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Généralement mise en relief dans des discours démagogiques comme une valeur fondamentale de notre société, la solidarité ne touche pas pourtant tous ses bénéficiaires légitimes. De plus en en plus instrumentalisée, elle est devenue un outil de propagande, de marketing politique, voire économique. Sinon comment justifier que l’Association malienne de lutte contre les déficiences mentales chez l’enfant (Amaldeme) soit sur le point de fermer aujourd’hui ? Et de surcroît dans l’indifférence générale.

L’Association malienne de lutte contre les déficiences mentales chez l’enfant (Amaldeme) se meurt ! Elle est presqu’en léthargie depuis quelques années. Elle a été fondée en 1984 par Mme Sanogho Kadiatou Bagayoko pour combler un immense vide socio-médical et psychologique dans la prise en charge des enfants déficients mentaux.

Cette dame au grand cœur l’a portée à bout de bras jusqu’à son décès le 16 novembre 2005. Elle avait réussi à faire de l’Amaldeme une fierté nationale où les politiciens et les décideurs n’hésitaient pas à venir soulager leur conscience à travers des visites assez médiatisées. Aujourd’hui, malgré la débauche d’énergie de sa fille, Mme Yasmina Sanogho, l’Amaldeme est abandonnée à elle-même. Les pauvres enfants sont des laissés pour compte de la République du Mali dont la solidarité serait pourtant l’un des fondements.

Aujourd’hui, ses centres de formation pour jeunes déficients mentaux (Djélibougou, Banankabougou…) sont fermés pour manque de ressources. C’est aussi le cas du foyer autonome (garçons) de Baguinéda. Sans compter qu’une partie du personnel a été compressée et ceux qui sont restés accumulent des retards de salaires pouvant aller jusqu’à 4 mois.

Pis, « l’EDM (Energie du Mali, Ndlr) a suspendu sa fourniture d’électricité depuis 3 ans déjà pour un montant de 10 595 000 F CFA de 2004 à avril 2011. Ce qui fait que le centre n’a ni eau, ni électricité, ni moyen de communication. Un vrai calvaire pour les enfants et le personnel d’encadrement », décrit Mme Yasmina, 1re vice-présidente et fille de la fondatrice.

On se demande comment le gouvernement peut aussi tourner le dos à une structure reconnue d’utilité publique en janvier 1996 ? Hélas, l’Amaldeme se meurt dans l’indifférence générale.

Mais, comme le déplorait Aminata Kola Tall, ces pauvres enfants n’ont-ils pas droit aux mêmes traitements que ceux que nous avons dans nos maisons ? Aujourd’hui qui se soucie réellement de ces enfants ? Le handicap déjà en lui seul ne constitue-t-il pas un malaise, une lourde croix à porter dans la vie quotidienne ?

Un acte généreux qui doit faire des émules

Visiblement Mme Sanogho Kady Bagayoko (paix à son âme) était le seul lien entre l’Amaldeme et les bailleurs de fonds. « Un jour je suis allée les voir pour une petite visite de terrain et j’ai trouvé les enfants entassés comme des moutons dans un enclos. On les enferme dans le hall dans une chaleur intenable, sans ventilateur et les éducateurs qui essaient de les contenir dans leur agitation avaient tous les vêtements tout trempés de sueur. C’était vraiment pitoyable à voir. Alors j’ai pris des photos que j’ai mises sur les murs de certains politiques qui étaient amis avec moi ici. Mais aucun d’entre eux n’a réagi », déplore Aminata Kola Tall.

Cette grande dame de cœur a récemment contacté Ibrahima Diawara, PDG d’Ibi Groupe sur le calvaire des enfants déficients mentaux de l’Amaldeme. « Je l’ai informé de la situation et de ma volonté d’acheter au moins 4 panneaux solaires pour les salles de classes et de rééducation. Je lui ai demandé s’il peut me faire un prix. Dans sa grande générosité de cœur, M. Diawara me les a tout simplement offerts », se rappelle-elle. Un acte solidaire significatif, mais dans la grande humilité, dans tambours, ni trompettes.

Il est à espérer que cette générosité fasse rapidement tache d’huile, car, comme le disait Antoine De Saint-Exupéry, « être homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde ». La situation de l’Amaldeme interpelle aujourd’hui chacun de nous. Sa déliquescence doit heurter la conscience de tous ceux pour qui la solidarité a une valeur hautement symboliquement dans notre pays. Elle interpelle les plus hautes autorités et les institutions du pays, la société civile malienne, tous les organismes internationaux comme l’Unicef, les opérateurs économiques et surtout toutes ces sociétés qui se revendiquent « entreprises citoyennes ».

A moins que cette citoyenneté ne soit un outil de marketing socialement vide, d’une volonté démagogique à l’image du discours des politiques. Aujourd’hui, Orange-Mali et Sotelma/Malitel doivent être en mesure de fournir gratuitement des moyens de communication (téléphone, Internet…) à ce centre sur le long terme. Pour ne citer qu’elles.

Nous n’osons pas interpeller toutes ces grandes dames qui gaspillent toutes les semaines des millions dans des cérémonies sociales (baptêmes et mariages) pour se « faire un nom ». Ne gagneraient-elles pas, socialement et religieusement, à les investir dans la charité en faveur de ces enfants qui ont le plus besoin de la solidarité nationale ?

Surtout que cette association ne demande pas la mer à boire aux uns et autres. Mais, juste des gestes de bonne volonté, juste un peu plus d’attention… « Nos besoins réels portent sur la régularisation du payement des salaires, la reprise du fonctionnement du centre (cantine, transport des enfants, fournitures de bureau) et l’établissement de la fourniture d’électricité, du téléphone, fax. Il est aussi indispensable d’assurer la formation du personnel », énumère Yasmina sans grand espoir.

Mais, que les bonnes âmes et les cœurs généreux sachent qu’ils peuvent faire parvenir leurs aides dans des comptes bancaires BOA (Bank of Africa : n°00151117993-01 et Banque de développement du Mali : n°26001040846-70). Les appuis peuvent être aussi reçus au siège social de l’Amaldeme à Lafiabougou-Taliko.

Il est temps de se rattraper, de prouver que la solidarité reste une valeur cardinale de la société malienne.

Alphaly

03 Juin 2013