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Le 26 mars 2021, le Mali a célébré le trentenaire de l’avènement de la démocratie, trois décennies se sont écoulées depuis les évènements sanglants de janvier à mars 1991 qui ont précipité la chute du régime de la troisième République incarnée par le pouvoir du général Moussa Traoré. L’histoire retiendra que c’est une transition menée par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré qui a jeté les fonts baptismaux de la démocratie malienne. Ces acteurs ne sont plus là et après trente années de démocratie qui ne furent pas un long fleuve tranquille, mais plutôt un parcours jalonné de soubresauts, le Mali en est à son troisième gouvernement de transition depuis le lundi 5 octobre 2020, intervenue faudrait-il le rappeler sur fond de profonde crise politique qui a fini par avoir raison du régime du président IBK à bout de souffle. 

Pour autant, les incertitudes sur l’avenir du pays n’ont pas été balayées, la crise est là, multidimensionnelle, exacerbée dans son aspect sécuritaire, les défis sont nombreux. Au-delà des acquis démocratiques que sont le multipartisme, la liberté de la presse, force est de constater que c’est un échec trois décennies après, c’est la faillite de l’État sur les plans sécuritaire, sanitaire, éducatif, un affaiblissement au niveau de ses institutions.

Six mois se sont écoulés depuis la mise en place des organes de la transition (présidence, vice-présidence, chef du gouvernement, CNT) et le premier ministre Moctar Ouane a présenté le plan d’action gouvernemental devant le conseil national de la transition le 19 février 2021. 6 axes principaux (à travers 23 objectifs, 275 actions):

– Renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national

– Promotion de la bonne gouvernance

– Refonte du système éducatif

– Réformes politiques et institutionnelles

– Adoption d’un pacte de stabilité sociale

– Organisation des élections générales

Un document stratégique de 28 pages dont la lecture, l’analyse et la critique nécessitent d’être faites sans émotion, sans exagération et opportunisme, un plan vaste, ambitieux pouvons-nous dire, en espérant qu’il sera appliqué dans ses grands axes.

Il n’y aura jamais d’unanimité ni à propos du choix des membres du gouvernement, (un gouvernement de mission pour le Mali ou un gouvernement d’union nationale), ni du plan d’action présenté.

Au regard des objectifs fixés par la charte de la transition et des attentes légitimes du peuple malien, cette équipe gouvernementale sera-t-elle à la hauteur des enjeux du moment ? Les critères de choix peuvent être discutés, mais l’heure n’est plus aux analyses stériles, le temps est compté, le pays est plongé dans une crise multidimensionnelle sans précédent à laquelle est venue se greffer celle de la pandémie liée à la maladie à Coronavirus COVID-19.

Ne nous trompons pas de transition; bien évidemment, l’État est une continuité, mais la transition est un régime d’exception dont les organes ne tirent pas leur légitimité du peuple et c’est d’ailleurs pour cette raison que l’on ne peut pas appeler Bah N’Daw président de la République ; il est le président de la transition, Chef de l’État. Pour les mêmes raisons, on ne peut pas appeler les membres du CNT députés, d’ailleurs la cour constitutionnelle a été très claire à ce propos. De plus, le gouvernement de transition n’a pas un programme politique à appliquer comme s’il  était issu d’une élection.

Maintenant, le véritable rôle de la transition, c’est de mettre en oeuvre dans les dix-huit mois impartis la charte issue des concertations nationales, c’est cela la feuille de route. La CEDEAO veille d’ailleurs à la mise en oeuvre de cette feuille de route avec les missions et objectifs principaux qui figurent au titre II chapitre II de la charte. L’on observe d’ailleurs que le plan d’action gouvernemental adopte une certaine symétrie en restant dans l’esprit et la lettre de la charte de la transition (rétablissement renforcement de la sécurité sur l’ensemble du territoire national, redressement de l’État et la création des conditions de base pour sa refondation, promotion de la bonne gouvernance, refonte du système éducatif, adoption d’un pacte de stabilité sociale, lancement du chantier des réformes politiques, institutionnelles, électorales et administratives, organisation des élections générales et mise en oeuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger).

