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Le 26 décembre 2008, le stade Abdoulaye Macoro Sissoko a failli refuser du monde. Pour venir soutenir sa troupe qui passait devant le jury, la population de Kayes s’est mobilisée comme un seul homme. Au stade Abdoulaye Macoro Sissoko, les Kayisiens étaient là pour la victoire de leur troupe, même, si l’on peut se poser des questions sur ce type de soutien dans la performance d’une troupe artistique.

« Tori », premier morceau de l’orchestre de Kayes est l’adaptation aux instruments modernes d’une chanson initiatique en milieu bambara du Kaarta. De toutes les prestations des orchestres à la biennale 2008, celle de l’orchestre de Kayes est proche des grands succès de l’histoire de la biennale.

Par moment, le spectateur peut se prendre à rêver et croire qu’il a en face de lui, le super Biton de Ségou à une époque de son histoire. Le cuivre, les vents, mélangés au son de la guitare électrique, le tout soutenu par la justesse de la voix du chanteur et de ses deux choristes, ont mis du baume dans le cœur des mélomanes au stade Abdoulaye Macoro Sissoko.

Son deuxième morceau qui a tout l’air d’un pot pourri, avec des emprunts aux Bembeya Jazz et au rail band, est un hommage à Obama, le nouveau Président des USA. Dans la chanson, à travers la dénonciation du racisme, le leader vocal rappelle les noms de tous ces hommes de la race noire qui ont contribué à la marche de l’humanité.

Pour sa danse traditionnelle, la troupe de la 1ère région a fait appel à une danse maure de Aourou dans le Guidimagan. Région d’immigration par excellence, la troupe de Kayes a été inspirée par cette problématique pour une pièce de théâtre.

« Non à la corruption », qu’on peut retenir comme le refrain du chœur de Kayes s’inscrit dans une nécessité de l’heure au Mali. Kayes, en ce qui est de son chœur a été très bien inspirée. Dans un chœur bien audible et bien rythmé, Kayes a comblé toutes attentes.

En invitant les Maliens à se mettre débout comme un seul homme pour bouter la corruption au-delà des frontières du pays, les choristes de Kayes ont rappelé que la corruption et la délinquance financière n’ont jamais fait partie du patrimoine culturel de notre pays. S’il y a une compétition très serrée cette année, c’est bien celle de l’ensemble instrumental.

A part une ou deux régions, toutes les régions ont pu tirer leur épingle du jeu de la compétition de l’ensemble instrumental, confiant du coup une tâche difficile aux membres du jury. Comme Sikasso, Kayes a fait appel à la plupart des instruments qu’on a dans la région.

Dans un mélange harmonieux de sons, accompagné par une voix féminine au micro, Kayes a invité les Maliens à se mettre debout pour travailler afin d’assurer un développement harmonieux au pays. Le 26 décembre 2008, le solo de chant de Mamankan Diawara, a aussi été une attraction de la soirée. Dans sa chanson, elle condamne l’immigration et conseille à ses compatriotes de ne jamais oublier ce qui les a fait partir du pays.

« Revenez bâtir la nation à côté de vos frères qui ont gardé la Citadelle », résume cette chanson de la soliste de Kayes. Le rôle du griot dans nos sociétés a été mis en exergue dans le ballet à thème de Kayes. Et, tout comme à Sikasso, l’on pourrait reprocher à Kayes d’avoir mis trop l’accent sur le spectacle dramatique que sur la chorégraphie. Or un bon ballet à thème est celui qui a la faculté de doser dans un savant mélange de la chorégraphie au spectacle dramatique.


Assane Koné

Envoyé spécial à Kayes

30 Décembre 2008