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La 6ème vice-présidente de l’Adéma-PASJ, présidente du mouvement national des femmes de ce parti et maire de la commune I du district de Bamako, Mme Konté Fatoumata Doumbia, ne passe pas par quatre chemins pour pointer un doigt accusateur sur le Premier ministre, Dr Cheick Modibo Diarra et sur le Capitaine Amadou Aya Sanogo pour complicité notoire dans l’agression du président de la transition, Pr Dioncounda Traoré. Dans une interview exclusive qu’elle nous accordée, hier lundi 25 juin 2012, cette haute responsable du Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (FDR) estime que » la base de Kati » où s’est retranchée la junte qui a renversé le président ATT doit être démantelée.

Quelle analyse faites-vous de la crise que traverse actuellement le pays ?

C’est d’abord une situation qu’il faut reconnaître très complexe. J’ai toute l’impression que les acteurs politiques que nous sommes, nous ne nous sommes pas compris. Disons que les acteurs politiques essaient de tirer le maximum de profit de cette situation, alors qu’il nous fallait être unis et solidaires.

De mon point de vue, le premier défi de tous les partis politiques c’est de conforter la démocratie pour leur intérêt collectif. Ce qui s’est passé, c’est que les uns et les autres n’ont vu que les grands partis tels que l’Adéma, l’URD, le PDES, le RPM, le CNID à accuser dans cette situation… Normalement, depuis 2007, avec le second mandat du président ATT, il y a eu un dispositif de liquidation de tous ces partis. Donc, nous devions avoir le même combat, resserrer nos rangs et renforcer notre processus démocratique, donner la même considération à ce que nous avons entamé en mars 1991. Hélas, cela n’est pas le cas.

Il faut dire que tous les partis se trompaient dans leur volonté d’accéder au pouvoir. On allait tous être désagréablement surpris après les élections. Les listes étaient gonflées, des manœuvres étaient en préparation ; les dés étaient pipés. Ce travail n’avait pas été fait dans l’intérêt des partis politiques. A un moment donné, j’étais personnellement révoltée contre ce qui se tramait. Je suis le premier maire à se plaindre auprès de la tutelle pour déplorer par exemple le travail de révision des listes électorales en saisissant aussi la DGE.

Bref, on pouvait dire que la junte est intervenue au moment opportun. Sinon au lendemain des élections, on pouvait connaître une guerre civile. Toutefois, après le coup d’Etat, j’ai dit à la junte qu’elle ne doit pas voir les partis politiques comme des ennemis et qu’il fallait que les militaires ne se fassent pas entraîner par les opportunistes. Je leur ai aussi demandé de faire tout pour libérer rapidement le nord.

Quelle est votre contribution pour la sortie de crise ?

La junte elle-même parle d’une révolution ; qu’elle ne veut pas rester au pouvoir. Or, tout le monde a compris à partir de certains faits qu’elle veut rester au pouvoir. Les militaires voulaient manifester leur ras-le-bol en marchant sur Koulouba pour faire partir le président de la République. Mais, les gens ont compris qu’il y a une main derrière ce mouvement. Nous pensons qu’ils ont déjà atteint leur objectif, faire quitter le président. Ils doivent maintenant quitter la scène socio-politique nationale. Cela dit, il faut souligner que la junte n’a pas les capacités de gouverner. Elle doit s’organiser pour faire l’évaluation de la situation. L’armée, qui a été mal gérée, où en est-on ? Et le Nord, pourquoi on attend en donnant l’impression aux populations d’être totalement abandonnées.

Nous demandons que la junte quitte totalement les affaires ; que les arrestations et les intimidations cessent. Il revient au FDR de continuer le combat pour le retour véritable à l’ordre constitutionnel, pour un réarmement suffisant des militaires pour la reconquête du Nord. Entre les militaires et nous, il n’y a pas d’adversité. Certains d’entre eux ont des parents au Comité exécutif. Il faut leur faire comprendre qu’il n’y a pas une autre alternative : la base de Kati ne doit pas continuer d’exister comme un pôle d’autorité. La junte doit partir. Nous devons mener cette lutte avec nos partenaires du FDR. Nous espérons que d’autres responsables politiques vont se joindre à nous.

A quels responsables pensez-vous ?

J’ai été très surprise par les prises de position du RPM et de son leader, IBK. J’ai voulu à un moment l’approcher pour en savoir plus. J’espère qu’IBK va se ressaisir. Normalement, les partis politiques sont en compétition saine lors des échéances électorales. Mais, quand des acteurs politiques veulent profiter des situations éphémères pour dénigrer d’autres partis, cela me surprend en tant que démocrate. Vous savez, à Ouaga, des responsables politiques et de la société civile ont dit que leur combat est de détruire l’Adéma. Je crois qu’ils se trompent de combat.

Que pensez-vous de l’agression du président Dioncounda Traoré ?

Honnêtement, j’accuse le Premier ministre, j’accuse Sanogo dans cette agression. C’est pour cela que je n’attends pas grand-chose des enquêtes dans cette affaire. On a vu la légèreté avec laquelle le Premier ministre a traité cette affaire, malgré les larmes… Parmi les manifestants qui ont agressé Dioncounda, il est établi aujourd’hui qu’il y des militaires en civil. Les manifestants, qui se sont attaqués à Dioncounda, s’étaient rendus à la primature avec un cercueil. Le Premier ministre savait qu’ils allaient chez le président. Il n’avait qu’à prendre les dispositions sécuritaires qui s’imposent…

Avez-vous des nouvelles de Dioncounda Traoré ? A quand son retour ?

Oui, elles sont rassurantes. Le moral est là même si la santé physique, à son âge (NDLR, 70 ans) nécessité toutes les analyses qu’il faut. Son retour dépendra de l’appréciation des médecins. Nous prions pour lui et sommes impatients de le voir revenir en forme occuper les fonctions qui sont les siennes à la tête du pays.

Mot de la fin ?

Dioncounda est un homme de foi, un grand croyant qui vient de pardonner à tous ses agresseurs et complices. C’est une belle leçon qu’il nous donnée à tous. Moi, personnellement, je suis touché par ce pardon surtout dans l’affaire qui m’oppose depuis le 13 avril 2011 au député Gassama. C’est une affaire qui m’a causé d’énormes préjudices et qui est devant la justice. Mais, avec le pardon du président Dioncounda Traoré, je me demande comment je peux faire pour revoir ma position. Il faut que les Maliens se pardonnent, s’acceptent, se donnent la main pour relever les défis auxquels le pays fait face.

Propos recueillis par

Bruno Djito SEGBEDJI

L’Indépendant du 26 Juin 2012