Voilà les missions de la transition et tout ce qu’ils feront au-delà, c’est du bonus, encore faudrait-il que la transition ne se trompe pas en faisant fausse route. Les questions légitimes que tout malien ou autres observateurs de la scène politique sont en droit de se poser, c’est de savoir si les organes de la transition travaillent dans le sens de ces missions consacrées par la charte et surtout, si la durée de la transition sera tenue.

Le décret N° 2021 0190 portant création du Comité d’Orientation Stratégique (COS) sur les réformes politiques et institutionnelles a été publié le 31 mars 2021 par le président de la transition ; ce comité aura pour mission d’appuyer le premier ministre dans la conduite des réformes politiques et institutionnelles. Il aura également pour mission de :

– Définir le périmètre des réformes au regard du contexte et de la durée de la transition ;

– Formuler des recommandations sur la base des réformes identifiées par le Dialogue national inclusif (DNI) ainsi que les journées de concertations nationales ;

– Promouvoir l’esprit des réformes politiques et institutionnelles.

Autant dire que le décor est planté, le maître mot, c’est le temps. Il reste en gros une année avant la fin de la transition et il va falloir travailler d’arrache-pied dans un effort inlassable pour parvenir à ces réformes politiques et institutionnelles et cela ne pourra se faire sans une participation effective et efficiente de la classe politique ; pour le Mali, pour l’intérêt supérieur de la nation, chacun devra jouer sa partition.

Des voix s’élèvent de plus en plus pour exprimer des inquiétudes quant à la gestion de cette transition, du moins dans certains de ses aspects : Y a-t-il un objectif de la transition pour le Mali ou plusieurs agendas individuels entretenus par certains membres pour la satisfaction de leurs intérêts personnels ? Que les uns et les autres se positionnent, qu’ils appellent à la candidature d’un tel ou autre, bien sûr c’est le droit de tous les citoyens maliens ; mais là où apparaît un véritable problème de déontologie, c’est de voir un membre du CNT, du surcroît 4ème vice-président de l’organe législatif de la transition en mission commandée appeler tous les jours à la candidature du vice-président de la transition tout en sachant que la charte l’interdit purement et simplement. Soyons sérieux !

Est-ce cela l’objectif ultime recherché ? N’y a-t-il pas suffisamment de problèmes à gérer par cette transition que de distraire le peuple ? Le 4 ème vice-président du CNT est-il payé par l’argent du contribuable pour être le chevalier porte-glaive de celui qui est chargé des questions sécuritaires à un moment où presque 80% du territoire se trouve sous la menace des groupes djihadistes ?

Le commanditaire (s’il en est un) de ces manœuvres subversives ne devrait-il pas sortir du bois, démissionner de son poste de vice-président de la transition, de l’armée tout court pour battre campagne ?

Parce qu’on a laissé l’espace médiatique être occupé par de dangereux populistes, manipulateurs, démagogues, qu’ils font feu de tout bois; dans leurs délires et élucubrations, ils se prennent à rêver, prenant leurs désirs pour de la réalité. L’heure viendra où il faudrait sonner la fin de cette récréation, de ces impostures, de cette duperie qui a assez duré. Ce pays ne devrait plus jamais être la proie d’individus assoiffés de pouvoir, de personnes qui n’ont ni l’envergure, ni le leadership, ni les compétences pour occuper un simple poste dans l’administration à plus forte raison prétendre à la magistrature suprême.

La situation du pays est très grave, faudrait-il le rappeler !

Le quinté + des colonels

La vice-présidence de la transition, la présidence du CNT (Conseil national de la transition), le ministère de la défense, le ministère de la sécurité, le ministère de la réconciliation nationale, plusieurs gouvernorats, plusieurs nominations à des postes hautement stratégiques ont été dévolues à des militaires, là n’est pas le problème ;

Le citoyen malien observateur de la vie politique du pays pourrait dire : Vous avez tous les leviers du pouvoir pour mener le bateau Mali à bon port lors de cette transition de 18 mois, nul doute que le peuple malien vous demandera des comptes à l’heure du bilan : qu’avez-vous fait de la transition, surtout avez-vous mis le Mali au-dessus de tout en ayant à l’esprit la seule quête qui vaille : l’intérêt supérieur de la nation ?

