Partager

« Lorsque la Mafia avait provoqué la mort du père, de la mère et de la sœur de Mack Bolan, c’est qu’elle ignorait une chose : au Vietnam, on l’avait surnommé Mack Bolan, le Tireur d’Elite, l’Exécuteur… Il dévalisa une armurerie et se procura d’une carabine Merlin 444…Muni de sa haine, il commença sa croisade meurtrière. Sa vengeance était simple et féroce : tuer, tuer, tuer… ». Ainsi est paraphé «L’EXECUTEUR », un roman policier présenté par Gérard de Villiers, On comprendra pourquoi Issa Dembélé, de son vrai nom, à emprunté le surnom de Mack Bolan.

jpg_une-76.jpgIl se fait appeler Mack Bolan… Oui, le même dans «l’EXECUTEUR» que présente le célèbre romancier Gérard de Villiers. Mais ici, point de Mafia et de vengeance encore moins de carabine Merlin 444. Mais d’un dur à l’image du véritable Mack Bolan et de sa proie, une jeune fille qui cherchait sa pitance dans le commerce de sa chair.

La belle et la bête

Nous sommes dimanche 23 novembre. Il est minuit passé dans cette maison close et bar chinois abusivement appelé par ses tenanciers «Hôtel HAO YU» (lire encadré). Les temps sont durs et les filles de joie n’ont pas une grande marge de manœuvre en ce dernier jour de la semaine. Les plus chanceuses s’estiment heureuses si elles parviennent à mettre la main sur un seul client durant toute la nuit… Arrivèrent alors deux hommes, deux solides gaillards. Ils commandent à boire. Ils sont vite servis. Ils ingurgitent les premiers flacons à la vitesse de l’éclair. Puis, ils en demandent encore et encore… Pendant qu’ils cuvaient leur bière, ils savouraient au même moment un film pornographique sur écran géant que le propriétaire chinois a dressé au mur. Cet investissement n’est pour déplaire ni aux clients, ni aux prostituées, encore moins au propriétaire des lieux. Et pour cause : plus l’alcool monte, plus les clients sont tentés de solliciter les services des filles dans les chambres. La bonne affaire pour tous alors !

Issa Dembelé et son camarade, Adama Soumaoro alias Bamanan, tous deux la quarantaine révolue, demandèrent effectivement les services d’une jeune fille répondant au nom de K.T alias Tènè Coulibaly. Une fille… Mais pas question de rentrer dans une de ces chambres.. Ils voulurent sortir avec elle. «Le déplacement», une expression bien connue dans le milieu. Cette prestation est naturellement plus onéreuse que le service effectué sur place. Ils convinrent donc sur la somme de 7.500 F CFA. Direction Bozola, chez Issa Dembélé, à l’étage des magasins du GGB.

Il apparaît, suite aux aveux et recoupements, que c’est Issa Dembélé qui tenta de jouir de la fille. Elle, voulut d’abord se faire payer. Commencèrent les tiraillements. Issa Dembelé, faut-il le rappeler, est un solide gaillard et d’âge mur. Mieux ! Il est un ancien militaire de la promotion 1980-1981. Il a été radié du corps pour mauvaise conduite en 1984. Ne contrôlant plus ses pulsions à cause de l’alcool et de l’envi qui lui tenaillait les entrailles. Il tint la malheureuse par le cou et de la paume de la main, lui assena un coup violent au front. La pauvre tomba à la renverse sur le matelas, la colonne cervicale brisée. Son bourreau ne se rendit compte de rien. Puisque sa proie était désormais immobilisée, il passa à l’acte. Il s’endormit ensuite sans remarquer que sa victime ne bougeait plus du tout. C’est quand il voulut récidiver son acte, qu’il se rendit compte qu’elle avait rendu l’âme.

Maintenant il avait un corps sur le bras. Qu’en faire ? Issa Dembélé attendit d’être dessaoulé. Il lui fallu, pour ce faire, 24 heures, puisque ce n’est que le mardi 25 novembre qu’il décida de se débarrasser du corps. Il le garda sous son matelas pendant toute la journée du lundi. En fouillant les affaires de la malheureuse, il y trouva son téléphone portable qu’il vendit sur le marché à la somme de 6.000 F CFA. C’est avec ce montant qu’il se procura d’un sac vide pour céréales, et entreprit d’y enfouir la dépouille. Pour y parvenir, il lia les deux mains aux pieds afin de faire plier suffisamment le corps. Il l’enveloppa avec un plastique et l’introduisit dans le sac. Il fit ensuite appel à sa sœur, Mama Dembélé et supplia cette dernière, à cause du «lait maternel», de l’aider à se débarrasser du colis encombrant. Elle lui expliqua tout, naturellement. Elle accepta.

Amadou Karembé : victime ou coupable ?

