à mettre sur pied une organisation politique semblable dénommée Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR).

Le simple fait que cette formation politique ait été portée sur les fonts baptismaux par d’anciens cadres de l’UDPM ou par leurs héritiers spirituels aurait dû inciter le Mouvement démocratique à empêcher son éclosion. Mais pour des scrupules de démocratie totale, la dictature a survécu et dispute maintenant la scène politique aux partis nés de l’opposition à l’autocratie.

Tous ces partis politiques affichent la volonté de développer le pays, estimant que peu a été fait dans ce sens de 1960 à ce jour. Pour cela, certains ont élaboré des programmes politiques, mais beaucoup d’autres aussi se contentent des déclarations d’intention. Mais même dans le camp de ceux qui se sont dotés d’un programme de gouvernement ou d’un projet de société, ces programmes et ces projets se ressemblent étrangement pour ne pas dire qu’ils se répètent ou se copient les uns et les autres, si bien qu’on se demande pourquoi tant de partis politiques.

Les 3/4 de ces partis bénéficient d’une implantation purement urbaine, c’est-à-dire qu’ils sont seulement présents à Bamako et dans quelques capitales régionales. Dans la réalité, les zones rurales les ignorent totalement alors que notre population est constituée de près de 85 % de ruraux. En dehors de l’US-RDA, qui a géré le pays de 1960 à 1968, et de l’Adéma qui l’a fait de 1992 à 2002, deux partis qui, de ce fait, ont eu le temps de s’implanter dans les campagnes, la plupart des partis de ce pays sont des partis urbains que les ruraux connaissent peu.

De plus, tous portent la marque du fondateur qui en détient les textes fondamentaux dont en premier lieu le récépissé administratif qui peut devenir un enjeu en cas de scission. Cette forte personnalisation des partis tend à les faire passer pour la propriété de leur président et c’est sur cette base que souvent les militants viennent aux partis.

D’un autre côté, les programmes (pour ceux qui en ont) sont rédigés en français, langue que la plupart des électeurs ne comprenant pas. Il revient donc aux responsables politiques d’aller vers les populations pour leur expliquer le contenu de ces documents, ce qui n’est pas souvent le cas. Les 3/4 des populations étant analphabètes, les partis échouent dans le travail d’explication des programmes parce que les cadres, même s’ils maîtrisent les langues nationales, ont la manie de ne s’exprimer qu’en français (certains par mégalomanie prétendent même ne pas les comprendre).

Il y a aussi le problème du personnel des permanences tenues par des militants dont les statuts ne sont clairement précisés. Dans certains partis (les grands comme l’Adéma qui sont bien organisés), les secrétaires permanents sont des fonctionnaires payés à la fois par l’Etat et par le parti ; dans d’autres (les moins structurés) ce sont des chômeurs, des compressés et des déflatés qui sont employés pour assurer la permanence. Le problème du salaire de ce petit personnel est un véritable casse-tête pour certains partis et généralement, ce sont les responsables politiques les plus riches qui mettent la main à la poche pour l’évacuer.

De la multitude des partis créés entre 1991 et 1992, plusieurs présentèrent un candidat à l’élection présidentielle de 1992, mais c’est l’Adéma/PASJ qui l’emporta et pendant 10 ans (1992-2002), ce parti garda le pouvoir et géra le pays avec des hauts et des bas. A l’épreuve de l’exercice du pouvoir, les partis politiques, pourtant issus du Mouvement démocratique, étalèrent leurs divisions pour des questions d’ambitions personnelles déçues, d’où les affrontements (parfois physiques) auxquels on assista entre 1992 et 1997.

La contestation du pouvoir politique issu des urnes en 1992 a caractérisé les débuts de la IIIe République et mis à nu les faiblesses des partis politiques. Si l’Adéma a réussi à se maintenir au pouvoir en 1997 dans des élections fortement contestées et même boycottées par beaucoup de partis politiques, elle se comporta autrement en 2002, remettant le pouvoir à un indépendant après 10 ans de règne. Par cet acte, elle a mis en panne le fonctionnement du jeu démocratique et empêché l’alternance de se réaliser malgré les efforts déployés dans ce sens.

De plus en plus d’ailleurs, les partis politiques délaissent leurs missions traditionnelles de conquête du pouvoir politique et de formation des militants. Ils sont dans cette voie utilisée comme un tremplin à des promotions individuelles ou collectives ou comme des bureaux de placement pour la poignée de militants très fidèles au président.

Facoh Donki Diarra

08 février 2008.