La transition aura beau durer, elle va passer, il faudrait souhaiter qu’elle n’abîme pas davantage la République déjà à terre. Aux apprentis sorciers adeptes du temps additionnel, ou de la prolongation, le premier ministre a été très clair : le temps imparti de 18 mois pour la durée de la transition sera respecté. Il faudrait se remettre tout simplement au travail, redoubler d’effort et d’ardeur afin que la transition puisse atteindre les objectifs fixés. Aucun intérêt particulier, malicieux, sordide, égoïste ne saurait être mis en avant pour prendre la République en otage, gare aux aventuriers qui seront tentés par de sombres projets nauséabonds, ils trouveront le peuple malien sur leur chemin!

Le rappel est pédagogique, il profite aux croyants, le président de la transition s’adressait ainsi  aux maliens lors de son discours d’investiture :

“Oui, il ne faut pas avoir peur des mots : le Mali est ébranlé, piétiné, humilié. Ebranlé, Affaibli, humilié par ses propres enfants, par nous-mêmes, par personne d’autre que nous-mêmes.

Et nous ne pouvons continuer, de manière incantatoire, à garder la tête dans le sable et à répéter sans chercher à empêcher le naufrage, à nous convaincre que le navire pourrait tanguer mais qu’il ne chavirerait jamais. Il peut chavirer et il chavirera si nous continuons à le faire tanguer.

Alors, si nous voulons survivre en tant qu’Etat, en tant que nation, nous devrons, sans perdre plus de temps, nous remobiliser.”

Le défi sécuritaire :

La paix et la sécurité sont des préalables à toute politique de développement. Ce serait une lapalissade que de dire que l’insécurité liée au terrorisme, au djihadisme est grandissante sur l’ensemble du territoire malien, le péril est là, le pays a besoin d’une connexion avec le réel, cette réalité c’est la crise sécuritaire.

L’on ne saurait passer sous silence les questionnements liés à cette crise au Mali depuis 2012. Malgré la présence de la force Barkhane, de la force Takuba, de la force G5 Sahel, des soldats de la MINUSMA en appui aux FAMa, les attaques meurtrières contre les forces armées et de sécurité se multiplient et s’intensifient, dont la dernière qui a endeuillé le Mali avec un bilan très lourd, plus de trente soldats maliens tués, certains portés disparus, de nombreux blessés. Ces attaques de casernes, de campements, assassinats, embuscades, engins explosifs improvisés constituent autant de périls qui mettent à mal tous les efforts déployés tant par l’État malien, les acteurs locaux que les partenaires extérieurs. La situation est chaotique hélas!

La désespérance est-elle une façon de gouvernance ? La désespérance, c’est l’incapacité, c’est la faiblesse, le fait de se dire que l’État n’a ni les moyens, ni la solution face à cette situation.

– Que faire face à des groupes djihadistes en pleine mutation, dispersés et encore plus insaisissables ?

– Quels choix stratégiques pour le Mali ?

– Comment faire face à la perpétuation de cette situation d’insécurité déstabilisante pour le pouvoir en rendant impossible le redéploiement de l’administration, la mise en oeuvre des projets de développement ?

Avons-nous réellement une politique sécuritaire élaborée pour contenir cette déferlante djihadiste ? Là-dessus, la soldatesque issue du coup de force du 18 août 2020 est interpellée ; oui, les problèmes sécuritaires du Mali ne datent pas de la transition, oui l’armée est la grande muette et ne saurait mettre sur la place publique cette stratégie s’il y a en une. Le citoyen malien néophyte en stratégie militaire se demande comment certaines missions de l’armée peuvent encore être menées sans une couverture aérienne digne de ce nom? Comment fonctionne le renseignement dans ce contexte de guerre asymétrique ?

