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s-2.jpgEn fait, vieille Talato était de ces personnes qui n’ont pas eu de chance dans la vie. Son premier mari qui était d’un âge assez avancé mourut une nuit sans crier gare. Après les funérailles, vieille Talato qui n’avait pas eu d’enfants de son premier mariage, fut donnée en seconde noce à l’un des frères de son défunt époux.

Peu de temps plus tard, une dispute opposa vieille Talato à son nouveau mari. Une dispute comme il y en a dans tous les couples. Le lendemain, le mari se rendit au marché du village voisin où il resta jusqu’à la tombée de la nuit à s’enivrer avec ses compagnons de beuverie. Sur le chemin du retour, il fut mordu par un serpent. L’obscurité et l’alcool aidant, il mit la piqûre ressentie au pied sur le compte d’une épine et ne s’en soucia guère jusqu’à ce que le venin commence à faire son effet.

Il était bien trop tard. . . .et revoici vieille Talato veuve une deuxième fois. Une fois de trop. Les langues perfides et les bouches pointues commencèrent à murmurer : ce n’était pas normal qu’elle perdit deux maris en un si bref laps de temps. Elle avait le mauvais œil sur elle ; à cause de ces considérations, aucun des villageois n’accepta Talato comme épouse. Elle resta donc seule à s’occuper de son petit champ et à rendre de menus services à la communauté.

Puis vint une épidémie de méningite. On mit sur le dos de vieille Talato tous les morts que la maladie avait causés. Les anciens se réunirent et décidèrent à l’unanimité qu’il fallait à tout prix arrêter vieille Talato au risque de voir le village détruit. Selon eux, la vie de Talato équivaudrait à la mort du village.

C’est ainsi qu’une nuit, alors que vieille Talato revenait d’un village voisin, on lui tendit une embuscade sur le chemin et on l’abattit à coups de gourdins. Son corps fut traîné hors du village au bord de la grande route. C’est là-bas qu’elle fut découverte.

La gendarmerie fut donc saisie. Sur place, les gendarmes se heurtèrent à un mur de silence : personne ne savait ce qui s’était passé, donc personne n’avait rien à dire, à en croire que la vieille Talato s’était tuée elle-même avant de se traîner à l’écart du village. Il fallait donc ruser et les gendarmes rusèrent.

Un pandore qui n’avait pas mené l’enquête mais qui était au courant de ces détails fut dépêché en civil sur les lieux. Sur place, ce gendarme se présenta au chef du village comme étant l’envoyé du gouvernement à propos du problème de la sorcellerie. Il demanda donc à s’adresser à tous les chefs de famille et aux autres adultes du village.

Le chef rassembla tout le monde et le faux envoyé leur tint à peu près ce langage : « La gendarmerie nous a informé qu’une vieille femme sorcière a été battue à mort vers ici. Ceci est une bonne chose car ces sorcières font trop de mal au pays. Elles méritent qu’on les chasse ou qu’on les tue comme ce fut le cas ici. Au nom du gouvernement je vous félicite pour votre acte de bravoure. Ceux qui nous ont débarrassés de cette sorcière seront récompensés et la radio viendra s’entretenir avec eux. Je voudrais donc que ceux qui ont sauvé tout le village en tuant cette sorcière me remettent leur pièce d’identité afin que je relève leur non pour les communiquer à la radio et pour les récompenses ».

Le gendarme mit tant de persuasion dans ses propos qu’avant même qu’il ne finisse son intervention, quatre personnes se présentèrent devant lui, hilares à la perspective des cadeaux du gouvernement et fiers de pouvoir parler à la radio. Ils parlèrent, expliquant comment la vieille avait été assassinée et détaillant qui a fait quoi. C’est ainsi que la ruse mise au service de la justice a fait jaillir la lumière sur la mort de vieille Talato, et a conduit nos quatre tueurs à l’ombre.

Il est quand même heureux de constater que, de nos jours, ce genre de comportements liés à la sorcellerie, commence à faire partie du passé.

Sacré Chaïdou Ouédraogo (Seydou 2004@yahoo.fr)

12 juin 07