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La communication dit-on est l’oxygène de notre monde actuel et, si tous les secteurs médias auront tôt fait de se tailler la part du lion et de réduire nos communautés à de simples groupes de consommateurs d’information.

Cependant les médias sont au centre des préoccupations de nos hommes politiques. Suprême espoir, suprême recherche : la notoriété. On gouverne ‘’aux médias », comme naguère » à l’idéologie », comme milite ‘’aux médias » on respire ‘’aux médias ».
L’homme politique exagère la portée des évènements médiatiques.

Après une première interview dans le quotidien régional, ce nouveau député s’étonne sincèrement que sa notoriété ne s’étende pas à chaque village de la région. Après deux passages à la télévision, ce nouveau ministre ne comprend pas qu’on ne l’insère pas dans les baromètres de côtes de popularité. INCLUS dans un sondage, il tempête au vu des résultats : moins de 10% de Français le connaissent. Après deux émissions, dont une d’une heure, ce n’est pas possible ! ‘’Clame-t-il.

Rien en tout cas à part les résultats de sondages n’influe autant sur le moral des hommes politiques que la gloire médiatique. Déjà, lorsque le chargé de presse a ‘’décroché » une interview dans un organe important, on savoure cette première victoire.

Ah ! Selon les niveaux, passer sur la chaîne régionale de France 3, avoir droit aux honneurs du Monde, être interviewé par le Figaro ! Ou être l’invité du matin d’une des trois grandes radios, avoir droit à la dernière page de libération, passer à la télévision !

Passer à la télévision….Au début- et même bien plus tard…peu importe la chaîne, l’émission, l’heure de diffusion : passer à la télévision ! Quel dopage pour l’état d’esprit !

Une attachée de presse raconte : ‘’le mien (l’homme politique avec lequel je travaille) annule tout pour deux minutes sur LCI à une heure où personne ne regarde, il ne pense qu’à ça dans les vingt quatre heures qui précèdent, mais il ne prépare pas du tout une interview au quotidien régional de sa circonscription, que tout le monde lira partout chez lui ».

Prestige extraordinaire de la télévision. Ici, il ne s’agit plus de l’attirance pour le média attrape-tout, capable d’atteindre un public considérable : les émissions à faible audience n’ont aucun mal à obtenir, sur un simple coup de fil, les participations politiques souhaitées.

Non il s’agit plutôt de plaisir de se sentir devenir une vedette, de se sentir regardé comme une vedette, de côtoyer des vedettes dans les salles de maquillage et sur les plateaux. Mon propre n’est pas ici de jeter la pierre aux hommes politiques à côté de ce petit travers. Qui, habitué aux passages à la télévision, n’a éprouvé au moins une fois l’agrément d’être reconnu dans la rue, d’être enfin considéré par sa concierge ou par les amis de ses enfants ? Les professionnels de la télévision, eux mêmes, cèdent bien, souvent, à ce vertige.

Mais les hommes politiques sont en permanence, je vais y revenir, mis en stimulation d’acteur, de comédien ; il est dès lors significatif que leur plaisir vienne précisément du frisson télévisuel : comment résister à une évolution qui vous procure les plus délicieux de vos plaisirs professionnels ? L’influence sur le moral joue aussi après le passage à la télévision.

Combien de mois François Mitterrand n’a-t-il pas traîné sa maussade humeur, après son mauvais débat face à Raymond Barre en 1977 ? Combien de temps la mauvaise prestation de Laurent Fabius l’aura-t-elle suivi, après son échange de 1985 avec Jacques Chirac ? Quel réconfort durable pour Lionel Jospin d’avoir ‘’tenu » face au même Chirac pendant l’entre deux- tours de 1985.

Puisque la télévision fait partie des exercices de haut vol du métier politique, réussir à la télévision est l’un des signes tangibles du succès politique. Le climat est assurément différent auprès d’un dirigeant, dès l’instant que celui-ci aura été ‘’bon » (‘’ou ‘’pas excellent ») lors de sa dernière prestation devant les caméras.

Ces exercices, sur lesquels on juge désormais des qualités et des défauts des hommes politiques, on se saurait les aborder en amateur. On se saurait surtout, les traiter en évènements extérieurs: il faut au contraire les insérer dans son action. Autrement dit, pour parler le jargon du milieu, le plan de communication doit être intégré à sa stratégie globale.

On doit, dès qu’on atteint un certain niveau dans la hiérarchie politique, penser ‘’ médias » en même temps qu’on réfléchit aux initiatives ou aux positions à prendre ; on doit, dès qu’on occupe une position institutionnelle (président de la République, Premier ministre, ministre), avoir le souci permanent, en même temps que des décisions à prendre de leur ‘’vente » aux médias.

Extrait de médias et Démocratie

16 avril 2007.