Les experts militaires, les spécialistes des questions sécuritaires au Sahel s’accordent à reconnaître qu’il n’y aura pas de solution militaire à cette crise dans son aspect sécuritaire, mais alors quelles solutions ? Le dialogue pourquoi pas? Toutes les initiatives qui vont dans le sens d’une solution pacifique à la crise sont à encourager, mais alors parlons-en ! Quel dialogue possible avec des groupes djihadistes qui ont une idéologie basée sur l’extrémisme violent, mortifère, qui veulent soumettre à la Charia plusieurs pays, des populations qui pratiquent déjà l’islam comme religion ?

Ne s’agit-il pas là de deux conceptions antagonistes, de deux choix de vies, d’un côté le vivre ensemble dans les valeurs de la République, de l’autre la violence pour l’application d’une pratique rigoriste de l’islam, la Charia ?

Comment sortir d’une spirale de violence, d’hostilité et arriver à une réconciliation par le dialogue ?

Comment restaurer la confiance entre les communautés afin de stopper cette conflictualité ou la réduire ?

Quelle est l’implication des acteurs extérieurs (BARKHANE et MINUSMA) dans le volet sécuritaire de la crise au centre?

Doit-on parler d’une approche communautaire de la sécurité ou cette question doit être gérée de façon globale et centralisée tout en prenant en compte les spécificités de chaque localité ?

Il s’agit là d’une équation à plusieurs inconnues et il n’existe pas de solution miracle là où certaines populations locales acceptent désormais une forme d’administration de ces groupes djihadistes avec une jeunesse qui se rallie à leurs thèses et n’hésite pas à se faire enrôler dans leurs rangs. Tout au plus, il faudrait des solutions durables avec l’aide des partenaires pour redéployer l’État à travers les services administratifs (police, justice), l’éducation, la santé. Cela demande une très forte implication des acteurs locaux, les leaders communautaires, les femmes, les radios rurales pour la sensibilisation, pour véhiculer le message de paix notamment au centre du Mali.

Une approche globale de lutte contre les multiples formes de l’insécurité est plus que nécessaire : concilier l’approche socio-économique et la gestion sécuritaire des conflits particulièrement au centre du Mali. Il serait souhaitable que les solutions militaires soient accompagnées par l’aide budgétaire pour créer et soutenir des activités génératrices de revenus et la création de services sociaux de base.

De graves incertitudes planent sur les prochaines échéances électorales de 2022 dans un pays en proie à une insécurité liée au terrorisme et au djihadisme sur la quasi-totalité du territoire malien: comment préparer et aller à des élections alors que les problématiques de fond n’auront pas été résolues, notamment l’aspect sécuritaire ? Il est à craindre que les mêmes causes produisent les mêmes effets, le peuple risque de se retrouver dans la rue encore d’ici quelques années.

Dans ce contexte de crise multidimensionnelle exacerbée dans son aspect sécuritaire, il est temps que cessent les impostures, les rôles fictifs, les ambitions démesurées des opportunistes de tous bords!

Quel est le constat au niveau du microcosme politique ?

Au terme de la transition, il y aura des élections, dont celle du président de la République. Le peuple malien doit être au rendez-vous, ce ne doit pas être une occasion manquée. Où va le Mali d’aujourd’hui ?

Les regards sont désormais tournés vers les échéances électorales de 2022, pour ainsi dire, la campagne a commencé pour certains hommes politiques qui sont déjà dans les starting-blocks, d’autres sont dans ce qu’on peut appeler une certaine expectative, dans les calculs pour les éventuels ralliements. La période actuelle est propice au lancement de mouvements, à la création de clubs de soutiens, la multiplication des associations qui fleurissent comme les feuilles du printemps, et qui seront éphémères comme une étoile filante. Cette agitation s’explique bien évidemment, nous allons vers les élections de 2022, d’où cette effervescence et toutes les initiatives sont bonnes, opportunes les unes, purement intéressées financièrement pour les autres, cela ne va pas changer du jour au lendemain.

