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Tous les signes caractéristiques des pays en crise se retrouvent chez nous : solutions porteuses de plus de problèmes, escalades, rebondissements, radicalisations, fausses convalescences, manichéismes. Car loin de la clémence physique de ce mois d’août, le mercure politique est brusquement remonté autour de la question du gouvernement d’union nationale exigé par la Cedeao et que les protagonistes approchent différemment.

A quelques heures du retour au pays du président intérimaire après deux mois d’absence dans les circonstances que l’on sait, le Fdr a cru devoir réclamer également la tête du Premier ministre. Pour celui-ci, pas de problème d’ouvrir le gouvernement dans une certaine mesure mais hors de question de rendre le tablier et ce, précise t-il en vertu de l’accord-cadre. Bienvenue à Dioncounda Traoré : depuis son retour, le martyr du 21 mai a des allures de messie certes mais sa grâce sera courte.

Bienvenue à la surenchère aussi : le fougueux Yerewolo ton veut sa tête en lieu et place de celle de Cheikh Modibo Diarra, à travers une marche peu mobilisatrice et fortement réprimée par les forces de l’ordre. Dans le même temps, la Csm et la Copam viennent à la rescousse du Premier ministre. Ils s’opposent d’abord au départ de celui-ci. Pour eux, l’urgence ce sont les concertations nationales pour paramétrer la transition, à la lumière notamment des propositions d’institutions faites par Dioncounda Traoré du haut d’un message à la nation dont on peut percevoir qu’il cherchait autant à rassembler qu’à siffler la fin de la récréation.

On entend voler une mouche.Et les coups aussi pour bientôt? Jusqu’à présent, le débat est civilisé malgré une tension perceptible. Mais puisque la caractéristique d’un pays en crise réside dans le rebondissement et que nous sommes un pays en crise, il ne faut pas se voiler la face, nous avons désormais une donne Cheick Modibo Diarra qui, pour des milieux, bénéficie de la caution populaire. Dans quelle proportion et jusqu’où ? Le drame est qu’en l’absence inexplicable de méthodes cognitives comme les études et les sondages, seule la conjecture sert de balise.

Avec ses limites : les défis de la profondeur et de la représentativité. Mais outre qu’il est perçu comme un homme neuf, -cela donne toujours une grâce- le Premier ministre était précédé par une enviable réputation de scientifique.

C’est d’ailleurs, pour une large part, ce qui explique sa nomination ainsi que son adoubement par le pays. Imaginons seulement le Pr Luc Montagnier proposé Premier ministre de France ! Une crise inévitable donc, alors que l’exigence de gouvernement consensuel est justifié par le besoin d’une plus grande appropriation de l’action gouvernementale? Les crises ont aussi un effet grossissant, il faut le reconnaitre.

Mais Dioncounda Traoré qui est à la manœuvre va certainement se laisser guider par les certitudes plutôt que par les aléas et les états d’âme. La transition, justement, nous rend prisonnier des synthèses et des compromis. Le président est d’autant plus à l’aise sur ce terrain qu’il n’a pas brûlé ses vaisseaux par des propos publics. On ne peut pas dire autant du chef de gouvernement.

On est cependant en Afrique où le cousinage à plaisanterie permet de désamorcer même le plus alarmant des casus belli. Il peut en tout cas nous épargner une troisième crise. Concrètement, Diarra cède et Traoré concède.


Adam Thiam

Le Républicain du 10 Août 2012