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La vente de médicaments périmés est en passe de devenir une pratique courante dans notre pays. Après la dénonciation des « médicaments par terre » par les autorités sanitaires, ce sont des officines qui se livrent à ce jeu dangereux pour la santé des personnes.

Que vaut une nation sans des citoyens en bonne santé ? Que peut-elle devenir avec des populations malades ? Rien à coup sûr, d’où la nécessité de mettre la santé au cœur de la politique. Que ce soit dans les discours que dans les faits. Les Maliens en ont sûrement assez de discours creux en matière de santé, ils ont besoin d’une politique de santé efficace et d’une application de cette même politique à tous les niveaux.

Aujourd’hui, en tant que citoyens soucieux de ce qui se passe, nous sommes en droit de nous demander où nous partons tant la vente des produits périmés devient une banalité. Ainsi, il n’est pas rare de voir des pharmaciens vendre des produits périmés au vu et au su de tous. Ce fait est motivé par l’appât du gain au détriment de la santé des populations et à l’absence de contrôle régulier.

« C’est Dieu Seul qui nous protège, sinon c’est directement vers la mort que nous nous dirigeons », s’indigne un citoyen visiblement écœuré et désabusé. Pis, à un moment où des spots publicitaires passaient à la télévision et sur certaines radios de proximité pour condamner et sensibiliser les gens sur les risques liés à l’usage des médicaments par terre.

De quelle condamnation de médicaments par terre peut-on parler si ce sont ces mêmes médicaments qui se retrouvent souvent dans les pharmacies ? Si rien n’est fait pour empêcher la vente des produits périmés dans les pharmacies c’est la vie des milliers de personnes qui est en jeu. « Avec la cherté de la vie, moi je ne paierai d’autres produits que les médicaments par terre. Surtout que ce sont les mêmes médicaments qui se retrouvent dans les pharmacies », jure un citoyen.

Victime de l’Erytromicine périmé

Le calvaire de cette citoyenne démontre le risque que nos compatriotes courent. Elle se rend d’abord dans un CHU de la place où le médecin lui prescrit une ordonnance après diagnostic. Elle est informée qu’une pharmacie existe dans la cour dudit hôpital où elle achète de l’Erytromicine. « En sortant, le médecin m’a dit qu’une pharmacie se trouvait dans la cour. J’y suis partie et j’ai payé de l’Erytromicine », nous confie-t-elle.
Mais le début de la médication sera le début de son supplice.

« Le premier jour, j’ai pris le médicament le matin et suis partie au bureau. Je n’ai rien pu faire et suis revenue à la maison tout affectée, mais, j’avais pensé que ça allait passer ». Et d’ajouter, « le second jour, j’ai pris la même dose et ce fut plus grave. Je suis restée abattue dans mon bureau et je n’ai même pas pu boire le lait que j’avais acheté ».

La chance de la « pauvre femme » a été qu’une amie de sa fille, médecin, lui a rendu une visite de courtoisie dans son bureau. Suite aux questions de cette dernière, elle l’informe qu’elle est malade et lui montre la plaquette du fameux « Erytromicine ».

Coup de théâtre, la visiteuse découvre que le produit est périmé. Aussitôt, elle instruit à la victime d’arrêter la prise. « Sali m’a dit d’arrêter de prendre le médicament et a promis d’appeler sans tarder la pharmacie dudit hôpital », a confessé la victime très affaiblie.

Pour vérifier l’information, nous nous sommes rendu à la pharmacie dudit CHU. Après des échanges, la pharmacienne a admis : « Oui c’est vrai, nous avons des cartons d’Erytromicine périmés que j’ai fait descendre à mon retour de congés. Je n’étais pas là et c’est mon assistante qui s’occupait de la vente. Elle n’en connaît pas beaucoup ».
« Dites à la victime de nous pardonner à cause de Dieu. C’est une erreur que nous avons corrigée aussitôt après la découverte », a poursuivi la pharmacienne.

Erreur ? Mais quelle erreur ? Une erreur capable de coûter la vie à d’innocents citoyens qui font pourtant confiance à leurs pharmaciens.

Les autorités sont fortement interpellées et doivent urgemment prendre toutes les mesures qui s’imposent afin de juguler sur ce péril qui pend sur la tête de chaque
citoyen.

Ogopémo Ouologuem

13 Décembre 2007.