Sans aucun doute le décès du leader de l’URD Soumaïla Cissé a redistribué les cartes sur l’échiquier politique.

Au-delà de ces différents aspects, il appartient aux partis politiques de se restructurer afin de se préparer pour les prochaines échéances électorales avec leurs différents projets de société. Cela nécessite un véritable travail de fond pour prendre en compte les véritables problèmes de la nation malienne. Certaines formations politiques l’ont compris et ont déjà commencé à tenir leurs assises.

Le M5RFP sera-t-il un acteur majeur sur la scène politique à la suite de la nouvelle configuration après la chute du régime IBK ? Il convient de rappeler que c’est ce mouvement qui s’est mobilisé largement pour porter la contestation au pouvoir du président IBK sur le boulevard de l’indépendance pendant plusieurs mois. Le coup de force d’opportunité des militaires est venu parachever cette contestation populaire. Si le M5RFP était bien organisé jusqu’à la chute de l’ancien régime, force est de constater que des divisions sont intervenues en son sein. Certes il y avait un objectif commun au début du mouvement, du moins c’était une façade : les dissensions s’expliquent par les ambitions personnelles de certains leaders du mouvement. Non seulement le M5RFP a été floué lors de la mise en place des organes de la transition et aujourd’hui, la question est de savoir ce qu’il va en rester pour les échéances de 2022.

Aucun homme seul, aucun parti politique seul ne peut avoir la prétention de faire main basse sur la République en voulant mettre en place une gestion partisane, clanique, l’histoire récente est encore fraîche dans les mémoires pour que les uns et les autres puissent en tirer les leçons. Il est temps, grand temps que les différents acteurs, les citoyens pensent Mali, aient le Mali dans leurs têtes, mieux dans leurs cœurs. D’aucuns demandent un renouvellement de la classe politique, une offre politique nouvelle qui prenne en compte la dimension d’un destin collectif, le changement générationnel ou la génération du changement, sans exclusive aucune. Cela doit être le rendez-vous des compétences.

Il faudrait un nouveau projet de société d’envergure qui allie l’ambition, l’audace, avec une prise en compte de notre environnement, de l’écologie, du développement durable. Le Mali d’aujourd’hui, c’est une société divisée, toujours en proie à la grave crise multidimensionnelle avec une situation sécuritaire alarmante, c’est aussi un tissu social à raccommoder. Le débat portera sur les grands enjeux, celui du chantier de la sécurité, il portera sur la réconciliation nationale.

L’innovation politique, ce sera pour d’autres la refondation. La transition à travers son plan d’action du gouvernement doit jeter les bases du Mali nouveau, le point de départ de cette refondation. Que voulons-nous ?

Le Mali serait-il un pays ingérable, ingouvernable ? Devrons-nous accepter comme écrit dans le marbre que rien de chimiquement pur ne puisse être fait dans ce pays en termes de gouvernance ?

Et si pour une fois les maliens acceptent de consentir des sacrifices énormes pour l’aboutissement de ce “Mali nouveau” que nous désirons tant, que les maliens appellent de leurs vœux ?

Et si pour une fois les maliens décidaient de déboulonner ce “système” qui a échoué, basé sur la corruption, l’impunité, le népotisme, le clientélisme, l’affairisme, la médiocrité, la facilité?

Et si nous jetions les bases de la refondation de la gouvernance, de la refondation institutionnelle, de la citoyenneté, de la transformation sociale ?

La refondation, ça ne doit pas être clamé à longueur de journée, elle ne doit pas être uniquement un leitmotiv, elle doit être dans les coeurs, dans les actions quotidiennes. Le patriotisme ne doit pas être un vain mot, il ne doit pas être mis en avant, alors que sa flamme s’est éteinte dans les cœurs, dire ce qu’ils vont faire et réaliser ce qu’ils disent cela doit être un sacerdoce pour les hommes qui auront la lourde charge de diriger le Mali.

Quid de la justice ?

“Je suis, pour ma part, convaincu que la Justice jouera pleinement sa partition dans la reconstruction du Malien nouveau.

