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Le Mali est à la croisée des chemins d’un futur heureux et chemin d’une dérive sans lendemain. Le CNRDRE, en tant qu’un des acteurs de la transition a jeté son pavé dans la mare des options maliennes qui doivent sortir le pays de l’incertitude.

Une convention nationale. C’est à cela que le Comité national pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’Etat (CNRDRE) convie les fils et filles du Mali, rassemblés dans tous les courants sociopolitiques de notre pays. Voilà que le temps rattrape les Maliens, le temps de la raison qui fait qu’on a beau chasser le naturel, il revient au galop. Le naturel, c’était de faire l’aveu populaire de l’échec d’un système, celui de ATT, et de s’accorder ensemble à relever le pays de la crise qui a résulté de l’échec.

Les hommes de Kati avaient tôt fait de la proposer dès le 1er avril au cours d’une déclaration solennelle. La convention ne semblait guère arranger ni les survivants et héritiers de l’ancien système, ni les représentants des organisations supranationales telle la CEDEAO qui défendent des principes démocratiques largement en déphasage avec les réalités du pays.

Ces principes démocratiques défendus ont eu le bonheur de permettre un retour à l’ordre constitutionnel qui a semblé apaiser le climat, mais l’on a aussi vite oublié que le temps imparti à cette première phase de la transition est de quarante jours. Ces quarante jours filent aujourd’hui au rythme de quarante secondes et la pression est palpable. Comme le dirait l’autre, on n’est pas sorti de l’auberge tellement les positions autour de la médiation burkinabé sont crispées.

Entre la continuation du constitutionnellement quarantenaire Dioncounda Traoré et le choix d’une personne consensuelle pour poursuivre la transition, rien de tranché.

Les militaires : une composante de la société malienne

C’est au regard de cela que le CNRDRE, l’une des deux parties prenantes de l’accord-cadre du 6 avril, a semblé prendre de l’avance et donner de la réflexion de sortie de crise en proposant une convention nationale. Cela a un double mérite : on connait clairement la position des militaires face à la position de la CEDEAO et leur volonté de ne pas faire de l’ombre dans cette phase proposée. Le fait de faire la demande au Premier ministre de convoquer cette convention, de proposer que le président par intérim en dirige les travaux, démontre que le CNRDRE se limiterait à un strapontin de partie parmi les parties maliennes attendues à ces discussions.

En filigrane, et selon les sources proches du CNRDRE, le capitaine n’est pas intéressé par le fauteuil de président intérimaire. Le plus important reste le respect de ‘accord cadre, la ténue de la convention, le rôle au CNRDRE et le statut du capitaine lui-même.

Il est patent aujourd’hui de constater que la grosse faiblesse de la recherche de solution à la crise malienne réside dans le fait que nulle part on n’a essayé de fédérer les forces autour d’une table. L’épisode de Ouaga des forces vives maliennes à la table de Blaise, vu le délai de sa convocation et l’absence de discussions préalables, ne pouvait accoucher que d’un échec. On n’en retient rien.

Le Mali est en crise et ceux qui sont chargés de solutionner cette crise ne semblent pas voir loin, ou jouent simplement à l’aveugle. Ne voir que le coup d’état du 22 mars et essayer d’écarter du jeu les jeunes acteurs militaires ne fait que renvoyer le problème et sa solution à plus tard. Les militaires sont une composante de la société malienne fracturée, s’égosiller à leur dire de rentrer dans les casernes sans jamais se demander pourquoi ils en sont sortis ressort de l’étroitesse d’esprit. Principe pour principe, il faut voir les réalités profondes du moment et de la crise malienne.

Il faut que CNRDRE, FDR, COPAM et tout l’attelage de la société civile malienne se retrouvent autour d’une table pour parler des problèmes maliens. C’est cela qui est le préalable à tout et malheureusement la CEDEAO, dans son souci de gagner du temps, qu’elle même n’a jamais pour résoudre ses problèmes, ne semble pas aller dans ce sens. Les Maliens peuvent se parler vite et bien. Le Mali est un pays de dialogue et de tolérance et ces deux vertus nous suffisent à transcender toutes les difficultés.

La convention est la voie royale pour trouver la solution malienne. Il faut se résoudre à cela et passer à la gouvernance transitoire. A la convention, les Maliens parleront de vive voix, trouveront les codes nécessaires pour poursuivre la transition et surtout fermer la grande fissure du pays.

Le problème du Nord se résoudra par les voies et voix que les Maliens décideront et avec leur Armée. Le capitaine Sanogo l’a bien dit dans son invitation à la convention: faites vite la convention, votre armée vous attend pour passer à la vitesse supérieure.

Bouba Touré

Le Matin du 18 Mai 2012