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Les histoires d’adultère de passent en tout lieu et sous tous les cieux. Et n’importe qui pourrait en être l’auteur ou la victime : c’est une question de moralité. Néanmoins, autant il existe des personnes à qui il n’est pas indiqué de faire porter des cornes, autant il y a des individus qui ne trouvent leur dose d’excitant qu’avec les tendres moitiés des autres. Mais il faut être vraiment candidat au feu de l’enfer pour oser cocufier… un Imam.

Qu’on se rassure, cette histoire d’adultère ne vient ni de nous, ni de chez nous, mais du confrère burkinabé Seydou Ouédraogo… l’imam en question était très respecté, presque vénéré par les villageois. A tel point que, pour tout problème ou litige déclaré “sans issue”, c’est à lui qu’ils faisaient appel en dernier recours. Aussi, dès qu’il proclamait son verdict, la chose était dite, et nul n’osait revenir là-dessus.

Son voyage se limitait entre son domicile et la mosquée. C’est dire qu’il ne sortait que pour des motifs valables : des évènements sociaux tels que le mariage, le baptême, les funérailles… Bref, c’était un homme très pieux chez qui chaque phrase est parole d’évangile, pardon, de Coran. Et dès qu’il entrait dans la mosquée pour officier la prière du Fitr (crépuscule), il n’en sortait que bien au delà de celle du Saafo (prière de 20h).


L’incident

Mais ce sont ces moments d’absence du pieux homme chez lui que choisissait un individu pour, en quelque sorte, le “démystifier“. Car il connaissait du bout des doigts -pour l’avoir étudié depuis longtemps- tout l’emploi du temps de l’imam. Ce jour-là, ce dernier n’a pas non plus failli à ses habitudes réligieuses.

L’incident survint d’une manière aussi inattendue qu’inappropriée : au moment où l’imam récitait la dernière fatiyah (sourate) du Fitr, son fils, âgé d‘à peine six ans, entra en trombe dans la mosquée et vint se planter devant lui. Mais troublé par le regard curieux des fidèles, le gamin baissa la tête en se triturant les doigts.

Alors, son père, sentant l’embarras du petit, lui demanda en tendant l’oreille : “Eh bien, qu’il y a-t-il, mon enfant ?”. L’enfant marqua un temps d’arrêt, promena de nouveau un regard gêné sur l’assemblée des fidèles, et se décida tout de go : “Baaba, il… il y a …un homme allongé sur M… Maama dans… dans la maison ! “. Que les esprits outrées nous en excusent. Mais tous les prieurs avaient distinctement entendu et compris la tirade du marmot, bien qu’il l’eût prononcée d’une voix hâchée et chétive.

Un voleur qui cogne

Du coup, l’imam tressauta, laissa échapper son chapelet et lanca un regard confus sur ses fidèles qui… baissèrent tous la tête. Brusquement, il s’échappa de de la mosquée tel une tornade, son rejeton sur les talons. Il n’était plus déjà qu’à quelques mètres de son domicile, tant il marchait à vive allure : il volait presque.

Dès que sa femme entendit ses pas dans la cour, elle s’affola, étudia tous les coins et recoins de la maison, et pressa son amant de se réfugier… entre l’armoire et le mur. Ensuite, elle fit mine de vaquer à ses affaires, comme si de rien n’était.

Sans un mot ni un regard pour cette dernière -qui choisit de ne pas le regarder, pour ne pas éveiller ses soupçons-, l’imam s’engouffra dans la chambre, fixa le lit… vide, et scruta tous les côtés : personne ! Alors il resta planté au beau milieu de la pièce, désemparé et méditatif.

Pendant qu’il était plongé dans cet état, il se sentit tout à coup catapulté, étalé au sol comme une crêpe, piétiné et roué de coups : une force “invisible” le tabassait sans mesure ni retenue. Et dès que cette force le sentit ramollir, elle l’abandonna et gagna précipitamment la porte de sortie, plutôt celle du salut : le cogneur en furie n’était autre que l’amant de la femme de l’imam.


La furie des fidèles

Mais entre temps, la nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre : l’épouse de l’imam n’était qu’une traînée qui a traîné le nom du “saint homme” dans la boue, entendait-on de tous côtés. Alors, la furie des fidèles fut encore plus vengeresse que celle de l’imam lui-même.

En deux temps trois mouvements, une foule monstre se forma et se dirigea vers le domicile de l’imam qu’elle cerna complètement sur un pourtour de quelques centaines de mètres-carrés. Ainsi, le voleur de femme, qui n’avait pas eu le temps de sortir hors du périmètre “dangereux“, tomba en plein dans la “nasse”.

Alors, ce fut sa fête : des grêles de coups s’abattaient sur lui à n’en plus finir. Au bout de plusieurs minutes, lorsque la place se vida des “vengeurs enragés”, il ne restait plus qu’une forme flasque et quasi-moribonde aplatie sur le sol : le corps (ou ce qui en restait) du téméraire amant de l’épouse infidèle d’un imam. A cette dernière, certains des lyncheurs tenaient également à faire subir le même sort, n’eussent été l’appel des autres à la raison et le respect qu’ils vouaient à l’imam.

Ce dernier a-t-il répudié sa femme pour autant? Non, il a décidé de la garder, malgré tout : à son entendement, c’est la conscience de sa femme qui décidera, en dernier ressort, si elle doit partir ou rester. Mais tous les villageois prédirent déjà que la femme ne pourra plus rester, surtout avec un poids de honte aussi lourd à porter.

Quant à son pauvre soupirant, il aura tout le temps d’oublier l’objet de sa gourmandise lubrique (son amante). A moins que des murs de l’hôpital où on l’a transporté, il parvienne à sortir… sans les pieds devant.

Oumar DIAWARA

16 Juin 2008