Nous travaillerons à ce que nul ne puisse impunément s’enrichir au détriment de l’Etat et des citoyens. Nos institutions ne serviront plus de refuges à ceux qui cherchent, au moyen de certains mécanismes, à se soustraire à l’action de la justice, dévoyant ainsi l’immunité de ses finalités”. Ainsi s’exprimait le président de la transition Bah N’Daw.

Dans une démocratie, il ne suffit pas d’écrire dans les textes l’indépendance de la justice, il est très important qu’elle soit non seulement garantie par la loi fondamentale qu’est la constitution, mais qu’elle manifeste cette indépendance lorsque les droits, les libertés fondamentales des citoyens sont bafoués, violés. La constitution du 25 février 1992 faudra-t-il le rappeler, consacre en ses articles 81 et 82 l’indépendance de la justice.

Le souhait de tous les maliens épris de valeurs républicaines, c’est la réussite de la transition, que les futures échéances électorales soient porteuses d’espoir. Des élections bien organisées sur la base de listes électorales fiables, l’impartialité de l’administration, constitueraient à n’en pas douter le gage d’une large mobilisation pour peu qu’il y ait une bonne politique de sensibilisation et une campagne adéquate de communication afin que les autorités issues des élections puissent avoir la légitimité nécessaire pour conduire une action publique efficace. Quelques soient les vainqueurs en 2022, les défis à relever seront nombreux :

– La restauration de l’autorité de l’État qui a été mise à mal;

– La moralisation de la vie publique à travers l’émergence de cadres compétents, intègres qui placent l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des intérêts particuliers et dont la quête quotidienne doit être la recherche de la satisfaction des besoins de la population; après tout, il ne s’agit ni plus ni moins que de redonner à la politique son sens noble: rendre possible ce qui est nécessaire, l’invention et la réalisation de l’espérance.

La crise devrait servir dans le sens où elle permettrait un sursaut national, un éveil des consciences dans tous les domaines dans le cadre d’un effort gigantesque de toutes les forces vives de la nation pour une reprise en mains de notre destin collectif. Cet effort n’est pas au-dessus de nos moyens pourvu que chacun joue sa partition et apporte sa pierre à l’édification de ce Mali nouveau.

Si ces efforts ne sont pas mis en œuvre, à tous les niveaux, par une politique volontariste et ambitieuse, les mêmes causes produiront les mêmes effets à court terme. Les regards du monde entier sont désormais braqués sur notre pays et ce serait signer une mise sous tutelle définitive que de ne pas saisir l’opportunité de cette transition pour un nouveau départ.

Il est temps pour le peuple malien de se réveiller, de lire entre les lignes, de ne plus se laisser embarquer dans des aventures sans lendemain; Le Mali ne doit plus continuer à être une proie pour ses fils qui n’ont d’autres objectifs que de dépouiller la République! Ne pas tirer les leçons de 2012, de la gouvernance chaotique des dernières années, ce serait aller vers des lendemains qui déchantent.

Le peuple malien a une capacité d’indignation, de mobilisation pour dire non à chaque fois que le pouvoir part à la dérive. Il a démontré cette capacité de sursaut en 1991 en se dressant contre le pouvoir du Général Moussa Traoré, il l’a également fait par des mobilisations massives à travers le mouvement “An Tè A Bana” pour se dresser contre une révision de la constitution en 2017, il l’a ensuite démontré par des manifestations après l’élection présidentielle de 2018 avant de porter l’estocade contre le régime du président IBK sous la houlette du M5 RFP.

Comme l’a chanté Youssouf Tapo dans sa belle mélodie, le Mali a beaucoup pleuré par les méfaits, les incuries, les trahisons de ses propres fils, le Mali pleure encore, il est temps, grand temps de sécher ses larmes./.

L’union fait la force”

Par Sory Ibrahim SAKHO

titulaire d’un MBA SPÉCIALISÉ MANAGEMENT DE LA SÉCURITÉ INTÉRIEURE de l’Institut Léonard de Vinci

Source: L’Aube