Amadou Karembé est charretier. Originaire de Bandiagara, il exécute différents petits travaux pour survivre dans la capitale et subvenir aux besoins des parents restés au village. Chaque jour, à partir de 3 heures du matin, il s’en va ramasser les ordures chez ses clients abonnés, dont Mama Dembélé, pour les vider au dépotoir à N’golonina. Ce mardi 25 novembre, sa cliente lui demande un service spécial : l’aider à se débarrasser d’un sac, non au dépotoir habituel, mais juste derrière le cimetière de Niaréla. Le jeune Karembé n’a pas habitude de discuter avec ses clients surtout quand ils payent. Il sait pourquoi il est venu dans la capitale. Il accepta sans broncher et sans se douter le moindre du monde que le colis était suspect. Il fit ce que sa cliente lui dit et alla vider tout le contenu de sa charrette à l’endroit convenu. Mais un brin de soupçon l’envahit au moment de déposer le sac : il était lourd, et même très lourd. Il alla de ce pas, retrouver Mama Dembélé. Mais avant même qu’il ne parle, cette dernière lui avoua la vérité et lui promit la modique somme de 5.000 F CFA s’il gardait le silence. Il commit la maladresse de se taire… Tôt le matin, le corps fut découvert au même emplacement. Et le commissariat de police du 3ème Arrondissement fut alerté.

L’Epervier du Mandé : un policier d’un flair et d’une intelligence exceptionnels

C’est à l’Inspecteur Principal Papa Mambi Keïta, surnommé l’Epervier du Mandé que l’affaire fut confiée. Il n’y avait apparemment aucun indice et la chose paraissait ardue. Il n’y a pas de crime parfait, nous confia-t-il au début de l’enquête. Il se rendit à l’endroit où le corps fut découvert et, comme un agent de la voirie municipale, entreprit de rassembler toutes les immondices déposées à cet endroit précis. Avec ses hommes, ils fouillèrent, fouillèrent et fouillèrent encore. Ils parvinrent à récolter quelques objets dont une feuille manuscrite, des objets divers, une carte de recharge pour téléphone portable et… Vous avez dit une carte de recharge ?

Notre Inspecteur de Police communiqua le numéro de ladite carte à la société Orange, question d’en connaître l’utilisateur. On lui transmis le numéro de téléphone portable y afférent dans les 24 heures qui suivirent. C’était celui d’une femme. Quelques coups de fil et il parvint à localiser ce premier suspect. Elle logeait dans une famille sise à Bozola. Il se trouve que l’Epervier du Mandé, encore « Epervillon » dans ce même commissariat de police du 3ème Arrondissement, connaissait parfaitement cette famille pour y avoir fait plusieurs descente à la recherche d’un délinquant notoire répondant au sobriquet de Mack Bolan. Le premier atout d’un enquêteur, dit-on, est son flair. Il entreprit immédiatement d’isoler et de mettre en lieu sûr ce Mack Bolan au Commissariat avant d’en savoir davantage sur l’affaire…

Interpellée, la détentrice du numéro de téléphone qui n’est autre Mama Dembélé, jura ne rien savoir du tout. Qu’elle était convaincante, la bonne dame ! Et le charretier qui ramassait ses ordures ? Elle ignorait également où il se trouvait. Mais puisque ce dernier est réglé comme une horloge, les policiers l’attendirent patiemment à 3 heures du matin aux portes de sa cliente Mama Dembélé. Il vint et se fit prendre. Le jeune Karembé est du genre honnête. Il avoua avoir transporté un sac suspect le mardi en date et d’être invité par Mama Dembélé à ne rien dire à personne moyennant 5.000 F CFA.

Les policiers décidèrent de confronter les deux suspects. Mais voilà que la panique s’empara de Mama Dembélé dès qu’elle aperçut Karembé… Elle craqua finalement ! Oui, c’est son frère Issa Dembélé qui l’a sollicitée pour se débarrasser du corps. Oui, c’est bien lui l’auteur de l’assassinat pour la simple raison qu’il lui a tout avoué. Mais elle a tellement peur de ce frère, un véritable monstre, un dur à cuir, une bête féroce! Elle se souvient de toutes les brimades dont elle a été victime de sa part. Il n’a pas hésité un jour à poignarder leur propre père. Il n’a jamais passé plus de 10 mois en liberté. Il a toujours maille à partir avec la justice et la police. On le surnomme Mack Bolan et… Mack Bolan ? Oui, celui-là même que l’Epervier du Mandé a mis en lieu sûr avant de poursuivre son enquête. Il le mit alors en confrontation avec les autres.

La stratégie de Mack Bolan fut de nier en bloc dans un premier temps. Mais il y avait beaucoup trop de preuves à charges contre lui. Il finit donc par craquer lui aussi et avoua tout. Il dénonça son complice, Adama Soumaoro lequel fut, à son tour, interpellé par la police. Nous sommes vendredi 28 novembre.

Il aurait fallu quatre jours à notre Inspecteur Principal pour élucider ce deuxième cas d’assassinat en l’espace d’un mois. Il y a une vingtaine de jours en effet, un jeune étudiant a été assassiné à cause de sa moto Jakarta. Il a fallu 24 heures à la Brigade de Recherches du 3ème Arrondissement pour arrêter les auteurs. Si l’Epervier du Mandé n’existait pas, certainement que les victimes aurait demandé à Dieu de le créer.

B.S. Diarra

Aurore du 1er décembre 2008